Mon nom est clitoris (2019) : le test complet du DVD

Réalisé par Lisa Billuart-Monet

Édité par La Vingt-cinquième heure

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Le 31/03/2021
Critique

Ce premier film soulève le voile avec lequel des pesanteurs culturelles continuent de recouvrir l’organe du plaisir sexuel féminin.

Mon nom est clitoris

Douze jeunes Bruxelloises de 20 à 25 ans sont invitées à parler de l’éveil de leur sexualité au temps de l’école primaire, de leur première fois (pas toujours un bon souvenir), du plaisir, parfois simulé, des insuffisances de l’éducation sexuelle… L’approximation de leur dessin d’un clitoris souligne le mystère qui continue d’entourer les parties non visibles de l’organe du plaisir sexuel.

Mon nom est clitoris, écrit, réalisé et monté par Lisa Billuart-Monet et Daphné Leblond, est, après une formation à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (INSAS) de Bruxelles, leur premier film. Distribué avec un dossier pédagogique dans une centaine de centres du Planning familial en Belgique, le film a eu un rayonnement inattendu : présenté dans de nombreux festivals, il a été récompensé en Belgique par un Magritte du meilleur documentaire, puis, de l’autre côté de l’Atlantique, par le Prix du public à Calgary.

Les entretiens avec Marie, Marguerite, Jessica, Mélissa, Gwendoline, Alice, Laïss, Elfée, Éloïse, Loup, Maja et Océane furent enregistrés en 2017, dans l’intimité d’une chambre ou d’un salon, en petit comité, les jeunes femmes étant souvent interrogées deux par deux, parfois seules. L’invitation à dessiner un clitoris « sans avoir regardé sur Internet » fait réagir : « - Je dois dessiner ce qu’on ne voit pas ? - Oui. - Je n’en ai aucune idée. » Un « continent inconnu », dont une adolescente sur quatre ignorerait même l’existence.

Mon nom est clitoris

Mon nom est clitoris met au grand jour les lacunes de l’éducation sexuelle : on parle du vagin, des trompes de Fallope, des ovaires, pas du clitoris. Les livres d’anatomie pour adolescents l’éclipsent ou n’en dévoilent que la partie visible, le gland, « petit renflement rond et rouge, très sensible au toucher, de la taille d’un pois », mais oblitèrent les parties cachées, les corps caverneux et les bulbes vestibulaires.

Les livres, « c’est très technique (…) ça parle d’anatomie, de maladies, de fécondation, pas du plaisir, ni du désir, ni de l’homosexualité », disent-elles. Un silence générateur de la réticence des filles à parler de leur sexualité, même avec leur mère.

Un silence qui peut également engendrer la culpabilité. La masturbation, dans un ouvrage destiné aux adolescents, « un acte personnel qui doit rester privé », n’est évoquée que pour les garçons et on n’en parle pas facilement entre filles. Cette omerta a fait que plus d’une fille s’est sentie coupable, voire anormale en stimulant « le seul organe destiné au plaisir » « sans avoir besoin de personne ». Le film épingle aussi les étiquettes « hétéronormées » trop facilement collées, réductrices, alors que le plaisir sexuel, multiforme, n’est pas obtenu par la seule pénétration du phallus dans le vagin.

Mon nom est clitoris, après une distribution restreinte en France en février 2020, mérite une large diffusion auprès des adolescents, filles et garçons : l’expérience des douze filles qui se sont prêtées au jeu leur apportera un utile éclairage sur leur sexualité, plus vrai que celui proposé par les sites pornographiques, facilement accessibles.

Mon nom est clitoris

Généralités - 3,0 / 5

Mon nom est clitoris (78 minutes) et ses suppléments (67 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier épais de 14 mm, très difficile à sortir de son étui !

Le menu animé et musical propose le documentaire au format audio Dolby Digital 2.0 stéréo.

Sous-titres pour malentendants et sous-titres en anglais.

À l’intérieur du boîtier, un pochoir pour tagger un clitoris, accompagné d’un feuillet rappelant que les articles 322-1 et 922-2 de notre code pénal répriment cette pratique. Dommage que le carnet pédagogique, évoqué à plusieurs reprises, n’ait pas été joint au DVD !

Bonus - 4,0 / 5

Interview des réalisatrices Lisa Billuart-Monet et Daphné Leblond (13’, La Vingt-cinquième heure Distribution, 2021). L’idée leur est venue, après une conversation sur le sexe qu’elles avaient eue à Istanbul, de réaliser le film qu’elles auraient souhaité voir quand elles étaient adolescentes. En formant, à elles deux, « la plus petite équipe possible », elles ont assuré une intimité propice à la liberté de parole. Parler du clitoris, « symbole des plaisirs (…) permet d’aborder l’ensemble des dimensions de la sexualité ». Les entretiens ont fait naître des idées pour améliorer l’éducation sexuelle, pour mieux former les fonctionnaires de la justice et de la police aux conséquences des violences sexuelles, pour « vivre au mieux sa sexualité », se poser les bonnes questions, dire, en n’ayant pas peur des mots, ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, éradiquer les expressions sexistes, s’assurer du consentement de l’autre…

Interview des protagonistes, 4 ans après (23’). Les réalisatrices ont réuni, quatre ans après, six des douze protagonistes. Elles disent avoir été surprises par l’écho qu’allait donner le film à des conversations intimes, d’être reconnues dans la rue à Bruxelles. Elles ont ressenti, en le visionnant, des moments de gêne et de déni éprouvés pendant le tournage, et aussi mesuré l’influence qu’il a pu avoir sur leur vie sexuelle en les incitant « à mieux s’écouter ».

Intervention au Parlement francophone bruxellois (41’). Quatre des jeunes femmes, Marie, Laïss, Éloïse et Elfée, dénoncent l’ignorance dans laquelle les a laissées une éducation sexuelle se limitant à parler des risques, les « normes sociales nuisibles aux femmes », et soumettent des propositions pratiques pour faire évoluer l’état des choses actuel, pour instituer une meilleure information, dès l’enfance, à l’école, « pour réduire la zone grise (…) en utilisant les bons mots », pour combattre les discriminations, les clichés « hétéronormés », pour une représentation dans les manuels scolaires du clitoris, l’organe du plaisir.

Mon nom est clitoris

Image - 4,5 / 5

L’image numérique (1.78:1), en dépit de la légèreté des moyens mis en oeuvre, sans éclairage artificiel, assure une parfaite définition de tous les plans rapprochés, dans une palette de couleurs naturelles, soigneusement étalonnées.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 2.0 stéréo, très propre, cantonné sur la voie centrale, restitue clairement les dialogues.

Crédits images : © Droits réservés

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 31 mars 2021
Ce sympathique documentaire lève le voile pudique qui continue de dissimuler aux jeunes filles "l’organe de leur plaisir" dans les cours ou les livres d’éducation sexuelle. Un film salutaire, récompensé en Belgique par un Magritte du meilleur documentaire et, de l’autre côté de l’Atlantique, par le Prix du public à Calgary.

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