J'étais à la maison, mais... (2019) : le test complet du DVD

Ich war zuhause, aber

Réalisé par Angela Schanelec
Avec Maren Eggert, Jakob Lassalle et Franz Rogowski

Édité par Shellac

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Le 27/10/2022
Critique

Le dernier long métrage d’une des initiatrices d’un nouveau courant cinématographique baptisé École berlinoise - Berliner Schule.

J'étais à la maison, mais...

Alors qu’il avait totalement disparu, Phillip revient à la maison au bout d’une semaine, blessé au pied, sans aucune explication ni un mot pour sa mère, Astrid. Profondément affectée et avec l’aide d’un professeur de Philip, elle cherche à répondre à des questions a priori insolubles : où était-il passé ? À quoi a-t-il bien pu vouloir se confronter ?

J’étais à la maison, mais… (Ich war zuhause, aber), sorti en 2019, est le dixième long métrage d’Angela Schanelec, à l’origine, avec Christian Petzold et Thomas Arslan, un peu avant le début des années 2000, de l’émergence d’un courant, qui sera baptisé École berlinoise (Berliner Schule), visant au lancement d’une deuxième nouvelle vague du cinéma allemand que Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder et Volker Schlöndorff, à partir des années 70, avaient doté d’une reconnaissance internationale.

J’étais à la maison, mais…, indiscutablement différent, pourra aussi dérouter certains cinéphiles, y compris ceux ouverts à de nouvelles approches de la création cinématographique. D’abord par un scénario minimaliste, sans réelle intrigue et surtout très elliptique, donnant l’impression de parties manquantes. Phillip revient à la maison après avoir disparu pendant une semaine sans que le spectateur n’ait la moindre information sur les raisons et les circonstances de son absence. Impossible, aussi, d’établir le lien entre les moments de la vie d’Astrid et les plans bucoliques d’un âne et un chien qui ouvrent et ferment le film, manifestement inspirés par Au hasard Balthazar de Robert Bresson.

J'étais à la maison, mais...

J’étais à la maison, mais…, tout autant minimaliste dans sa forme, déroule une succession de plans fixes, avec des personnages souvent immobiles, pris sous le même angle horizontal, parfois de dos. Généralement taiseuse, Astrid devient intarissablement loquace pendant dix minutes pour donner ses vues sur l’effet du théâtre sur les malades à un ancien professeur rencontré dans la rue. On peut aussi être intrigué par le temps alloué à des scènes incidentes, telle celles d’un extrait du Hamlet de Shakespeare joué par des collégiens.

J’étais à la maison, mais…, sélectionné pour l’Ours d’or, a valu l’Ours d’argent du Meilleur réalisateur à Angela Schanelec à Berlin qui l’a toujours fidèlement soutenue, ainsi que les critiques allemands, moins divisés dans son appréciation que les français.

Si vous êtes de ceux qui aiment son cinéma ou qui veulent le découvrir, Shellac a sorti en 2021 Angela Schanelec 1991 > 2007, un coffret de 4 DVD contenant quatre longs métrages (et quatre courts en bonus). Si vous souhaitez un aperçu de la Berliner Schule, vous pourrez encore dégotter le coffret La Nouvelle vague allemande - Die Berliner Schule, édité en 2011 par La Vie est Belle contenant neuf longs et trois courts métrages d’Angela Schanelec, Henner Winckler, Christoph Hochhäusler et Ulrich Khöler.

J'étais à la maison, mais...

Généralités - 3,5 / 5

J’étais à la maison, mais… (101 minutes) tient sur un DVD-9 logé, en compagnie d’un second DVD-9 de suppléments (130 minutes) dans un digipack à trois volets, glissé dans un étui.

Le menu animé et sonore propose le film dans sa version originale, en allemand, avec sous-titres imposés, incrustés dans l’image, et le choix entre deux formats audio, Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Dans la couverture, un livret de 12 pages contient un entretien d’Angela Schanelec avec le critique Dustin Chang (Screennarchy). Elle écrit ses scénarios scène par scène, « une image générant la suivante ». L’ouverture peut rappeler Au hazard Balthazar de Robert Bresson, « un des plus beaux films jamais réalisés ». Une complicité s’est nouée avec l’actrice de ses quatre derniers films Maren Eggert. Elle commente le sens des scènes récurrentes avec une couronne de fleurs, celle du parking et celle de la cuisine, liées au reste du film par la question de la maternité. Le livret se referme sur une courte biographie d’Angela Schanelec et de l’actrice Maren Eggert, la fiche technique et artistique du film et le synopsis des deux oeuvres proposées en bonus.

J'étais à la maison, mais...

Bonus - 3,0 / 5

Bande-annonce (1’46”) sur le DVD du film.

Sur le DVD de suppléments, deux films d’Angela Schanelec :

Tout un été à Berlin (Ich bin den Sommer über in Berlin geblieben, 1994, 48’, 1.37:1, Dolby Digital 2.0 stéréo), sélectionné à la Berlinale de 1994, restauré en 2021 en 2K à partir du négatif original. Un regard mélancolique sur deux jeunes couples qui peinent à se faire confiance. Plein de doutes sur soi, chacun essaie de trouver un but pour soi-même. Parmi les acteurs, la réalisatrice et Isabel Karajan, fille du chef d’orchestre Herbert von Karajan.

Ma vie lente (Mein langsames Leben, 2001, 82’, Dolby Digital 2.0 stéréo). Sophie, Valérie et leurs proches sont tous confrontés au départ, au mouvement, au voyage. L’une passe six mois à Rome : le pied, dit-elle, serait d’épouser un médecin, de perdre son accent allemand et de faire des enfants bilingues ! L’autre déteste les vacances, mais est contente d’avoir voyagé quelques fois : ça fait des choses à raconter, on s’y met en danger puis on est soulagé. Pendant tout un été, à Berlin, des amis parlent de la vie dont ils rêvent et dansent pour oublier leurs chagrins.

Ces deux films restaurés, au scénario insolite, d’une forme ascétique, sans musique originale, principalement illustrés par des Lieder de Schubert, sont un utile complément à J’étais à la maison, mais… Le premier, dès 1994, laisse apparaître les intentions d’Angela Schanelec, totalement affirmées par le second.

J'étais à la maison, mais...

Image - 4,5 / 5

L’image (1.66:1), lumineuse, bien résolue, agréablement contrastée, avec des couleurs naturelles, met en valeur une photographie soignée et assure le confort visuel de chaque plan, dans toutes les conditions d’éclairage. Deux ou trois courts plans de transition restent noyés dans l’obscurité, par choix artistique.

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 5.1 (avec une alternative 2.0 stéréo) garantit la clarté des dialogues et délivre avec finesse l’illustration musicale. Une discrète sensation d’immersion dans l’ambiance est procurée par une répartition équilibrée du signal sur les cinq canaux et par une séparation efficace des deux voies du format stéréo.

Crédits images : © Shellac

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 28 octobre 2022
Dernier film sorti d’une des initiatrices, au début des années 2000, de l’École berlinoise qui pourra captiver certains adeptes du cinéma d’auteur, mais aussi rebuter d’autres cinéphiles, y compris parmi ceux ouverts à de nouvelles approches de la création cinématographique.

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