Un pacte avec le diable

Un pacte avec le diable (1949) : le test complet du DVD

Alias Nick Beal

Réalisé par John Farrow
Avec Ray Milland, Audrey Totter et Thomas Mitchell

Édité par Sidonis Calysta

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Le 20/07/2020
Critique

Trop dépendre de quelqu’un n’est pas sans risque : John Farrow nous en apporte la démonstration dans ce film méconnu, encore inédit en vidéo.

Un pacte avec le Diable

Le procureur Joseph Foster rêve de devenir gouverneur. Mais pour qu’il ait quelque chance d’être élu, il lui faut d’abord faire condamner le chef de la mafia locale et trouver le financement de sa campagne électorale. Un homme lui tend sa carte de visite : « Nicolas Beal, agent ». L’inconnu viendra à son aide, mais exigera des contreparties. Et il lui fera rencontrer la séduisante Donna Allen…

Un pacte avec le diable (Alias Nick Beal), sorti en 1949, est le 31ème de la cinquantaine de films qu’a réalisés, de 1936 à 1959, John Farrow, le père de Mia Farrow, l’une des sept enfants qu’il a eus avec Maureen O’Sullivan. Après s’être fait connaître à Hollywood par ses scénarios, il s’est ensuite engagé sur la voie de réalisation, tout en continuant de contribuer à l’écriture de quatre films, dont Le Tour du monde en 80 jours (Around the World in 80 Days) qu’il coréalisera avec Michael Anderson en 1956 et qui lui vaudra l’Oscar du meilleur scénario, partagé avec James Poe et S.J. Perelman.

Bien qu’il ait touché à tous les genres, John Farrow a surtout laissé son empreinte dans le western, avec deux films sortis en 1953, Vaquero (Ride, Vaquero! ) et Hondo (Hondo), et aussi dans le Film noir, avec La Grande horloge (The Big Clock, 1946) et Les Yeux de la nuit (Night Has a Thousand Eyes, 1948).

Un homme d’une efficacité… diabolique !

Un pacte avec le diable s’inscrit dans ce dernier genre qu’il mêle au fantastique avec le personnage de Nick Beal dont plusieurs indices, ses apparitions ou disparitions soudaines, sa capacité à deviner les désirs de ses interlocuteurs… révéleront, sans le moindre recours à des effets spéciaux, qu’il ne peut être que le Diable, mais sans cornes, sans pieds fourchus, sans yeux de braises.

Un pacte avec le Diable

There is something strange about this man…

L’étrange Nick Beal donne l’apparence d’un bon diable, affable, bien éduqué, séduisant. Mais, on le sait, il ne faut pas se fier aux apparences : les compromissions qu’il exige en échange de ses faveurs finiront par ruiner l’image de Joseph Foster. Brillamment interprété par Ray Milland, Nick Beal fait penser à l’inquiétant Tony Wendice qu’il incarnera, cinq ans et quinze films plus tard, sous la direction d’Alfred Hitchcock, dans Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder).

Le rôle de Joseph Foster est tenu par Thomas Mitchell, une figure familière du cinéma américain, surtout depuis qu’il a, en 1939, incarné Doc Josiah Boone dans l’un des chefs-d’oeuvre de John Ford, La Chevauchée fantastique (Stagecoach), et le père de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent (Gone with the Wind). Donna, l’autre personnage important, est interprétée par Audrey Totter, une des icônes de la femme fatale, vue à la même époque dans The Unsuspected (Michael Curtiz, 1947) et dans Nous avons gagné ce soir (The Set-Up, Robert Wise, 1949).

L’adaptation, soutenue par de bons dialogues, d’une histoire originale du romancier Mindret Lord est l’oeuvre de Jonathan Latimer, scénariste de neuf autres films de John Farrow, dont La Grande horloge et Les Yeux de la nuit. Le film, outre une belle distribution, profite de la photographie aux éclairages et cadrages expressionnistes de Lionel Lindon qui remportera l’Oscar de la meilleure photographie en couleurs pour Le Tour du monde en 80 jours, et de la partition originale composée par Franz Waxman, deux fois oscarisé, pour Boulevard du crépuscule (Sunset Blvd. , Billy Wilder, 1950) et Une Place au soleil (A Place in the Sun, George Stevens, 1951).

Un pacte avec le diable, encore inédit en vidéo, vient s’ajouter à la collection Film noir de Sidonis Calysta, riche aujourd’hui d’une vingtaine de titres, dont L’Heure du crime (Johnny O’Clock, Robert Rossen, 1947) et Tokyo Joe (Stuart Heisler, 1949), sortis simultanément.

Un pacte avec le Diable

Généralités - 3,0 / 5

Un pacte avec le diable (89 minutes) et ses généreux suppléments (108 minutes) tiennent sur un Blu-ray DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test, effectué sur check disc.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, au format audio Dolby Digital 1.0.

Bonus - 4,0 / 5

Présentation par Bertrand Tavernier (39’). « Un des grands films qui avait disparu de la circulation (…) enterré par la Paramount, (…) l’un des deux ou trois chefs-d’oeuvre de John Farrow, cinéaste sous-estimé », avec The Big Clock et Night Has a Thousand Eyes, au style particulier, avec des plans-séquence très longs, des mouvements de caméra élaborés, des cadrages insolites. Intolérablement exigeant sur les plateaux, menant une vie dissolue, il se disait un catholique zélé, ce qui explique peut-être la récurrence du thème de la confession dans sa filmographie (Woody Allen a fait son portrait dans Hannah et ses soeurs avec le personnage d’Evan). Bertrand Tavernier souligne l’apport du scénariste Jonathan Latimer à cette « parabole politique » à résonance contemporaine et l’originalité de la photographie de Lionel Lindon, notamment dans le décor du China Coast Café, avec des éclairages et des fausses perspectives qui, lui rappellent Le Cabinet du docteur Caligari (Robert Wiene, 1920) ou des extérieurs noyés dans la brume.

Une intéressante analyse, illustrée par des extraits du film bien choisis.

Présentation par François Guérif (8’) . Il souligne la valeur du scénario de Jonathan Latimer « utilisant les personnages classiques du Film noir, un politicien pur, une municipalité corrompue, une femme fatale » auxquels s’ajoute celui, à la fois séduisant et inquiétant, de Nick Beal, faisant d’Un pacte avec le diable « un bijou du Film noir ».

Présentation par Patrick Brion (6’). Difficile à classer dans un genre, entre Film noir et fantastique, avec un « scénario malin », Un pacte avec le diable forme, avec The Big Clock et Night Has a Thousand Eyes, une trilogie dans l’oeuvre de John Farrow.

Un pacte avec le diable, version radiophonique (55’), diffusée par NBC en 1949 dans la case Screen Directors’ Playhouse. Cette réduction de la fable sur le bien et le mal, interprétée par des acteurs différents, est racontée par le révérend Thomas Garfield. Sur l’écran s’affiche un photo-montage des trois acteurs principaux, Nick Beal, Joseph Foster et Donna Allen.

Un pacte avec le Diable

Image - 3,0 / 5

L’image (1.33:1), bien qu’elle ait été débarrassée des traces de détérioration de la pellicule et stabilisée, manque cruellement de contrastes, avec des blancs ternes et des noirs poreux rendant certains plans d’extérieur nuit difficilement lisibles.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 1.0, très propre, avec un souffle à peine audible, garantit une parfaite clarté des dialogues et restitue la musique avec toute la finesse possible dans une bande passante nécessairement concentrée dans le medium.

Crédits images : © Sidonis Calysta

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 21 juillet 2020
Un personnage séduisant et inquiétant réussit à imposer sa volonté aux personnages de ce film noir insolite, teinté de fantastique, magnifiquement photographié, encore inédit en vidéo.
À découvrir !

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