Des fleurs pour un espion (1966) : le test complet du DVD

Le spie amano i fiori

Réalisé par Umberto Lenzi
Avec Roger Browne, Emma Danieli et Daniele Vargas

Édité par Artus Films

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 09/02/2021
Critique

Troisième film d’espionnage signé Lenzi : élégant alliage de suspense, de violence et d’érotisme.

Des fleurs pour un espion

Des fleurs pour un espion (Le Spie amano i fiori, Ital.-Esp. 1966) de Umberto Lenzi (1931-2017), distribué le 12 août 1966 en Italie puis le 21 décembre 1966 à Paris, était son troisième film d’espionnage après Suspense au Caire pour A 008 (A 008 operazione sterminio, Ital.-Égyp. 1965) et Super 7 appelle le Sphinx (Ital.-Fr. 1966). Il constitue la suite directe du second titre car il est le second et dernier volet des aventures du héros Super 7 alias Martin Stevens, interprété par Roger Browne dans ces deux titres de 1966.

Cette décennie 1960-1970 ― celle de ses débuts ― constitue déjà, sur le plan plastique, une période remarquable dans la filmographie de Lenzi. Il soigne chaque plan et chaque mouvement de caméra, constamment soucieux d’effets plastiques sophistiqués, du rythme de la narration et de la perfection de ses mouvements de caméra. Il s’avère déjà, sans difficulté, un des maîtres de l’écran large en couleurs du cinéma populaire italien de cette période. Les scénarios qu’il écrits (Lenzi est très souvent son propre scénariste) se caractérisent non seulement par leur goût pour l’érotisme et la violence (le second élément l’emportera nettement sur le premier durant la décennie 1970-1980 de sa filmographie) mais encore par un certain surréalisme, discret mais bien réel. Lenzi est certes un cinéaste moins intellectuel et profond qu’un Riccardo Freda, qu’un Vittorio Cottafavi, qu’un Mario Bava. C’est plutôt du côté d’un Alberto de Martino, d’un Nick Nostro ou d’un Antonio Margheriti ― artisans plasticiens un peu moins ambitieux mais parfois admirablement inspirés par le scénario qu’ils doivent illustrer ― qu’il faudrait le ranger.

Toujours est-il que Lenzi, certes grand plasticien, ne cesse de prouver son intelligence et, osons le mot, son exigence sans oublier une certaine ironie au second degré référentiel souvent très savoureux. Lorsque Super 7 tend son piège dans un hôtel parisien, il lit le journal français Le Figaro littéraire dont l’exemplaire arbore, sur les deux pages ouvertes, un article politique intitulé La Chine met son armée au pas et un autre purement littéraire sur l’écrivain français Romain Rolland : savoureux clin d’oeil pour le cinéphile francophone s’intéressant aux lettres, à la politique, à l’histoire. Lorsque le même Super 7 arrive à Genève, Lenzi filme les inévitables et attendus hôtels de luxe, façades de banques, casinos sur fond de lac puis il place brusquement en arrière plan bien net d’un mignon plan d’ensemble d’une rue commerçante… la devanture de la librairie des éditions Payot, l’éditeur de la célèbre Bibliothèque Scientifique Payot (B.S.P.) qui publiait certaines des oeuvres majeures de Freud en traduction française. En revanche, Super 7 se débarrasse sans remords de son exemplaire du journal suisse La Tribune de Genève qu’il faisait semblant de lire pendant une filature, en le jetant sur le trottoir. Et lorsque Lenzi fait évoluer Super 7 en Grèce, à Athènes et au Cap Sounion, Lenzi cadre en arrière plan l’inévitable Acropole (à Athènes) mais aussi la déesse Athéna sur son trépied (encore à Athènes) ou le temple d’Apollon (au Cap Sounion) : les lecteurs d’Homère, d’Eschyle et même ceux de Nietzsche apprécieront.

Belle direction photo, montage fluide, direction artistique soignée (y compris sur le plan de l’armement léger), scénario intelligent aux rebondissements multiples, casting homogène et efficace sans grande surprise à une notable exception : la présence de la fascinante actrice japonaise (qui joue une espionne chinoise agissant pour le compte d’une organisation secrète) Yoko Tani, aussi belle ici qu’elle l’était déjà dans Le Géant à la cour de Kublaï Khan (Maciste alla corte del Gran Khan, Ital.-Fr. 1961) de Riccardo Freda. Bref, vous l’aurez compris, Des fleurs pour un espion donne sérieusement envie de découvrir les deux autres Lenzi d’espionnage, tournés juste avant.

Des fleurs pour un espion

Généralités - 4,0 / 5

1 DVD-9 zone 2 PAL Artus Films, collection « Euro Spy », édité le 02 février 2021 sous digipack. Format 1.85 couleurs compatible 16/9, Dolby Digital mono 2.0 VOSTF + VF d’époque, durée du film sur DVD : 90 min. environ. Suppléments : bande-annonce générale Artus de la collection Euro Spy + présentation du film par Christophe Bier + diaporama affiches et photos + générique italien d’ouverture + bande-annonce originale.

Bonus - 4,0 / 5

Présentation par Christophe Bier (durée 20 min. environ) : elle établit soigneusement la situation esthétique du film au sein du genre, sa position chronologique dans la filmographie de son cinéaste, fournit quelques éléments intéressants sur Yoko Tani, sans oublier (puisque nous avons affaire à un cinéphile collectionneur de bandes-dessinées Elvifrance) quelques rares romans-photos et bandes-dessinées d’espionnage, améliorant encore l’éclairage culturel du genre durant cette époque. Elle est plus légère sur la carrière de Lenzi mais Bier renvoie le spectateur à l’exposé antérieur nettement plus ample de David Didelot qu’on trouve dans l’édition Artus films du Kriminal (Ital.-Esp. 1966) de Umberto Lenzi, adapté d’une célèbre bande-dessinée italienne pour adultes (fumetti). Ce savant et pointilliste exposé de Didelot ne citait cependant, si ma mémoire est bonne, que Super 7 appelle le Sphinx à la rubrique espionnage. Je suis d’accord avec Christophe Bier concernant le casting : Yoko Tani est, à mes yeux aussi, l’argument majeur de Des fleurs pour un espion.

Une petite correction factuelle : il ne faut pas dire que l’intrigue fut « peut-être » inspirée par la panne d’électricité survenue à New York en 1965 ; ladite panne étant expressément mentionnée dans les dialogues de l’avant-dernière séquence, la référence est consciente et donc avérée.

Une seconde correction - objection serait d’ailleurs un terme plus approprié - concernant sa critique globale du genre : je ne pense pas qu’il ait été négligé esthétiquement ni que ses cinéastes l’aient pris thématiquement un peu « à la légère » comme il le dit. Au contraire, je pense que les bons artisans comme les grands cinéastes qui y contribuèrent, le traitèrent avec le même sérieux et la même inspiration que les autres genres du cinéma-bis populaire de cette période de perfection plastique que furent - le recul et les progressives restaurations permettent de s’en rendre compte chaque jour davantage - les années 1960-1970. La preuve, s’il en était, par cette collection Euro Spy qui ne fait qu’angliciser ce que Une Semaine de Paris-PariScope définissait, à l’époque, plus simplement par le terme générique francophone : « Espionnage ». Rubrique qui était soigneusement distinguée d’autres rubriques proches telles que « Aventure » et « Policier ». Preuve que, esthétiquement, le genre était reconnu à part entière : c’eût été impossible sans des oeuvres au moins soignées, sinon toujours inspirées.

Des fleurs pour un espion

Une troisième correction, historique, enfin : le second âge d’or du péplum italien (qu’on date en général 1957-1965 mais que je préfère dater 1953-1965 pour des raisons que j’ai déjà expliquées ailleurs) n’est pas achevé en 1964 mais en 1965. Exemples parmi d’autres, Goliath à la conquête de Bagdad (Ital. 1965) de Domenico Paolella distribué en mars 1965 en Italie, en avril 1966 en France, Hercule défie Spartacus (Il gladiatore che sfido l’impero, Ital. 1965) de Domenico Paolella distribué en avril 1965 en Italie, en 1971 en France (avec six ans de retard), etc. Je sais bien que dans Midi-Minuit Fantastique n°12 (éditions Le Terrain vague, Paris mai 1965 puis édition augmentée Rouge Profond, Paris 2018, page 25), la biographie de Paolella rédigée par Bernard Eisenchitz les date de 1964 mais il s’agit probablement, à mon avis, de la traditionnelle confusion entre date de production et date de distribution : or, jusqu’à sa distribution, un film peut être modifié - et il arrive assez souvent qu’il le soit ! - par le producteur, le distributeur, le cinéaste. C’est donc sa date de distribution (ici 1965) qui prime sur sa date de production. Raison pour laquelle il faut privilégier, en règle générale et sauf cas rares, l’année du copyright inscrite au générique d’ouverture (lorsqu’elle l’est… ce qui n’est pas toujours le cas, comme on le voit avec ce film-ci de Lenzi dont ni le générique italien ni le générique français ne mentionnent son année 1966). Pour une filmographie du péplum, puisque nous en parlons, je recommande de consulter celle, ancienne mais assez complète et sérieuse, établie en son temps par Patrick Brion dans sa fiche Le Péplum insérée dans l’un des six volumes des Dossier du cinéma - Cinéastes 1, 2, 3 + Films 1, 2, 3, (éditions Casterman S.A., Tournai 1971-1974). Elle est, en tout cas, bien plus complète que la plupart des listes actuellement visibles sur internet.

Galerie affiches et photos diaporama (durée 1 min. environ) : elle comporte une dizaine de documents, parmi lesquels une affiche française, une italienne et de mignonnes photos italiennes d’exploitation mais pas le jeu complet. Relative déception car on a eu des galeries nettement mieux pourvues chez l’éditeur Artus. Ce n’est certes pas mal mais j’attendais tout de même un peu mieux.

Bande-annonce originale> (VF, 1.85 compatible 16/9, durée 3 min. 30 sec. environ) : en excellent état argentique, elle a l’originalité d’être en VF d’époque mais de présenter des slogans en italien. Quelques jolis effets psychédéliques de photos fixes monochromes introduites au montage de sa continuité, au début.

Générique italien original d’ouverture(1.85 compatible 16/9, durée 1 min. 30 environ) : supplément en excellent état argentique et qui complète bien le générique d’ouverture français d’époque de la copie restaurée.

Des fleurs pour un espion

PS : On peut noter que l’idée de l’agrandissement photographique révélant la possibilité d’un crime ou mettant sur la piste de l’identité d’un criminel se retrouvera dans le Blow-Up (Blow Up, Ital.-USA 1966) de Michelangelo Antonioni. Ce titre d’Antonioni ayant été tourné de mai à août 1966, montré en première à New York le 18 décembre 1966 puis distribué à l’international durant l’année 1967, on ne peut évidemment pas dire que Lenzi s’en inspira. Inversement, Des fleurs pour un espion n’ayant été distribué en Italie qu’en août 1966, on ne peut pas dire non plus qu’Antonioni ait pu s’en inspirer. Nous sommes ici en présence - le cas n’est pas isolé dans l’histoire du cinéma comme dans celle des autres arts et des autres domaines de l’esprit - d’une inspiration, d’une idée qui flottait dans l’air thématique et esthétique de cette époque. Occasion de signaler un fait qu’on a tendance aujourd’hui à oublier : avant les influences réciproques de la télévision sur le cinéma et du cinéma sur la télévision, sur lesquelles on a tant glosé - et, souvent, à bien juste titre - souvenons-nous qu’il y eut historiquement une influence constante et réciproque de la photographie sur le cinéma et du cinéma sur la photographie.

Image - 5,0 / 5

Format original 1.85 couleurs, compatible 16/9. Copie argentique en excellent état, master restauré 2K sur DVD Pal zone 2. Quelques stocks-shots (plans rapportés à la continuité, comme celui de l’Arc de Triomphe au début de la section française) sont d’un étalonnage différent et d’une définition inférieure au restant de la continuité mais ils sont fugitifs et rares. Excellent équilibrage entre lissage et respect du grain. Dommage que ce ne soit pas un Blu-ray, évidemment, mais le support DVD rend ici son potentiel technique maximum actuel.

Son - 5,0 / 5

Dolby Digital Mono d’origine 2.0 VOitalienneSTF + VF d’époque : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Musique standard composée par le prolifique Armando Trovajoli. L’actrice Yoko Tani (née en France et qui avait quitté le Japon pour revenir vivre à Paris afin d’étudier à la Sorbonne avant de devenir mannequin, strip-teaseuse au Crazy Horse de l’avenue Georges V puis actrice internationale) a deux voix assez différentes en VF et en Vitalienne : je préfère celle de la VI, un peu plus grave et suave, mais je recommande néanmoins la VF d’époque, savoureuse et très soignée, dont le générique français mentionne en outre les doubleurs, ce qui est toujours intéressant pour l’histoire de l’exploitation, section de l’histoire du cinéma.

Crédits images : © Romana Film, Leda Films Productions S.L.

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

Moyenne

3,0
5
0
4
0
3
1
2
0
1
0

Je donne mon avis !

Avatar
francis moury
Le 10 février 2021
Troisième film d’espionnage signé Lenzi : élégant alliage de suspense, de violence et d’érotisme.

Lire les avis »

Multimédia

Proposer une bande-annonce

Du même auteur
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus