Les Eblouis (2019) : le test complet du DVD

Réalisé par Sarah Suco
Avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin et Eric Caravaca

Édité par Pyramide Vidéo

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Le 30/06/2020
Critique

La poignante expérience d’une adolescente entraînée dans l’atmosphère étouffante d’une secte, réminiscence de l’enfance douloureuse de la réalisatrice.

Les Éblouis

Camille, 12 ans, l’aînée d’une fratrie de quatre enfants, doit suivre ses parents dans une secte religieuse, la Communauté de la colombe, fondée par un prêtre catholique, nommé « le berger » par ses adeptes. Forcée de renoncer à sa passion, l’apprentissage du cirque auquel elle s’adonne après ses cours au collège, « une activité impure », elle tente de résister à l’emprise exercée par la communauté.

Les Éblouis, sorti dans nos salles en novembre 2019, est le premier long métrage de l’actrice Sarah Suco, passée devant la caméra après une expérience sur les planches dans la troupe de Pierre Palmade et avoir tenu près d’une trentaine de rôles depuis 2009, dont celui de Marina dans Aurore (Blandine Lenoir, 2017). Cette première réalisation répondait au besoin qu’elle avait de traiter ce sujet après avoir passé une grande partie de son enfance dans une secte.

L’embrigadement dans les sectes a inspiré plusieurs films, dont un remarquable documentaire, Jesus Camp, réalisé en 2006 par Heidi Ewing et Rachel Grady, plus effrayant encore que des fictions horrifiques comme The Wicker Man (Robin Hardy, 1973) ou Midsommar (Ari Aster, 2019). Un thème qu’on peut rapprocher de la « thérapie » de conversion sexuelle visant à « guérir » l’homosexualité, récemment relatée par l’émouvant Boy Erased (Joel Edgerton, 2016).

Les Éblouis

Ces films ont en commun la dénonciation de la violence psychologique exercée, en s’appuyant sur la religion, par des individus pour subjuguer celles et ceux attirés dans leurs filets, les soumettre à leur volonté, les faire adhérer à leurs idées extrémistes, les dépouiller de leurs biens, d’abuser d’eux sexuellement… Certaines dérives peuvent aboutir à des massacres, tels ceux organisés au Guyana, à Jonestown en 1974 par Jim Jones, le fondateur du People’s Temple, par Vernon Howell, alias David Koresh, créateur de la communauté Branch Davidians, à Waco en 1993, ou par Luc Jouret et Jo Di Mambro, fondateurs de l’Ordre du Temple Solaire, de 1994 à 1997.

Les Éblouis, avec une approche délicate du sujet, avec une mise en scène sans afféteries, une remarquable économie de dialogues, réussit à communiquer, sans manichéisme, le profond malaise que ressent Camille devant l’asservissement de ses parents, la désocialisation de ses deux frères et de sa soeur, la coupure des liens avec le reste de la famille…

La direction d’acteurs, tout en discrétion, conforte cette approche. Jean-Pierre Darroussin donne du Berger une image pateline, jamais effrayante, et Camille Cottin et Éric Caravaca celle de parents plutôt ordinaires, d’une mère fragile et d’un père affectueux, mais dépassé par la situation. Le personnage le plus important est toutefois celui de Camille, présent dans toutes les scènes, interprété par Céleste Brunnquell qui fait à 18 ans une entrée remarquée. On la reverra dans la série En thérapie, la deuxième adaptation de la série créée par l’Israélien Hagai Levi, BeTipul, déclinée par Rodrigo García sous le titre En analyse (In Treatment, 2008-2010, 106 épisodes).

Les Éblouis

Généralités - 4,0 / 5

Les Éblouis (96 minutes) et ses suppléments (55 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le choix entre deux formats audio, Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Piste d’audiodescription Dolby Digital 2.0 et sous-titres pour malentendants.

Une édition Blu-ray est sortie simultanément, avec le même contenu, mais en exclusivité pour une certaine enseigne.

Bonus - 3,5 / 5

Rencontre avec Daniel Sisco, président de l’Association pour la Défense des Familles et de l’Individu victimes de sectes, et Dominique Besnehard, producteur (21’). En France, 500 000 personnes, dont 60 à 80 000 enfants, sont engagées dans des sectes qui procèdent à un lent et « insidieux laminage des cerveaux » visant à en faire des moutons, sous le prétexte d’une recherche de la perfection. Le film est pudique : « Dans la réalité, c’est pire que ça ! » Les créateurs des sectes sont motivés par la soif de dominer les autres pour capter leurs biens, voire de violer leurs enfants. Il est pourtant pratiquement impossible, à moins qu’elle soit mineure, de sortir une personne d’un univers rendu rassurant par des « pseudo-thérapeutes » qui ont éradiqué toute trace d’incertitude.

Entretien avec Sarah Suco (18’). Dès son investissement dans le théâtre, elle a ressenti le besoin de raconter un jour son enfance passée dans une secte. Une longue attente lui a permis, après un essai sous la forme d’un court métrage, Nos enfants, de prendre le recul nécessaire pour traiter le sujet à travers un scénario patiemment élaboré avec Nicolas Silhol. Les difficultés d’un premier film, de parler de soi et d’employer des enfants ont pu être surmontées grâce à l’appui d’une « équipe expérimentée », avec le chef opérateur Yves Angelo, le compositeur Laurent Perez Del Mar. Le choix de Jean-Pierre Darroussin s’est immédiatement imposé à elle.

Entretien avec Yves Angelo, directeur de la photographie (6’). La qualité du travail sur un premier film dépend largement des relations qui ont pu se nouer entre le réalisateur et toute l’équipe et de l’humeur qu’il réussit à installer sur le plateau pour « dédramatiser le tournage ». D’autre part, la réalisation des scènes ne peut se limiter à une reproduction fidèle de leur préparation : pendant les prises, « il faut laisser les choses s’accomplir. »

Nos enfants, court métrage de Sarah Suco (2017, 2.35:1, Dolby Digital 2.0 stéréo, 10’), l’adaptation d’une des scènes de la pièce de Joël Pommerat, La Réunification des deux Corées. Un couple, rentrant dans son appartement, découvre que les enfants qu’ils ont confiés à la garde d’une nourrice ont disparu…

Bandes-annonces de Les Éblouis, Sibel, Dieu existe : son nom est Petrunya et Carré 35, l’émouvant documentaire d’Éric Caravaca.

Les Éblouis

Image - 4,5 / 5

L’image numérique (1.85:1), finement résolue, d’une texture délicate, propose des couleurs naturelles, agréablement contrastées, assure une parfaite lisibilité des plans, dans toutes les conditions d’éclairage.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (ou DD 2.0 stéréo, au choix) délivre les dialogues avec une rare clarté, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical de Laurent Perez Del Mar, compositeur de la partition de La Tortue rouge (Michael Dudok de Wit, 2016).

Le cantonnement dans le plan frontal de l’image sonore rend difficilement perceptibles les différences entre les deux formats proposés.

Crédits images : © Pyramide Vidéo

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 2 juillet 2020
Avec une approche délicate du sujet, une mise en scène sans afféteries et une remarquable économie de dialogues, ce premier film, inspiré par le vécu de la réalisatrice, réussit à communiquer le profond malaise ressenti par une adolescente embrigadée par ses parents dans une secte.

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