Themroc

Themroc (1973) : le test complet du DVD

Réalisé par Claude Faraldo
Avec Michel Piccoli, Béatrice Romand et Marilù Tolo

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 08/07/2020
Critique

Un licenciement injuste déclenche chez un peintre en bâtiment une furieuse envie, régressive, d’être libre comme au temps des cavernes.

Themroc

Themroc, peintre en bâtiment, habite un petit appartement. Il entame sa routine quotidienne : petit-déjeuner dans la cuisine, sa mère lui montre la pendule affichant 6 heures. Il va devoir partir au boulot, mais pas sans être allé respirer le corps de sa jeune soeur, dormant nue dans la pièce voisine. Vite habillé, il enfourche son vélo, en même temps qu’un collègue habitant l’immeuble de l’autre côté de la rue. Les deux pédalent, épaule contre épaule, pour prendre le métro, puis un train de banlieue et rejoindre leur entreprise. Themroc, en dépit de trente ans d’ancienneté, est soudainement licencié pour avoir surpris, de son échafaudage, son patron en train de lutiner sa secrétaire. Enragé par cette injustice, Themroc abat la façade de sa chambre, en bouche l’entrée pour en faire une caverne, accessible de la cour par une échelle de corde. C’est là qu’il va mener une vie primitive, animale. Ce comportement fait réagir les autorités et donne des idées aux voisins…

Themroc, le deuxième long métrage de Claude Faraldo, réalisé en 1973, l’adaptation de sa pièce de théâtre Doux mais troglodytes, sort deux ans après BOF.. (anatomie d’un livreur). Autodidacte venu au cinéma à 40 ans après avoir été berger, puis livreur pour les Vins Nicolas, Claude Faraldo s’inscrit parallèlement au cours Simon et commence une carrière d’acteur, surtout dans des rôles de mauvais garçon, celui de Manuel Palmari dans Maigret se détend et La Patience de Maigret, réalisés par Andrzej Kostenko, avec Bruno Cremer dans le rôle-titre, ou celui d’Ange Paoli dans la série Mafiosa, créée par Hugues Pagan en 2006. Il a écrit le scénario de ses films et aussi celui de La Veuve de Saint-Pierre, une belle histoire de rédemption réalisée par Patrice Leconte en 2000, avec Juliette Binoche dans le rôle-titre.

BOF.. (anatomie d’un livreur), irrespectueux, secouait gentiment les conventions sociales en conservant un côté bon enfant… si l’on oublie le meurtre, anecdotique et « pour son bien », d’une personne « inapte au bonheur. »

Themroc, sur le ton de la farce, est plus destructeur, ce qu’annonce le rire irrépressible de Michel à la vue de l’effondrement d’un immeuble destiné à la démolition. Pour lui, l’ordre établi doit connaître le même sort : il faut tout envoyer par-dessus les moulins, s’affranchir des règles et, avec un grand pied de nez, braver les interdits, y compris les deux tabous majeurs, l’inceste et le cannibalisme. Ce qui valut au film une interdiction aux moins de 18 ans et une distribution restreinte.

Themroc

Themroc dénigre le travail salarié, dresse un tableau caricatural de l’entreprise qui emploie son personnel à des tâches inutiles, tel ce « gentil gardien » préposé à tailler une cinquantaine de crayons, dont il casse les mines quand le job est fini, pour le recommencer. Le consumérisme est épinglé, ce que symbolise la destruction à coups de masse d’une voiture par son propriétaire qu’on a vu la bichonner tout au long du film.

Mais la réflexion n’est jamais poussée bien loin dans ce brûlot post soixante-huitard, hara-kirien, qui fait feu de tout bois pour tout envoyer valser, avec un humour absurde faisant écho à celui des Monty Python qui faisait fureur à l’époque.

Themroc est un film muet… bien qu’on y parle haut et fort, mais dans un charabia incompréhensible. Et pourtant, la mise en scène, les postures, les expressions et l’intonation des acteurs permettent de deviner la plupart des « dialogues ».

Le film, en dépit de petits moyens, tourné en 16 mm, a bénéficié de la présence dans le rôle-titre de Michel Piccoli, d’une fougue sauvage sous une crinière rousse, dans un emploi aux antipodes des rôles de bourgeois des films de Claude Sautet. Lui donne la réplique, Béatrice Romand, révélée trois ans plus tôt par Le Genou de Claire d’Éric Rohmer. Toute l’équipe du Café de la Gare, ouvert trois ans plus tôt, complète la distribution. Romain Bouteille incarne, à lui tout seul, pas moins de huit personnages, en bonne compagnie, celle d’Henri Guybet, Miou-Miou, Patrick Dewaere, Coluche et les autres.

Themroc fut salué par le Prix spécial du jury et le Prix d’interprétation masculine pour Michel Piccoli au Festival du Cinéma Fantastique d’Avoriaz de 1973.

Une bonne idée qu’a eue Tamasa Diffusion de rééditer Themroc et de tirer de l’oubli BOF.. (anatomie d’un livreur), encore jamais édité en vidéo. Une perche tendue à celles et ceux, probablement très nombreux à ne pas le connaître, de découvrir le cinéma de Claude Faraldo.

Themroc

Généralités - 4,5 / 5

Themroc (105 minutes) et son supplément (9 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans boîtier épais de 14 mm.

Le menu fixe et sonorisé propose le film au format audio Dolby Digital 1.0.

Bonus - 2,5 / 5

Les grands fauves, une présentation de Roland-Jean Charma (9’, Insert & Cut, repris de la précédente édition Tamasa Diffusion, sortie en octobre 2015). Prônant « la désobéissance, le refus de l’autorité, l’envie de ne rien faire et de casser les liens familiaux », Themroc s’inscrit dans la lignée des films provocateurs réalisés après la vague de mai 68, sortis à peu près en même temps, tels Dernier tango à Paris de Bernardo Bertolucci, en 1972, La Grande bouffe de Marco Ferreri en 1973, et dans la veine de courant contestataire du cinéma de Guy Debord et Jean Eustache.

Image - 4,5 / 5

Après le coup de baguette magique d’une remasterisation 4K, l’image (1.66:1), très stable, débarrassée de toute trace de détérioration de la pellicule, affiche des couleurs ravivées, lumineuses, des noirs denses et une résolution étonnante pour du 16 mm. Le contrôle du bruit, bien équilibré, n’a pas affecté la texture argentique.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 1.0, très propre lui aussi (on n’entend pas le moindre souffle) profite d’une bonne dynamique et d’une bande passante suffisamment large pour un film tourné il y a cinquante ans.

Crédits images : © Tamasa Diffusion

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 9 juillet 2020
Il est interdit d’interdire ! Sur le ton de la farce, ce slogan de mai 68 est illustré, jusqu’à l’extrême, par ce brulot ravageur, défiant tous les tabous. Ce film le plus connu de Claude Faraldo, depuis longtemps introuvable, nous revient après une remarquable restauration.

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