Family Life (1971) : le test complet du DVD

Réalisé par Ken Loach
Avec Sandy Ratcliff, Grace Cave et Bill Dean

Édité par Doriane Films

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Le 02/12/2021
Critique

La bouleversante histoire de Janice dont les parents pensaient bien faire en l’incitant à devenir comme eux quand elle serait adulte.

Family Life

Londres, 1970. Janice, 18 ans, prostrée dans le métro, est ramenée à son domicile par la police. Elle révèle qu’elle est enceinte à ses parents, vieux jeux et coercitifs, qui la contraignent à avorter et ne cessent de lui reprocher sa mauvaise conduite. Ils lui font consulter le docteur Donaldson, vite évincé par le conseil d’administration de l’hôpital qui n’approuve pas ses méthodes novatrices. Diagnostiquée schizophrène, Janice est internée dans un hôpital psychiatrique où sa santé mentale va irrémédiablement se dégrader.

Family Life, sorti en 1971, est l’adaptation, par son auteur, David Mercer, de In Two Minds (1967), une des quelques trente pièces qu’il a écrites, surtout pour la télévision, de 1951 à sa mort, en 1980. On lui doit aussi quelques scénarios, parmi lesquels ceux de deux films majeurs, Morgan (Morgan: A Suitable Case for Treatment, Karel Reisz, 1966), Prix du meilleur scénario aux BAFTA Awards, et Providence (Alain Resnais, 1977), César du meilleur scénario original.

In Two Minds s’inscrit dans un courant, l’antipsychiatrie, une remise en cause de la psychiatrie traditionnelle, né aux USA dans les années 60 en réaction à un traitement des maladies mentales par la chimie, par électrochocs, voire par la chirurgie avec la lobotomie et, le plus souvent, par l’internement, un enfermement des malades dans leur folie, parfois dans des conditions inhumaines, comme celles dénoncées par Frederick Wiseman dans son terrifiant documentaire, Titicut Follies (1967). Cette remise en cause fut soutenue par plusieurs psychiatres au Royaume Uni, notamment par R. D. Laing, auteur de plusieurs ouvrages insistant sur le rôle de la société et de la famille sur le développement de la « folie », notamment Sanity and Madness in the Family, publié en 1964, coécrit avec le psychanalyste Aaron Esterson.

Family Life

Family Life est le troisième long métrage de Ken Loach, après Poor Cow, en 1967 (édité en 2012 dans le coffret Ken Loach : Family Life + Poor Cow), et Kes, en 1969. Il avait précédemment, en 1967, tourné In Two Minds, une des dix pièces dont BBC1 lui avait commandité la réalisation dans la case The Wednesday Play.

Disgusting and unchristian!

Family Life tire une grande partie de son intérêt de la qualité du scénario et des dialogues de David Mercer qui s’est, à plusieurs occasions, intéressé à la psychiatrie. Il analyse, pièce par pièce, l’inexorable mécanisme qui va finir par détruire Janice : l’acharnement des parents à lui imposer leur normalité, à la culpabiliser, un traitement auquel sa soeur aînée avait eu la force de résister jusqu’à ce qu’elle quitte le noyau familial, aggravé par l’infantilisation et l’absence d’écoute des soignants. Un psychiatre londonien m’avait dit avoir organisé une projection de Family Lifepour promouvoir la psychiatrie de secteur (hors de l’hôpital) auprès des familles du quartier sensible de South Oxey. À Watford.

Le réalisme de la mise en scène est renforcé par l’emploi d’acteurs non professionnels, bien dirigés, dans les rôles de Janice et de sa mère. Sandy Ratcliff, l’interprète de Janice, après cette première apparition devant la caméra, fera une longue carrière à la télévision, notamment en montant, le temps de 292 épisodes, à bord du train Eastenders, l’interminable soap opera toujours sur les rails après… 8 025 épisodes !

Family Life était introuvable depuis des années. On salue donc l’initiative de Doriane Films de le rééditer, au cinquantième anniversaire de sa sortie, après restauration, et accompagné de Visiblement je vous aime, un documentaire-fiction sur Le Coral, le « lieu de vie » où Claude Sigala accueille des malades mentaux hors de l’institution hospitalière.

Family Life

Généralités - 3,0 / 5

Family Life (104 minutes) et ses généreux suppléments (192 minutes) tiennent sur un DVD-5 et un DVD-9 logés dans un digipack.

Le menu animé et musical propose le choix entre la version originale, en anglais avec sous-titres optionnels, et un doublage en français, les deux au format Dolby Digital 2.0 mono.

Bonus - 4,0 / 5

Visiblement je vous aime, film de Jean-Michel Carré (1995, 99’, 1.66 :1, DD 2.0 mono, sous-titres anglais disponibles, Les Films Le Grain de sable, Canal+). Sélectionné à Cannes, le film suit le parcours de Denis, un jeune délinquant récidiviste auquel la justice propose un séjour au Coral comme alternative à la prison. Tourné au Coral, à Aimargues dans le Gard, interprété par quelques acteurs, Denis Lavant, Dominique Frot, Jean-François Gallotte, Vanessa Guedj, Sophie Roversi et, dans leur propre rôle, Claude Sigala, les patients et les éducateurs du Coral.

Beaucoup, passionnément, à la folie… (2000, 76’, Jean-Michel Carré, Les Films Le Grain de sable, France 2). « Quelque part en Camargue, le lieu de vie « Le Coral »… ». Dans les années 60, en réaction à la psychiatrie traditionnelle, des médecins et éducateurs accueillent dans des lieux de vie, en pleine liberté, des malades mentaux, des cas sociaux, des jeunes sortis de prison, « pour vivre avec » et leur montrer qu’ils sont capables de s’engager dans un projet, une création artistique. Un intéressant documentaire sur le tournage de Visiblement je vous aime commenté par le réalisateur, malheureusement un peu gâché par une modification du ratio original entraînant une compression verticale de l’image ! De plus, le commentaire tend, parfois, à être couvert par l’ambiance. En conclusion, on suit l’équipe au festival de Cannes, à sa conférence de presse, à son interview par Canal+. Le tournage et le succès du film marqueront durablement les pensionnaires du Coral.

Entretien avec Claude Sigala (17’, 1.33:1, DD 2.0 mono, 2021). Aider l’individu à définir un projet personnel, hors de tout cadre institutionnel, pour qu’il devienne un « être social », le confronter à des gens différents avec lesquels il va échanger, partager, sans chercher à « l’enfermer dans la normalité » résume l’approche du psychiatre. Le message a du mal à être reçu par la société et l’on continuera à enfermer les autistes avec les autistes, les psychotiques avec les psychotiques.

On regrette, malgré l’intérêt de ces trois documents, l’absence d’une analyse du film de Ken Loach.

Family Life

Image - 4,5 / 5

L’image, au ratio 1.33:1, débarrassée par une soigneuse restauration des marques de dégradation de la pellicule, propose des couleurs naturelles, bien étalonnées et des contrastes assez fermes. Le grain du 35 mm a été préservé.

Son - 3,5 / 5

Le son Dolby Digital 2.0 mono de la version originale, grâce à une assez bonne dynamique, restitue les ambiances avec un certain réalisme. Mais les dialogues sont souvent couverts par un excès de réverbération.

Ils sont plus clairs dans le doublage en français, mais peu naturels.

Crédits images : © EMI Films, Kestrel Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 3 décembre 2021
Dans un de ses premiers films, sorti en 1971, Ken Loach démonte méticuleusement le fatal engrenage qui conduira Janice, une fragile adolescente, à la folie et dénonce les travers de la psychiatrie traditionnelle. Ce film essentiel nous revient dans nouvelle édition, enrichie d’utiles compléments. Passionnant et bouleversant !

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