Shoah pour mémoire - Coffret : Auschwitz, l'album de la mémoire + La Dernière femme du premier train + Festins imaginaires + Ce qu'ils savaient + Tzedek : les justes (2019) : le test complet du DVD

Pack

Réalisé par Alain Jaubert
Avec Hilda Hrabovecka, Edith Berlow et Charles Bouy

Édité par Editions Montparnasse

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Le 27/06/2019
Critique

Cinq documentaires pour une vue d’ensemble sur l’Holocauste avec le recueil émouvant de souvenirs des derniers rares survivants.

Shoah pour mémoire

Shoah pour mémoire rassemble cinq documentaires sur la Shoah et leurs suppléments, précédemment distribués entre 2005 et 2016, regroupés dans ce coffret proposé par les Éditions Montparnasse.

Auschwitz - L’album de la mémoire. Alain Jaubert, pour le soixantième anniversaire de la libération du camp, promène sa caméra sur certaines des 196 photos de « L’album d’Auschwitz », prises par deux SS fin mai et début juin 1944, sur lesquelles rien ne dévoile le sort qui attend les déportés. Quelques survivantes anonymes, en voice over, évoquent leurs souvenirs de ces temps où « tout était à l’envers de la vie normale (…) si incroyable qu’on finit par se demander si on ne l’a pas rêvé. » (1984, noir et blanc, 1.33:1, Dolby Digital 1.0, 42’).

La dernière femme du premier train. Hilda Hrabovecka est la dernière survivante des passagers du premier convoi de déportés en provenance de Slovaquie à entrer dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, le 26 mars 1942. Elle avait 16 ans. Elle était aussi la cousine du réalisateur qu’il a réussi à rencontrer, à plusieurs reprises, de 1997 à 2008. Elle raconte, en allemand et en slovaque, son enfance avec ses deux frères et cinq soeurs, l’entassement à six par couchette dans les baraques de Birkenau, le thé servi dans les seaux qui servaient la nuit de toilettes, la marche de la mort quand il a fallu évacuer le camp en janvier 1945 pour rejoindre Ravensbrück, sa libération par les Russes, le 1er mars. Elle se souvient aussi des liens, souvent sectaires, d’amitié et de solidarité noués avec d’autres déportées. L’émotion qui la saisit à la pensée d’être la seule survivante va jusqu’à l’empêcher de parler. Bien que sa jeune soeur Luisa, déportée sept mois après elle, ait été gazée, ressentir de la haine lui aurait rendu la vie impossible. La République slovaque, présidée par un prêtre catholique, Jozef Tiso, devenue en 1939 un état satellite du IIIème Reich, s’était engagée à subventionner la déportation de tous les Juifs en versant à l’Allemagne 500 Reichsmark par personne. Près des trois quarts de la population juive de Slovaquie fut exterminée dans les camps de concentration. (2015, 1.78:1, en allemand et slovaque, DD 1.0, 57’).

La Dernière Femme du premier train

Festins imaginaires. Du camp de Ravensbrück en Allemagne au Goulag de Potma en Russie, en passant par le camp de Kawasaki au Japon, ces recettes ont été écrites par des déportés de toutes origines au péril de leur vie. Écrites clandestinement, chuchotées en commun, elles sont une manière de continuer d’exister, une ruse pour tromper la faim, un refus de se soumettre, une façon de s’arracher par le plaisir à la souffrance… ou marque du désespoir le plus total. Anne Georget a fait appel à des universitaires, des psychanalystes, un philologue, un anthropologue, un philosophe, un neuroscientifique, et… un cuisinier trois étoiles pour expliquer le phénomène de ces « recettes écrites par des êtres affamés que le système concentrationnaire poussait à s’entretuer pour une bouchée de pain », de cette « cuisine rêvée derrière les barbelés. » (2014, en français, allemand, anglais, russe et hébreu, 1.78:1, DD 1.0, 69’).

Festins imaginaires

Ce qu’ils savaient : Les alliés face à la Shoah. Le 24 avril 1945, le monde entier découvre avec horreur les abominables images des camps d’extermination. Il est pourtant désormais incontestable que les responsables alliés avaient reçu bien avant des informations sur le génocide, classées secret-défense. Dès janvier 1939, Adolf Hitler affiche son projet d’éradiquer les Juifs de l’Europe. L’opération Barbarossa, l’invasion de la Russie lancée le 22 juin 1941 sera accompagnée par les exécutions massives des Juifs par les Einsatzgruppen (à Babi Yar, près de Kiev, 33 371 Juifs furent assassinés en 48 heures !). Pas de réaction officielle des alliés, pour qui la priorité était de gagner la guerre. De plus, les réfugiés juifs n’ont nulle part où aller. Neuf sur dix des demandes de visas sont rejetées par les USA, et leur entrée en Palestine, sous mandat britannique, est bloquée. En 1942, le gazage de 700 000 Juifs polonais est publié par la presse britannique. Au printemps de 1942, Staline ordonne la rédaction d’un livre noir sur l’extermination des Juifs. En novembre 1942, l’annonce de l’extermination de 4 millions de Juifs ne fait pas les une des journaux américains. La première condamnation officielle par les onze pays alliés est publiée le 17 décembre 1942. La libération des camps de concentration de janvier à mai 1945 permettra d’établir le bilan de la « solution finale » : 5,8 millions de morts. (2012, film écrit et réalisé par Virginie Linhart, 1.78:1, traduction simultanée en français, DD 2.0, 68’).

Tzedek : les justes. Marek Halter a décidé, cinquante ans après, de partir à la recherche de quelques « justes » qui ont sauvé des Juifs de l’holocauste (une référence aux dix « justes » que Dieu demandait à Abraham pour épargner Sodome). Sa quête commence à Varsovie où il ne retrouve plus qu’une plaque pour lui indiquer où était la rue de son enfance. Pour Irena, tout a commencé avec la nécessité de protéger sa meilleure amie Ewa, avant qu’elle ne rejoigne un groupe qui sauvera 2 300 enfants du ghetto de Varsovie. Sa quête conduira le réalisateur à Berlin, puis à Sarajevo, à Marseille, à Vilnius, à Rome, où des chrétiens ont aidé les Juifs, en dépit du silence du Vatican, au Danemark, aux Pays-Bas, d’où 80% de la population juive a été déportée, à Bruxelles, à Istanbul, à Tokyo, à Nancy, à Lyon, où sept policiers ont prévenu les Juifs d’une rafle, épargnant ainsi 300 vies… Les justes étaient de simples citoyens qui, simplement parce que c’était « nécessaire », mais au péril de leur vie, ont sauvé près de 500 000 Juifs en Europe pendant la seconde guerre mondiale. (1994, 1.66:1, français et multilingue, DD 2.0 stéréo, 104’).

Shoah pour mémoire, un coffret des Éditions Montparnasse, à travers cinq documentaires et de généreux compléments, donne une vue claire du mécanisme d’élimination méthodique des Juifs d’Europe mis en oeuvre par le IIIème Reich. C’est aussi un précieux recueil de souvenirs des derniers rescapés de la Shoah et de celles et ceux qui ont sauvé des hommes, des femmes et des enfants dont la mort était programmée.

Généralités - 3,0 / 5

Shoah pour mémoire (340 minutes) et ses suppléments (140 minutes) tiennent sur 3 DVD-9 et 2 DVD-5, chacun logé dans un boîtier épais de 14 mm, le tout glissé dans un étui en carton léger.

Les documentaires et les suppléments sont soit en français, soit en diverses langues étrangères, avec sous-titres imposés (sauf Ce qu’ils savaient : Les alliés face à la Shoah, dont les commentaires en anglais sont doublés en traduction simultanée), au format Dolby Digital 1.0 et 2.0.

Bonus - 4,0 / 5

Sur le DVD du film Auschwitz, l’album de la mémoire :

Auschwitz : faits et chiffres, par Annette Wieviorka (2005, Éditions Montparnasse, 1.33:1, DD 1.0, 19’), historienne, directrice de recherche au CNRS. Environ un million de personnes furent assassinées à Auschwitz-Birkenau, dont un tiers étaient des Juifs de Hongrie, avec l’aide des Sonderkommandos, une organisation hiérarchisée de prisonniers. Il arrivait qu’à l’ouverture des portes, personne ne descende des wagons : ceux qui n’étaient pas déjà morts de faim, de soif ou de froid étaient tombés dans le coma.

Entretien avec Alain Jaubert (2005, Éditions Montparnasse, 1.33:1, DD 1.0, 24’). Il a choisi, en contrepoint de la projection de photos, de faire parler, hors cadre, des survivantes anonymes. « La caméra entre dans la photo jusqu’à n’en plus montrer que le grain. »

Les camps de concentration nazis (1945, noir et blanc, DD 1.0, 57’), un montage de 2 000 mètres provenant de 25 000 mètres de pellicule filmés par deux officiers américains sur ordre du général Dwighr D. Eisenhower pendant l’avancée de l’armée US en Allemagne. Le film montre les camps de Leipzig, où l’on voit les cadavres de 200 déportés brûlés vifs dans une baraque en bois juste avant l’arrivée des troupes alliées, de Penig, où l’on nous montre les stigmates des tortures infligés par les SS à des jeunes filles, d’Ohrdruf, que les Américains forcent les dignitaires nazis locaux à visiter avec des monceaux de cadavres saupoudrés de chaux vive, d’Hadamar avec sa prétendue « clinique psychiatrique » d’où des corps portant les traces de violence sont exhumés pour être autopsiés par une commission d’enquête, du camp de Breendonck, en Belgique, où des détenus ligotés avaient le dos lacérés par des barbelés, de Nordhausen, où 600 villageois sont contraints d’enterrer 2 500 cadavres, de Hanovre, d’Arntstadt, de Mauthausen, de Buchenwald, « l’usine d’extermination » créée en 1933, de Dachau, où il arrivait qu’on enterre jusqu’à 30 000 cadavres par jour, de Belsen, où un officier britannique surveille l’enfouissement par cinquante SS de quelques 35 000 cadavres, poussés par des bulldozers vers les fosses communes. Partout, des cadavres que les Allemands n’ont pas eu le temps de faire disparaître et quelques survivants squelettiques, certains à l’agonie.

Sur le DVD Festins imaginaires :

Entretien avec Pascal Ory, historien (8’). Ces témoignages, qui ont mis du temps à être publiés, peut-être en raison de leur apparente trivialité, démontrent l’échec de l’oppresseur à effacer les traditions.

Entretien avec Olivier Assouly, philosophe (7’), auteur de L’Organisation criminelle de la faim. Manger pour survivre est une nécessité qui efface toutes les barrières culturelles entre le mangeable et le non-mangeable. Pour l’oppresseur, la faim réduit symboliquement le déporté à un état animal.

Entretien avec Jean-Pierre Poulain anthropologue (7’). Il rapproche les témoignages du film des expériences vécues par les militaires français prisonniers des camps vietnamiens qui organisaient des joutes oratoires sur le thème du gueuleton, un moyen de rester ancré dans la réalité, d’affirmer son identité, la sacralité du rapport à la vie et aussi de se projeter dans le futur.

Entretien avec Luba Jurgenson (5’), auteur de L’Expérience concentrationnaire est-elle indicible ? Elle voit dans l’écriture des recettes la commémoration d’un rituel, d’une formule magique pour survivre.

Entretien avec Olivier Roellinger , chef cuisinier (9’). La cuisine est l’expression d’un environnement culturel. Une recette fait revivre le souvenir de repas pris en famille. Il évoque une expérience de cuisine dans un service de soins palliatifs qui fut la source d’échange de souvenirs entre les patients et ceux qui les accompagnaient.

Entretien avec Jérôme Thélot, philologue (9’), auteur de Au commencement était la faim. Le besoin d’écrire et de partager des recettes de cuisine est « la poétique par excellence, (…) enracinée dans l’affectivité, (…) signifiant que l’homme n’a pas besoin que de pain ». La recette est une « parole de vie ».

Image - 4,0 / 5

L’image (1.33:1, 1.66:1 et 1.78:1) est propre (quelques rares taches blanches sur Tzedek : les justes) avec des couleurs soigneusement étalonnées. Bien sûr, la qualité des archives filmées peut varier.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 1.0 ou 2.0 mono (stéréo pour Tzedek : les justes) est propre, lui aussi. Dans Ce qu’ils savaient : Les alliés face à la Shoah, la différence de niveau sonore des nombreux commentaires en anglais et de leur traduction simultanée est largement suffisante pour ne pas gêner sa compréhension.

Crédits images : © Éditions Montparnasse

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 27 juin 2019
Ce coffret des Éditions Montparnasse, à travers cinq documentaires et de généreux compléments, donne une vue claire du mécanisme d’élimination méthodique des Juifs d’Europe mis en oeuvre par le IIIème Reich. C’est aussi un précieux recueil de souvenirs des derniers rescapés de la Shoah et de celles et ceux qui ont sauvé des hommes, des femmes et des enfants dont la mort était programmée.

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