L'Homme à l'affût (1952) : le test complet du DVD

The Sniper

Réalisé par Edward Dmytryk
Avec Arthur Franz, Adolphe Menjou et Gerald Mohr

Édité par Sidonis Calysta

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Le 30/04/2021
Critique

Cet excellent film noir d’Edward Dmytryk suscite l’empathie du spectateur pour un tueur de femmes qui terrorise San Francisco.

L'Homme à l'affut

Eddie Miller, un ancien combattant, travaille maintenant comme chauffeur-livreur pour une laverie industrielle de San Francisco. Solitaire, rejeté par les femmes, il ne parvient pas à contenir ses pulsions meurtrières. La police de San Francisco est désemparée : aucun mobile apparent, aucun lien entre les victimes, des jeunes femmes brunes, tuées dans la rue par une arme de guerre…

L’Homme à l’affût (The Sniper) développe un pitch écrit par Edna et Edward Anhalt, sous les projecteurs de Hollywood depuis le succès de Panique dans la rue (Panic in the Streets, Elia Kazan, 1950) qui leur valut l’Oscar de la meilleure histoire originale. L’adaptation en fut faite par Harry Brown qui venait de recevoir l’Oscar du meilleur scénario pour Une Place au soleil (A Place in the Sun, George Stevens, 1951), sélectionné à Cannes, toujours en attente d’une réédition en vidéo. Edward Anhalt écrira le scénario d’un des chefs-d’oeuvre de Richard Fleischer, L’Etrangleur de Boston (The Boston Strangler, 1968).

Sorti en 1952, L’Homme à l’affût est le trentième des 56 longs métrages réalisés par Edward Dmytryk, pour beaucoup son meilleur film, à côté d’Adieu ma jolie (Murder My Sweet, 1944) et Feux croisés (Crossfire, 1947). Il est produit par Stanley Kramer en même temps que Le Train sifflera trois fois (High Noon, Fred Zinnemann).

L’Homme à l’affût revisite le thème du tueur en série, déjà brillamment exploité au cinéma dans Le Cabinet du docteur Caligari (Das Cabinet des Dr. Caligari, Robert Wiene, 1920), The Lodger (Les cheveux d’or) (Alfred Hitchcock, 1927) et M le maudit (M, Fritz Lang, 1931). Mais, en associant un psychologue à la recherche du meurtrier, il entrouvre la porte du profilage, une technique qui sera élaborée par le FBI à la fin des années 70, dont la genèse constitue le thème de l’excellente série documentaire-fiction créée par Joe Penhall, Mindhunter (5017-2019, 19 épisodes), diffusée par Netflix.

L'Homme à l'affut

L’Homme à l’affût tire une partie de son originalité de la personnalité d’Eddie Miller, découverte dès le début du film, celle d’un homme qui souffre de ne pouvoir maîtriser sa folie meurtrière, ce qui crée l’occasion d’un débat sur les moyens à mettre en oeuvre pour protéger la société, peine de mort ou soins psychiatriques.

L’Homme à l’affût offre à Arthur Franz le meilleur emploi de toute une longue carrière qui le cantonnera dans des rôles secondaires, d’abord au cinéma, où on l’avait remarqué dans Iwo Jima (Sands of Iwo Jima, Allan Dwan, 1949), puis à la télévision. Il est traqué par le lieutenant Frank Kafka, interprété par le fils d’un émigrant français, Adolphe Menjou, spécialisé dans l’incarnation de dandies dès les années 20, avec l’impressionnant palmarès de 150 films dont un des derniers sera l’inoubliable Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory, Stanley Kubrick, 1957).

On apprécie d’autre part, notamment dans l’éclairage des nombreuses scènes de nuit, le talent de Burnett Guffey qui recevra l’Oscar de la meilleure photo pour Tant qu’il y aura des hommes (From Here to Eternity, Fred Zinnemann, 1953), puis pour Bonnie & Clyde (Arthur Penn, 1967). Sa contribution, combinée à l’efficacité de la mise en scène d’Edward Dmytryk, fait de L’Homme à l’affût un film noir au-dessus du lot commun, avec l’inoubliable séquence dans laquelle un cordiste repère le tueur d’une cheminée d’usine.

>L’Homme à l’affût vient enrichir la Collection Film Noir, lancée en mai 2016 par Sidonis Calysta avec Des pas dans le brouillard (Footsteps in the Fog, Arthur Lubin, 1955), Allo… Brigade spéciale (Experiment in Terror, Blake Edwards, 1962) et Lutte sans merci (13 West Street, Philip Leacock, 1982). Elle compte aujourd’hui une soixantaine d’éditions, avec des films presque tous inédits en vidéo en France.

L'Homme à l'affut

Généralités - 3,0 / 5

L’Homme à l’affût (84 minutes) et ses suppléments (74 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier épais de 14 mm, glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres imposés, au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

Bonus - 3,5 / 5

Tous les suppléments sont repris de l’édition sortie en 2018.

Présentation du film par Bertrand Tavernier (25’) « Peut-être le meilleur film d’Edward Dmytryk ». Produit par Stanley Kramer, il doit beaucoup à Harry Brown, un des grands scénaristes qui tenait le scénario de L’Homme à l’affût pour sa plus belle réussite, valorisée par la précision et l’efficacité de la mise en scène d’Edward Dmytryk. Le film, centré sur le tueur, prend pitié de lui, à l’opposé de l’approche choisie pour L’Inspecteur Harry (Dirty Harry, Don Siegel, 1971).

Présentation du film par Olivier Père (31’). « Film noir aux ambitions sociales », L’Homme à l’affût, le meilleur film d’Edward Dmytryk, est le premier qu’il a pu tourner après sa condamnation à six mois d’emprisonnement par le HUAC (House Un-American Activities Committee), auquel il a donné des noms, entachant ainsi sa réputation à Hollywood. Le premier d’une série de films à petit budget que Stanley Kramer a pu produire pour la Columbia en toute liberté. Olivier Père note des similitudes dans la caractérisation humaniste du meurtrier avec M le maudit, le remake du chef-d’oeuvre de Fritz Lang par Joseph Losey, sorti un an avant.

Présentation du film par François Guérif (8’). « Portrait saisissant d’un malade mental sexuel » avec une honnête dimension sociale, une remarquable graduation des scènes de meurtre et une fin touchante.

Présentation du film par Patrick Brion (9’). Edward Dmytryk tourna L’Homme à l’affût au retour d’un court exil en Angleterre pendant lequel il réalisa aussi l’étrange L’Obsédé (Obsession / The Hidden Room). Le réalisateur tire un bon parti du paysage urbain de San Francisco et suscite une certaine empathie pour le tueur, comme l’avait fait Fritz Lang dans M.

Bande-annonce (2’).

L'Homme à l'affut

Image - 5,0 / 5

L’image (1.33:1) a bénéficié d’une restauration exemplaire qui n’a laissé subsister que d’infimes et rares petites taches et contrôlé le grain en respectant la texture du 25 mm. Lumineuse, solidement contrastée, avec des noirs très denses, elle met en valeur l’excellent travail sur les éclairages de Burnett Guffey.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono de la version originale, très propre, pratiquement sans souffle, assure la clarté des dialogues, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical, finement restitué malgré quelques saturations.

Crédits images : © Columbia Pictures Corporation, Stanley Kramer Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 30 avril 2021
Réédition attendue d’un des meilleurs films d’Edward Dmytryk. Sur le thème de la traque d’un tueur en série, il anticipe, près d’une vingtaine d’années avant sa naissance officielle sur les fonts baptismaux du FBI, la technique du profilage. À découvrir.

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