Cadavres exquis (1976) : le test complet du DVD

Cadaveri eccellenti

Réalisé par Francesco Rosi
Avec Lino Ventura, Tino Carraro et Marcel Bozzuffi

Édité par Colored Films

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Le 18/03/2019
Critique

Cadavres exquis

Italie 1975 : un inspecteur de police enquête sur des meurtres de juges à travers tout le pays (Sicile incluse). Il soupçonne un déséquilibré victime d’une erreur judiciaire dont la vengeance apparente est manipulée par une organisation politico-policière préparant un coup d’état romain.

Cadavres exquis (Ital.-Fr. 1975) de Francesco Rosi est adapté d’un roman de Leonardo Sciascia, Le Contexte. Il illustre le thème (fondamental chez Rosi) du secret, de la structure refermée sur elle-même dont seules certaines facettes peuvent être mises à jour mais dont le coeur même demeure à jamais indicible et invisible, broyant finalement l’individu qui accepte de la servir ou qui veut lutter contre elle. Qu’il s’agisse de dénonciation sociale (Profession : magliari) ou sociale puis politique (Main basse sur la ville), de « film-dossier » sur la mort suspecte du patron de l’ENI (L’Affaire Mattéi), de reconstitution historique « engagée » sur la Première guerre mondiale (Les Hommes contre) ou bien encore - d’une manière alors encore plus âpre et impressionnante - de l’histoire contemporaine de la mafia à laquelle il donne deux films majeurs (Salvatore Giuliano, Lucky Luciano), par-delà le « contexte » fugitif et contingent, c’est bien ce thème qui demeure fondamental dans ces titres échelonnés sur la période 1959 à 1975 de sa filmographie.

Cadavres exquis

A partir de cette histoire policière rejoignant la politique-fiction (mais toute la question est aussi de mesurer le rapport entre les deux termes réunis par ce trait d’union) Rosi compose de luxueuses séquences en raison de leur budget, de leur décor, de leur photo et de leur casting international de haut vol. Les personnages y attendent une mort annoncée dont les signes inquiétants s’agrègent autour d’eux mais dont la raison leur (et nous) demeure jusqu’au bout inavouée. Certains plans célèbres sont assez proches du fantastique : le juge incarné par Charles Vanel visitant les momies des catacombes de Palerme; la maison vide de l’assassin où résonne automatiquement un obsédant tango argentin ressassé par une haute-fidélité installée dans toutes ses pièces; un inquiétant musée où deux cadavres gisent aux pieds de statues antiques semblant les contempler. Le scénario ne néglige pas l’histoire de la philosophie du dix-neuvième siècle : il y a du Joseph de Maistre et du Louis de Bonald à la source des remarques anti-voltairiennes (puis anti-sartriennes et anti-marcusiennes) proférées par le juge joué par Max von Sydow. La mise en scène ne néglige pas non plus l’histoire du cinéma contemporain : il y a quelque chose d’antonionien dans la discordance entre les témoignages relatifs à la Daimler blanche immatriculée en Suisse, discordance matérialisée par les souvenirs filmés en N&B de la prostituée jouée par la belle Tina Aumont. Il y a enfin, bien évidemment, un apport de l’esthétique du film noir policier et fantastique « giallo » à la tonalité de certaines séquences de meurtres.

Cadavres exquis

Généralités - 3,0 / 5

1 DVD édité par Colored Film, distribué par ESC le 5 février 2019. Durée 116 min. environ. Image 1.85 couleurs, compatible 16/9. Son VF et VOSTF Dolby Digital Mono 2.0. Bonus : entretien avec Italo Moscati, historien du cinéma. Jolie sérigraphie du DVD reproduisant d’une manière stylisée l’illustration du boîtier et celle du menu principal.

Bonus - 1,0 / 5

Le seul bonus est un entretien (VOSTF) avec le critique italien Italo Moscati (environ 20 min.) qui s’intéresse pour sa part surtout à l’aspect politique de l’histoire et à la position politique de Rosi comme cinéaste de l’histoire contemporaine italienne. Certaines remarques, émises sur le ton de l’évidence, ne peuvent que faire sourire : l’histoire de la philosophie du dix-neuvième siècle réduite à Marx et au marxisme, par exemple. Aucune galerie affiches et photos : dommage car elles ne doivent pas être trop difficiles à trouver étant donné qu’il s’agit d’une coproduction franco-italienne.

Image - 3,0 / 5

Format 1.85 original respecté et compatible 16/9 en couleurs. Copie argentique dotée d’une bonne colorimétrie mais en état parsemée par des poussières positives et négatives, des griffures et parfois instable (premier plan par exemple de Charles Vanel marchant dans le couloir des catacombes). La superbe direction photo de Pasqualino de Santis mériterait tout de même une édition dotée d’une copie argentique impeccablement nettoyée. Définition et contraste corrects, aux normes du standard DVD.

Son - 3,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en Dolby Digital 2.0 mono : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Pas de miracle à en attendre non plus étant donné que c’est du mono d’origine mais les deux pistes italiennes comme françaises, sont propres. La VF est dotée d’une bonne dynamique mais la netteté des dialogues est parfois un peu juste (cas du dialogue de Lino Ventura avec le juge sur l’île-prison). Les acteurs français Marcel Bozzufi, Alain Cuny et Lino Ventura se sont eux-même doublés à l’auditorium : on entend leurs véritables voix. Concernant Tina Aumont, en revanche, j’ai un doute.

Crédits images : © Colored Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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