Moranbong, chronique coréenne (1958) : le test complet du DVD

Réalisé par Jean-Claude Bonnardot
Avec Jean-Claude Bonnardot, Si Mieun et Osum Do-Sun

Édité par Doriane Films

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Le 03/05/2021
Critique

L’unique film coproduit entre la France et la Corée du Nord n’a été sorti de l’oubli qu’en 2010, à l’occasion de sa première projection à Pyongyang.

Moranbong

Pendant la guerre de Corée, dans le village de Kaesong, un jeune ouvrier et la fille d’un vieux musicien traditionnel s’aiment. La veille du conflit, le père est arrêté par la police du Sud et son ami cherche désespérément à la prévenir. La nuit même, les hostilités éclatent et le village est occupé par les troupes du Nord dans lesquelles s’engage le jeune homme. Blessé, il est recueilli par la jeune fille qui le cache. Rétabli, il reprend les armes mais est arrêté…

Moranbong : chronique coréenne, accueilli très favorablement à Cannes en 1960, sous le titre Moranbong : aventure coréenne, fut interdit de projection, tant en France qu’à l’étranger, jusqu’en 1964 et n’attira alors qu’une faible audience. C’était le premier des deux longs métrages que réalisa Jean-Claude Bonnardot pour le grand écran (l’autre sera Ballade pour un voyou, sorti en 1963) avant de se consacrer à la télévision jusqu’à sa mort prématurée à 57 ans, en 1981.

Moranbong : chronique coréenne fut tourné en Corée du Nord en 1958, à l’occasion de la visite d’une délégation française, avec de généreux moyens, équipes, acteurs, figurants, fournis par le régime Kim Il-sung, sur un scénario d’Armand Gatti, futur auteur et réalisateur de L’Enclos (1961), puis tiré et monté en France. Il ne sera, pour la première fois, projeté en Corée du Nord qu’en 2010 au festival du film de Pyongyang, dominé par la colline de Moranbong.

Moranbong

Moranbong : chronique coréenne montre, vu par la population civile, un des chapitres de l’histoire agitée de la Corée, théâtre de guerres intestines entre les Trois Royaumes, envahie par les Mongols à la fin du XIIIème siècle, par les Japonais et les Jurchens au XVIIème siècle, devenue colonie de l’empire du Japon de 1910 à 1945, coupée en deux par le 38ème parallèle à la fin de la seconde guerre mondiale. Sous la direction de Kim Il-sung, soutenu par l’URSS et la Chine, la Corée du Nord envahit le Sud en juin 1950, en déclenchant une guerre qui, jusqu’à l’armistice signé à Panmunjom le 27 juillet 1953, aura fait 1,5 millions de morts, tant militaires que civils…sans que la frontière établie en 1945 soit déplacée !

Moranbong : chronique coréenne avec, pour thème principal l’histoire d’amour contrariée par la guerre entre une chanteuse d’opéra et un menuisier n’est ni une diatribe à l’encontre du Sud, ni une propagande en faveur de Kim Il-sung, bien que son portrait soit mis en évidence, mais dans un seul plan : Jean-Claude Bonnardot veillait au grain !

La guerre est pourtant bien là, en toile de fond, avec des images d’archives des ruines de Pyongyang, laminée par les 428 000 bombes lâchées par les B-52 américains, obligeant les habitants à se « transformer en taupes pour revoir la lumière du jour ».

De nombreux films ont eu pour thème, ou pour toile de fond, la guerre de Corée depuis Les Ponts de Toko-Ri (Bridges at Toko-Ri, Mark Robson, 1955). Parmi les plus récents, se distinguent particulièrement JSA - Joint Security Area (Gongdong gyeongbi guyeok JSA, Park Chan-wook, 2000) et Frères de sang (Taegukgi hwinalrimyeo, Kang Je-gyu, 2004).

Moranbong : chronique coréenne, surprenant par la beauté de la photographie du chef-opérateur coréen, un certain Pak Kiung-ouan, de la musique traditionnelle qui l’accompagne et des extraits d’opéra. Encore largement méconnu, ce film aura désormais, grâce à cette première édition vidéo, une chance de trouver le public qu’il mérite.

Moranbong

Généralités - 3,0 / 5

Moranbong : chronique coréenne (85 minutes) et son supplément (43 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un digipack.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en coréen et en français, avec sous-titres incrustés dans l’image, au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

Dans la couverture du digipack, un livret de 16 pages, écrit par Nicole Brenez, retrace la genèse du film, le scénario improvisé sur place, le tournage pendant neuf mois avec les 20 000 mètres de pellicule que Jean-Claude Bonnardot avait glissés dans sa valise avec le vague projet d’un documentaire. Il souligne comment le scénario a évité « l’antagonisme binaire » entre le Nord et le Sud et rappelle l’interdiction votée par la commission de censure au motif qu’il était « de nature à porter atteinte à la politique étrangère de la France », une interdiction finalement levée en 1963. Suivent, Un film blanc : Moranbong, un article élogieux de Chris Marker, puis l’exhumation du film en 2010, à l’initiative de Jack Lang.

Moranbong

Bonus - 3,5 / 5

Entretien avec Jean-Jacques Hocquard (43’, Doriane Films, 2021), cofondateur en 1986 avec Armand Gatti de La Parole errante, un « centre international de création ». Claude Lanzmann, Armand Gatti, Francis Lemarque, Chris Marker et Jean-Claude Bonnardot partent en délégation en Corée du Nord en 1958. Là-bas, peut-être à l’invitation de Kim Il-sung, Armand Gatti écrit un scénario. La projection de Moranbong à Cannes en 1960 suscite des articles dithyrambiques et, après la levée de l’interdiction en 1963, la distribution par le PCF compromettra son succès commercial. Oublié, le film, conservé à la Cinémathèque Française, dont les droits avaient été récupérés par La Parole errante, refit surface pour sa projection en 2010, organisée par Jack Lang, au festival de Pyongyang.

Image - 4,0 / 5

L’image, au ratio 2.35:1, offre des contrastes fermes avec des noirs denses. La restauration par le CNC a éliminé pratiquement toutes les taches, mais laissé subsister une instabilité occasionnelle. Un peu douce, la définition laisse à désirer dans les plans larges.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 2.0 mono a été débarrassé des bruits parasites qu’aurait pu causer la dégradation de la pellicule, mais certaines séquences restent affectées par du souffle. Quelques saturations.

Crédits images : © Films d’Aujourd’hui, Ombre et Lumière

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 4 mai 2021
Une curiosité : l’unique film coproduit par la France et la Corée du Nord. Tourné là-bas en 1958, il a dû attendre plus de cinquante ans pour y être projeté. En toile de fond d’une romance, la guerre civile qui aboutira à la scission du pays. Cette toute première édition vidéo offre à Moranbong une chance de trouver le public qu’il mérite, notamment pour la beauté de sa photographie.

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Moranbong, chronique coréenne
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