Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind : le test complet du DVD

Réalisé par Hicham Lasri
Avec Malek Akhmiss, Fairouz Amiri et Mohamed Aouragh

Édité par Potemkine Films

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Le 07/05/2019
Critique

Deux films d’Hicham Lasri, un jeune réalisateur marocain : une invitation à partir à la découverte d’un cinéma différent, insolite.

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

The End. À Casablanca, en juillet 1999, la rumeur court que le roi Hassan II est gravement malade. Mikhi délivre Rita, une jeune prostituée enchainée au volant d’une voiture et s’enfuit avec elle pour filer le grand amour. Les frères de Rita, de violents petits braqueurs, et le commissaire Daoud sont sur les talons des deux amants…

The Sea Is Behind. Tarik, suivant une vieille tradition, se travestit en femme pour danser dans les mariages, ce qui lui vaut des brimades. Un policier corrompu et pervers lui a pris sa femme, sa maison et a tué ses enfants. L’eau de de la ville a été contaminée par un « bug » qui pixellise tous les dessins du linge…

The End, sorti en 2011, le premier long métrage du réalisateur et scénariste marocain Hicham Lasri, emboîte le pas de Mikhi, un jeune marginal de Casablanca. Il vit au sommet de la cheminée d’un incinérateur de cannabis et se fait quelques dirhams en posant, à la demande du commissaire Daoud, des sabots de Denver aux automobiles mal garées.

The Sea Is Behind (Al Bahr min ouaraikoum, 2014) suit un autre marginal, Tarik. Il gagne petitement sa vie en dansant déguisé en femme, une activité qui attire les sarcasmes de beaucoup et déchaîne la violence de certains.

Deux personnages marginaux d’un cinéma lui-même marginal, tant dans le fond que dans la forme.

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

The End et The Sea Is Behind ont en commun leur regard sur le Maroc, celui des petites gens et des quartiers délabrés, ce qui suffit à donner aux deux films leur dimension critique, sans qu’elle ait jamais besoin d’être explicitée, notamment par des dialogues, très parcimonieux. Mais Hicham Lasri enfonce le clou par la force de l’image, en montrant la précarité de la vie de personnages humiliés, soumis sans défense au pouvoir des autorités personnifiées, dans les deux films, par des policiers, dont le redoutable commissaire Daoud dans The End, celui qui se glorifie d’avoir mérité le surnom de « pitbull du système ».

Les deux films, particulièrement The Sea Is Behind, attirent l’attention sur les risques auxquels s’exposent ceux qui ne se fondent pas dans la masse au point de devenir invisibles. Pas seulement ceux dont le comportement peut paraître objectivement déviant, comme celui de cet homme découragé par ses déboires avec les femmes, qui se satisfait de… son ânesse ! Mais Tarik, pourtant très sage et taiseux, se fait lyncher en pleine rue, sans que personne vienne à son secours, une allusion à la montée de l’intolérance des islamistes. Plus généralement, les deux oeuvres iconoclastes soulignent les absurdités de la société, les bizarreries et parfois la cruauté des conventions sociales, que symbolisent peut-être les fumées noires qui salissent l’écran à plusieurs reprises.

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

The End et The Sea Is Behind saisissent aussi par leur forme, un noir et blanc très fortement contrasté, au point de l’agressivité, des angles de prise de vue inattendus, souvent obliques, parfois inversés à 180°, des mouvement de caméra déstabilisants, notamment de longs travellings arrière en accéléré. On surprend même la caméra à rythmer sa respiration sur celle de Tarik, comme si elle était soudain devenue aussi vivante que les autres personnages du film.

Hicham Lasri joue aussi avec le son, pas tant avec l’accompagnement musical, presqu’exclusivement diégétique, mais avec les bruits d’ambiance, manifestement traités en postproduction pour jouer leur rôle de contrepoint de l’image. L’humour surréaliste s’invite aussi quand le commissaire Daoud, en faisant semblant d’éteindre une prothèse auditive, coupe le son pour qu’on n’entende pas les cris du suspect qu’il s’apprête à tabasser. Dans un autre plan, un homme fait tourner une tasse de thé, devenue bouton d’un poste de radio imaginaire, jusqu’à capter les nouvelles sans crachotements parasites.

Ce Coffret Hicham Lasri, édité par Potemkine Films, avec deux longs métrages encore inédits en vidéo, invite les cinéphiles curieux à partir à la découverte d’un cinéma d’auteur différent, inventif.

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

Généralités - 4,0 / 5

Le Coffret Hicham Lasri contient deux longs métrages : The End (103 minutes) etThe Sea Is Behind (88 minutes) complétés par deux bonus (58 minutes) répartis sur deux DVD-9.logés dans un Digipack à trois volets.

Un menu animé et musical propose les deux films dans leur version originale, en arabe marocain, avec sous-titres optionnels.

Un troisième DVD réunit les deux films « en version HD », précise la sérigraphie, encodés au format 1080p MPEG-4 AVC. Un plus assorti d’un moins : la procédure de lancement change, les sous-titres sont incrustés dans l’image et l’absence de chapitrage oblige, après une interruption du visionnage, à retrouver la bonne scène par avance rapide. « Lisible sur tous les lecteurs d’aujourd’hui », c’est l’information rassurante trouvée sur le site de l’éditeur Potemkine. Elle s’est avérée juste pour deux des trois lecteurs testés. Le troisième, probablement « un lecteur d’hier », n’a pas daigné coopérer.

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

Bonus - 4,5 / 5

Entretien avec Hicham Lasri (44’, en français, sur le DVD The End). Les histoires imaginaires de ses films sont ancrées dans la réalité. Il a été frappé par la réaction de la population de Casablanca, la ville de son enfance, à l’annonce de la mort de Hassan II, « le père de la nation », celui qui protège et aussi celui qui châtie. L’idée lui est venue d’illustrer avec The End les conséquences de cette disparition en racontant une fable aux contours flous, une sorte de rêvasserie « enfumée de cannabis » avec, en toile de fond implicite, une réflexion sur les valeurs morales, sur l’identité sexuelle, sur la place de la femme dans la société, sur l’individualisme isolant chacun dans un espace clos rassurant, sur la cruauté, la drôlerie et l’absurdité du monde… Il a, dans The Sea Is Behind, inséré nombreuses citations de Si c’est un homme de Primo Levi. Il a peu recours aux dialogues, auxquels il préfère l’image, un meilleur vecteur d’information : les chaînes que traîne Rita, par exemple, symbolisent les entraves aux libertés des femmes. Il ne fait pas de casting, seulement un test caméra, et avoue aimer les « gueules », les visages qui racontent l’histoire d’une vie, probablement un héritage laissé par les westerns de Sergio Leone. (entretien préparé par Maxime Lachaud).

Love in Aleppo, court métrage de Hicham Lasri (14’, 1.85:1, couleurs, en arabe, sous-titré en français et en anglais, en supplément sur le DVD The Sea Is Behind). Réalisé récemment, mais je n’ai pas retrouvé quand, en hommage à la civilisation syrienne. Une jeune femme, vendeuse de ballons rouges en forme de coeur gonflés à l’hélium, est photographiée par son « bien-aimé » devant des ruines en feu. Des enfants jouent à la guerre avec des armes en plastique. Bruits d’explosions et de tirs d’armes automatiques. Un miroir se brise en mille morceaux, un ballon s’envole… « Sans toi, je ne suis pas entière ». Le bien-aimé n’est-il plus qu’un souvenir. « J’aurais aimé qu’il pose à mes côtés », dit-elle…

Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind

Image - 4,0 / 5

L’image des deux films, au format 2.39:1, propose un noir et blanc très fortement contrasté, avec des blancs très lumineux, voire à dessein brulés dans The Sea Is Behind (pour suggérer un avenir dystopique, une pollution nucléaire, selon les dires du réalisateur). Le dégradé de gris, rendu agressif, ne gêne pas la lisibilité des pans quelles que soient les conditions d’éclairage.

Son - 4,0 / 5

Le son des deux films, au format Dolby Digital 5.1, assure la clarté des dialogues et une utilisation généreuse des voies latérales, parfois plus spectaculaire que cohérente, plonge le spectateur dans l’ambiance.

Crédits images : © Pan Production Maroc

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 8 mai 2019
Deux films marocains qui attirent l’attention sur les risques auxquels s’exposent ceux qui ne se fondent pas dans la masse au point de devenir invisibles. Une invitation pressante faite aux cinéphiles curieux de partir à la découverte d’un cinéma d’auteur différent, inventif.

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Coffret Hicham Lasri : The End + The Sea Is Behind
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