Les Mystères de Paris (2020) : le test complet du DVD

Réalisé par Véronique Puybaret

Édité par Doriane Films

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Le 20/12/2021
Critique

Une adaptation originale et une invitation à la lecture du plus fabuleux roman-feuilleton jamais écrit !

Les Mystères de Paris

En décembre 1838, Rodolphe, grand-duc de Gerolstein, arrive à Paris incognito pour retrouver Germain, le fils de sa gouvernante, disparu il y a quinze ans. Sa quête va le confronter à la pègre des bas-fonds, mais aussi à des aristocrates et à des bourgeois pas toujours bien intentionnés…

Les Mystères de Paris est l’adaptation, sous forme d’animation, du roman d’Eugène Sue, initialement publié en feuilleton dans le Journal des débats entre le 19 juin 1842 et le 15 octobre 1843. C’est la première réalisation de Véronique Puybaret, après une expérience de la production et l’écriture du scénario de La Ravisseuse, réalisé en 2005 par Antoine Santana. Elle a été assistée par Matthieu Dubois, auteur de l’adaptation graphique et directeur artistique, et par Mathieu Rolin, coproducteur et responsable du studio Amopix.

« Le 13 décembre 1938, par une soirée pluvieuse et froide, un homme d’une taille athlétique, vêtu d’une mauvaise blouse, traversa le Pont au Change et s’enfonça dans la Cité, dédales de rues obscures, étroites (…), asile et rendez-vous des malfaiteurs de Paris ». Ce personnage, le premier cité au chapitre I, après une courte adresse du romancier au lecteur, c’est Le Chourineur, l’homme au couteau, au « surin ». Un des très nombreux personnages que Rodolphe, assisté par Sir Walter Murph, son ami et intendant, et le Docteur David, un mulâtre, va rencontrer dans sa quête. Il y a aussi Fleur de Marie, dite La Goualeuse, Le Maître d’école, le visage affreusement défiguré au vitriol pour tromper la police, sa compagne, La Chouette, « borgne au nez crochu », L’Ogresse, une horrible mère maquerelle, Maître Ferrand, un notaire véreux, les Martial, les Pipelet, Le Squelette, Bras-Rouge et son vaurien de fils, Tortillard, et bien d’autres encore… parmi lesquels on dénombre plus de méchants que de citoyens fréquentables.

Le succès du roman inspira plusieurs écrivains étrangers. On vit ainsi apparaître, de 1849 à 1870, une quinzaine d’imitations, Les Mystères de Londres, de Lisbonne, de Naples, de Berlin, de Munich, de Bruxelles… et même de Florence, par Carlo Collodi, le père de Pinocchio ! Eugène Sue, élu député républicain, fut contraint, après le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte en 1851, de s’exiler à Annecy-le-Vieux, alors dépendant du Royaume de Sardaigne, où il mourut en 1857, à 53 ans.

Les Mystères de Paris

L’épidémie touchera le cinéma, dès 1909, grâce à Victorin-Hippolyte Jasset, prolifique réalisateur de courts métrages, et à Albert Capellan, en 1912, puis, au-delà des Alpes, à l’Italien Gustavo Serena. On s’y met aussi sur l’autre rive de l’Atlantique, avec Ed Cornell, en 1920, et Kenneth S. Webb, en 1922. Et, en France, à nouveau, avec Charles Burguet, en 1922, Félix Gandéra, en 1965, Jacques de Baroncelli, en 1943. Un autre Italien, Fernando Cerchio, réalise I Misteri di Parigi, en 1957. Nouveau retour en France où sortent, en 1961, un excellent téléfilm de Marcel Cravenne sur un scénario de Claude Santelli, puis, en 1962, un film d’André Hunebelle, édité dans le coffret Jean Marais, le héros - Acteur de légende : Le bossu + Les mystères de Paris + Le masque de fer. Suivirent deux séries, en Espagne, Los Misterios de París (1978, 20 épisodes) et, en France, une minisérie réalisée par André Michel en 1980. Sans oublier le feuilleton radiophonique, une adaptation du roman par Yvan Audouard et Jacques Legris, diffusée en 1954 par Paris Inter.

Véronique Puybaret tire donc d’un long sommeil les personnages imaginés par Eugène Sue avec l’approche originale d’une animation de papiers découpés à partir des gravures illustrant les premières éditions du roman. Le procédé avait été utilisé dès 1932 par l’Allemand Berthold Bartosch pour L’Idée, puis largement repris en France, notamment par Jean-François Laguionie, puis Michel Ocelot.

Avec Les Mystères de Paris, Véronique Puybaret, avec la collaboration de Lucile Prin, autrice du scénario et du producteur Matthieu Dubois, comme directeur artistique, propose une relecture respectueuse de l’oeuvre originale, à défaut de lui être littéralement fidèle, ce que l’épaisseur du roman, autour de 2 000 pages, rendait impossible. L’intrigue principale a été conservée et, l’importance qu’attachait Eugène Sue à une description réaliste du Paris d’alors est astucieusement évoquée par quelques séquences montrant le déplacement d’un attelage sur des plans d’époque.

Une autre astuce a été de glisser, çà et là, quelques anachronismes, pour donner un petit coup de jeunesse au sujet. Par exemple, le narrateur suspend le cours du récit pour donner la définition du mot « pituite » trouvée dans… Wikipedia !

Le découpage en 40 épisodes de Les Mystères de Paris (loin des 167 chapitres du roman !) souligne le soin qu’Eugène Sue prenait à laisser, à la fin de chaque chapitre, le lecteur dans une totale incertitude sur le sort de Rodolphe ou de Fleur de Marie qu’il se plaisait à exposer aux pires dangers, dans une utilisation systématique de ce qu’on appellera un « cliffhanger », un mot qui ne commencera à apparaître dans les dictionnaires qu’un siècle plus tard.

Les Mystères de Paris

Généralités - 3,5 / 5

Les Mystères de Paris (126 minutes) tient sur un DVD-9 logé dans un fin digipack.

Le menu animé et musical propose le film, découpé en 40 épisodes, au format audio Dolby Digital 2.0 stéréo.

Dans la couverture du digipack, un livret de 12 pages rédigé par Véronique Puybaret. L’idée du film lui est venue en 2010 après une première lecture « jubilatoire » du roman, oublié depuis des années dans les réserves de sa bibliothèque de quartier, dans une réédition grand format par Gallimard, augmentée des gravures de l’édition Charles Gosselin de 1843 qu’elle a montrées à son ami graphiste, Matthieu Dubois. Elle fut frappée par la précision de la description donnée par Eugène Sue du Paris d’avant les travaux du baron Haussmann, qu’elle a pu reconstituer à partir des gravures trouvées dans le roman ou chinées à droite et à gauche. Le film a été sa façon de « rendre accessible un type d’oeuvre culturelle jugée, à la fois, trop élitiste ou populaire ».

Les Mystères de Paris

Bonus - 0,5 / 5

Bande-annonce.

Image - 5,0 / 5

L’image, au ratio 1.78:1, avec des blancs lumineux, des noirs très denses et une excellente résolution, assure une parfaite reproduction des gravures d’époque.

Son - 4,0 / 5

La bonne dynamique et l’ouverture de la bande passante du son Dolby Digital 2.0 délivre, clairement et dans un bon équilibre, commentaires du narrateur et dialogues des acteurs (la plupart incarnant deux personnages), bruitage et accompagnement musical. La séparation des deux canaux est si faible qu’il est difficile de percevoir l’effet stéréo mentionné au dos du digipack.

Crédits images : © La Curieuse, Amopix

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 21 décembre 2021
Une bonne idée, cette animation de gravures d’époque pour raviver, dans son jus, le palpitant feuilleton-fleuve qu’Eugène Sue avait situé dans les bas-fonds de l’Île de la Cité. Mise en garde : le visionnage de ce film peut vous conduire à acheter le roman !

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