It Must Be Heaven (2019) : le test complet du DVD

Réalisé par Elia Suleiman
Avec Elia Suleiman, Gael García Bernal et Tarik Kopty

Édité par Le Pacte

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Le 24/06/2020
Critique

Le cinéaste palestinien Elia Suleiman nous propose sa vision personnelle de l’absurdité du monde actuel, aussi bien à Nazareth qu’à Paris ou New York.

It Must Be Heaven

ES fuit la Palestine à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil, avant de réaliser que son pays d’origine le suit toujours comme une ombre. La promesse d’une vie nouvelle se transforme vite en comédie de l’absurde. Aussi loin qu’il voyage, de Paris à New York, quelque chose lui rappelle sa patrie. Un conte burlesque explorant l’identité, la nationalité et l’appartenance, dans lequel Elia Suleiman pose une question fondamentale : où peut-on se sentir « chez soi » ?

It Must Be Heaven est le cinquième long métrage de fiction du cinéaste /palestinien Elia Suleiman, sélectionné en 2019 à Cannes pour la Palme d’or et salué par une Mention spéciale et le Prix FIPRESCI. Comme dans deux films précédents, Intervention divine (Yadon ilaheyya, 2002) et Le Temps qu’il reste (The Time That Remains, 2009), le réalisateur incarne ES, un témoin de l’action.

It Must Be Heaven est le regard direct d’Elia Suleiman sur le monde qui l’entoure. Il est présent tout au long du film, la tête sous un panama pendant l’été à Paris, sous un feutre pendant l’automne à New York. Il incarne ES, un témoin mutique d’étrangetés, voire d’absurdités de la société contemporaine.

La violence latente est parfois directement montrée, par un groupe de jeunes armés de pistolets ou de battes de baseball dans les rues de Nazareth. Le plus souvent, elle n’est que suggérée, par les moyens de défense présentés dans de nombreux plans : dans une petite épicerie de New York, une jeune mère pousse un bébé, carabine en bandoulière, l’assistant porte un pistolet mitrailleur à la ceinture et la caissière un fusil dans le dos. Pas un seul passant sans une arme de guerre, dont un lance-roquette. Des policiers partout, fonçant dans des voitures aux sirènes hurlantes ou décrivant des arabesques dans les rues sur des monocycles électriques ou des patins à roulettes, un inattendu défilé de chars d’assaut dans les rues désertes de Paris…

It Must Be Heaven

En dépit de sa gravité, Elia Suleiman traite le sujet avec dérision, avec un humour burlesque et pince sans rire, dans le genre deadpan comedy cher à Buster Keaton et à Jacques Tati. La caméra subjective, en fait l’oeil d’ES/Elia Suleiman, nous révèle dans une suite de saynètes la bizarrerie du monde actuel, avant de se retourner, en contre-champ, vers son témoin. Mutique, il ne répond jamais aux questions, sauf une fois, en quatre mots, pas un de plus, à un chauffeur de taxi de New York. Pas même un hochement de tête ou un haussement de sourcils ne permet de deviner une quelconque émotion.

It Must Be Heaven délivre un message appuyé : l’apparence d’ordre et de tranquillité du monde contemporain ne doit pas faire illusion, les signes de la menace sous-jacente d’un déchaînement de violence sont là, bien visibles. Pas seulement à Nazareth où la violence est endémique, mais aussi à Paris, à New York où elle est révélée par l’absurdité des comportements, souvent symbolisée par d’étranges chorégraphies.

Le format inhabituellement large de l’image, au ratio 2.66:1 des débuts du CinemaScope, convient particulièrement à la composition symétrique des cadres et aux mouvements en miroir des personnages et figurants. L’inspiration de la photo, d’après Elia Suleiman, doit beaucoup à Sofian El Fani, César de la meilleure photo pour Timbuktu (Abderrahmane Sissako, 2014) et chef opérateur de La Vie d’Adèle - Chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche, 2013).

It Must Be Heaven

Généralités - 3,0 / 5

It Must Be Heaven (98 minutes) et les compléments (33 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test, effectué sur check disc.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en arabe, en hébreu, en français et en anglais, avec sous-titres imposés mais bien placés à cheval sur la bande noire, et le choix de deux formats audio, Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Bonus - 3,5 / 5

Entretien avec Elia Suleiman (27’, Le Pacte, 2020). Sept ans ont passé depuis le tournage d’un des sept sketches du film collectif 7 jours à La Havane qui « servit de répétition » à celui de It Must Be Heaven. Le réalisateur a l’impression que sa vision assez terrifiante du monde actuel n’est pas différente de celle du spectateur. Il est toutefois possible que le fait qu’il vive en Palestine exacerbe sa perception d’une violence potentielle, « d’un calme avant la tempête ». Plus qu’à un choix délibéré, le burlesque tient à sa façon de voir les choses et de répondre par la tendresse à la violence. Par la dernière scène du film, il s’identifie à la jeunesse palestinienne, résistante et pleine d’espoir, attachée à sa culture… la même jeunesse qu’il a observée dans d’autres pays. Le format très large de l’image s’imposait « pour tout l’espace à couvrir ». Habituellement réticent vis-à-vis des gros plans et des mouvements de caméra, il a pris quelques risques pour It Must Be Heaven grâce à la complicité qui s’est immédiatement installée entre lui et Sofian El Fani. Le tournage dans un Paris déserté par ses habitants a été rendu possible par le soutien de la mairie et le professionnalisme de l’équipe française.

Scènes coupées (6’).

Bande-annonce.

It Must Be Heaven

Image - 5,0 / 5

L’image numérique (2.66:1) magnifique, d’une texture délicate, avec des couleurs naturelles, étalonnées avec soin, bénéficie d’une résolution révélant les détails de chaque plan sur toute la profondeur de champ et dans toutes les conditions d’éclairage.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (ou 2.0 stéréo, au choix), très propre, avec une bonne dynamique, procure une convaincante sensation d’immersion dans l’image, y compris au format stéréo, grâce à une bonne séparation des canaux. La qualité technique de la bande-son lui permet de tenir son rôle de contrepoint essentiel à l’image.

Crédits images : © Rectangle productions, Nazira films, Pallas film, Possibles Media, Zeyno film

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 25 juin 2020
Pour le cinéaste palestinien Elia Suleiman, c’est une évidence : l’apparence d’ordre et de tranquillité du monde contemporain ne doit pas faire illusion, les signes de la menace sous-jacente d’un déchaînement de violence sont partout, bien visibles.

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It Must Be Heaven
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