Système K (2019) : le test complet du DVD

Réalisé par Renaud Barret
Avec Béni Baras, Géraldine Tobe et Freddy Tsimba

Édité par Le Pacte

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Le 09/09/2020
Critique

Une immersion dans le ghetto de Kinshasa à la découverte des arts de la rue, d’improvisations d’une insoupçonnable inventivité.

Système K

Un art de la rue inventif et pétillant naît dans la jungle des rues de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo…

Système K, sélectionné à la Berlinale en 2019, sorti en France et aux USA en janvier 2020, est le huitième documentaire de Renaud Barret, qui s’est installé à Kinshasa en 2003, là où lui vint l’idée, après avoir exploité une agence de publicité à Paris, de devenir réalisateur. Il y tourna, avec le journaliste Florent de La Tullaye, La Danse de Jupiter, sorti en 2006, aujourd’hui disponible dans le coffret Around Music - Ecouter le monde édité par La Huit en octobre 2015 (12 DVD), puis Victoire Terminus, Kinshasa, salué en 2008 par le Grierson Award au London Film Festival, Benda Bilili!, sélectionné à Cannes pour la Caméra d’or en 2010, et, en 2013, Pygmée Blues et The Africa Express.

Système K, le premier film que Renaud Barret ait réalisé et photographié en solo, nous plonge dans les ghettos de Kinshasa, un lieu chaotique, aux rues défoncées dans lesquelles les voitures peuvent s’embourber après une forte pluie, où l’électricité, incessamment coupée, est distribuée par un enchevêtrement de fils raccordés aux poteaux plantés en bordure des rues, où la police procède à des arrestations brutales, où des pasteurs d’églises évangéliques exploitent la pauvreté des habitants et sont épinglés par un homme nu, pieds et poings liés, qui se traîne dans la boue, une bible à la main. Une jungle urbaine, dont le calme apparent pendant la nuit est troublé par le coassement des grenouilles dans les flaques d’eau, est dangereuse, selon un habitant du ghetto : « À Kin, si on voit quelqu’un se faire renverser par une voiture, au lieu de l’aider, on lui vole ses affaires (…) il n’y a pas d’innocents parmi nous. » Un monde où tout manque, y compris l’eau potable que les habitants doivent acheter dans la rue. Un monde où la débrouille, « le système K » est une indispensable condition de survie.

Système K

Une population qui doit inventer en permanence les conditions de sa propre survie (Freddy)

La première scène du film intrigue : la caméra suit un homme qui ramasse dans un grand sac des objets jetés dans la rue. C’est Freddy Tsimba, « sculpteur et plasticien (…) d’une génération d’artistes qui créent à même la rue dont les oeuvres se nourrissent du chaos ». Il est un des rares à bien vivre de son art, des sculptures métalliques anthropomorphiques, faites de capsules de bière et de sodas ou de douilles de balles soudées les unes aux autres. Sa dernière création est une « maison », exposée dans la rue, dont les murs et la toiture sont faits d’un assemblage de machettes.

Ici, l’art est partout !

Système K nous amène, dans autant de parties du film, à la découverte d’autres artistes de la rue, Kokoko, le groupe de musiciens aux instruments créés de bric et de broc pour retrouver des « sons ancestraux », Béni, le métis SDF, orphelin à 6 ans, qui compose des bas-reliefs en faisant couler du plastique en fusion, Kongo astronaute, le « Congolais dans l’espace », caparaçonné dans une sorte de scaphandre métallique, Géraldine, qui peint avec la fumée (« le feu est devenu mon pinceau et la fumée ma couleur »), Yas, « enfant-sorcier » qui, maintenant adulte, laisse les passants recouvrir son corps de cire de bougie, Kil Bill, le destructeur à coups de masse d’écrans télé et d’ordinateurs « qui empêchent la jeunesse d’avancer », Strombo, le diable aux cornes de buffle qui s’asperge de peinture, Majestik, qui prêche avec un collier en crânes de singes dans une baignoire à baldaquin, remplie du sang d’animaux égorgés, pour rappeler le bain de sang dans lequel a été plongé le pays, et d’autres encore, tels celui qui vend des T-shirts sur lesquels il imprime au pochoir « Zala na bokebi, na bomoi » (Ta vie est précieuse, prends garde, en lingala)…

Système K, virevoltant, grisant, nous entraîne dans une étourdissante spirale de formes, de couleurs, de sonorités et de rythmes, dans une suite de scènes captées par une caméra légère, bien contrôlée, à la découverte d’un univers d’une insoupçonnable inventivité.

Système K

Généralités - 4,0 / 5

Système K (90 minutes) et ses suppléments (53 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres imposés (bien qu’on eût pu tout à fait s’en passer pour de nombreux commentaires ou dialogues en français, la langue officielle du Congo Kinshasa), avec le choix entre deux formats audio, Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Piste d’audiodescription Dolby Digital 2.0.

Sous-titres pour malentendants.

Bonus - 3,5 / 5

Entretien avec Renaud Barret (23’, Le Pacte, 2020). Le film, dont les derniers plans ont été tournés en 2018, est déjà obsolète, tant l’art de la rue n’arrête pas de se renouveler à Kinshasa. Avec Florent de La Tullaye, sans commande, sans formation au cinéma, il a tourné trois films en quatre ans et produit de la musique dans cette ville où chaque habitant a vécu « son odyssée personnelle ». Ses films sont peu écrits : « on les tourne d’abord et on réfléchit ensuite », dans l’environnement instable et dangereux du ghetto où les personnages peuvent disparaître du jour au lendemain, où la vie est dure, mais inspirante, diverse : construite il y a un peu plus d’un siècle, on y parle 450 langues ! Elle est le pôle d’une activité minière intense générant des richesses sans retombées pour le peuple, condamné au dénuement. Les jeunes artistes récupèrent les rebuts de la production industrielle pour leurs créations, en partageant, au jour le jour, la vie précaire des gens du ghetto. La contestation dans la rue n’est qu’un phénomène récent.

Scènes coupées (28’) : neuf scènes, autant de compléments au montage final du documentaire.

Bande-annonce.

Système K

Image - 4,5 / 5

L’image numérique (1.78:1), avec une forte résolution soulignée par la netteté de certaines prises à partir d’un drone, lumineuse, fermement contrastée avec des noirs denses, offre une palette de couleurs agréablement saturées et soigneusement étalonnées.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (et une alternative 2.0 stéréo), avec un bon équilibre entre, dialogues, commentaires en voice over et bruits d’ambiance, bénéfice d’une dynamique et d’une ouverture du spectre mettant en valeur la musique et les chants de la rue, ainsi que l’accompagnement musical de Kokoko. La répartition du signal sur les cinq canaux réussit à créer une impression d’immersion dans l’action, discrète, mais cohérente.

Crédits images : © Renaud Barret - La Belle Kinoise - Les Films en vrac

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 10 septembre 2020
Système K, virevoltant, grisant, nous entraîne dans une étourdissante spirale de formes, de couleurs, de sonorités et de rythmes, dans une suite de scènes captées par une caméra légère, bien contrôlée, à la découverte d’un univers d’une insoupçonnable inventivité.

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