L'Aigle et le vautour (1933) - Blu-ray

The Eagle and the Hawk

Pays : USA

L'Aigle et le vautour - Blu-ray

Multimédia

Proposer une bande-annonce

Toutes les éditions :

L'Aigle et le vautour - Blu-ray
L'Aigle et le vautour - Blu-ray

10 octobre 2017
1 Blu-ray. 19,47 €

L'Aigle et le vautour - DVD
L'Aigle et le vautour - DVD

10 octobre 2017
1 DVD. 14,72 €

Catégories

Synopsis : Une unité d’aviation américaine est transférée en France pendant la Première Guerre mondiale. Jerry Young, l’un des pilotes expérimentés, est rapidement affecté par la perte de nombreux hommes au cours de missions de reconnaissance. Un pilote inexpérimenté, Henry Crocker, les rejoint. Les deux hommes, malgré leur animosité réciproque, font équipe et remplissent avec succès leurs missions. Mais, après qu’une bombe a explosé au bar des officiers et tué plusieurs nouveaux arrivants, Jerry montre des signes inquiétants de fatigue. Le major l’envoie en Angleterre se reposer et il y rencontre une belle jeune femme. Pendant ce temps, Henry fait équipe avec Mike…

Durée

73' ()

Éditeur

Movinside

Distributeur

ESC Distribution

EAN

3760022421579

Sortie vidéo

Disponibilité

Disponible

Date de sortie en salle :

Langue d'origine : Anglais

Studio

Paramount Pictures

Bonus vidéo
Pas de bonus vidéo
Pépins

- Aucun connu à ce jour.

Avis et critiques

Il y a 1 avis sur cette œuvre  :

Les Avis des Lecteurs

Avatar
pak
Le 23 décembre 2017
L'Aigle et le vautour est un film de guerre surprenant à plus d'un titre. Déjà il situe son action dans le milieu de l'aviation, un choix étonnant alors que la Paramount, productrice du film, est au fond du trou financièrement, ébranlée par la Grande Dépression qui frappe les États-Unis après le krach boursier de 1929. Et un film d'aviation, ça coûte cher. D'ailleurs 1933, l'année de sortie du film, est aussi l'année de la mise en liquidation de la firme et de la mise à l'écart de Jesse L. Lasky, l'homme qui fut à l'origine d'un des plus grands studios d'Hollywood d'alors et qui multiplia les succès. Mais l'économie a ses réalités, et cela explique sûrement quelques bizarreries dans le film, mais j'y reviendrai. Celui qui initie l'histoire du film est désormais complètement oublié. Ses films moins, enfin certains. On doit le script à John Monk Saunders : un nom qui ne dit rien, et portant il écrivit certains des films d'aviation les plus connus de la fin des années 1920 et 1930 : Les Ailes (Wings, 1927) et Les Pilotes de la mort (The Legion of the condemned, 1928 ) de William A. Wellman, La Patrouille de l'aube (The Dawn Patrol, 1930) d'Howard Hawks, Le Dernier vol (The Last flight, 1931) de William Dieterle... D'autres films seront issus de ses écrits, comme l'inédit Ace of aces de J. Walter Ruben (1933), l'oublié Le Bousilleur (Devil dogs of the air) de Lloyd Bacon (1935) avec James Cagney, Tel père tel fils (West Point of the air) de Richard Rosson (1935) ou La Conquête de l'air (The Conquest of the air, 1936), sa seule incursion dans la réalisation. Il verra même un remake de La Patrouille de l'aube réalisé par Edmund Goulding en 1938, avec la coqueluche d'Hollywood alors en pleine gloire, Errol Flynn. Pendant une douzaine d'année, John Monk Saunders va donc aligner les adaptations, sera à l'origine du premier film à recevoir l'Oscar du meilleur film (Les Ailes), en recevra un lui-même pour le scénario de La Patrouille de l'aube en 1931. Et il sera le premier mari de la star Fay Wray, de 1929 jusqu'à leur divorce prononcé en décembre 1939. Faut-il voir là une des causes qui le mèneront au suicide en mars 1940 ? Toujours est-il qu'il sera retrouvé pendu à la ceinture de son peignoir, dans une villa balnéaire. Un destin qui interpelle et oblige à voir L'Aigle et le vautour avec un autre regard, car on n'y pense généralement peu, mais derrière un film, une histoire, il y a des hommes. Les parcours des auteurs sont souvent intimement liés à leurs créations. Ainsi Saunders fut très tôt attiré par l'aviation, et tandis que la France subit la guerre sur son territoire, loin, très loin, il se rêve as de l'aviation à la lecture des exploits des pilotes européens. Mais il est l'un des peu nombreux pilotes expérimentés dans un pays qui s'apprête à entrer en guerre sans quasiment pas d'aviation (à l'armistice de 1918, l'effectif de ce qui était alors l'United States Army Air Service représente 10 % des forces aériennes alliées, et 75% de ses appareils étaient du matériel étranger, essentiellement français). Il sera donc désigné instructeur de vol, et n'ira pas combattre alors que ses élèves si. De son propre aveu, ce fut une frustration qu'il remâchera toute sa vie. N'était-ce pas là finalement la cause principale de son suicide, aggravée par le fait qu'en 1940, la guerre faisait de nouveau rage, et qu'il voyait l'Histoire se répéter, étant, à 44 ans, trop âgé pour s'engager comme pilote de chasse ? D'autres ont avancé sa santé fragile, définissant ainsi sa tendance à l'alcoolisme. Mais cet alcoolisme n'était-il pas lié à sa frustration ? Car pourquoi à la quarantaine, un bel homme, riche de surcroît, a-t-il commis ce geste définitif ? Car bel homme il l'était, Fay Wray ayant quasi eu le coup de foudre pour lui, si on en croit son témoignage : "I turned to see a very handsome man. It was a warm summer afternoon. He was dressed in white flannels, a dark blue blazer, and wore a white Panama hat. I thought he was astonishingly good-looking. Astonishing because the name Monk suggested someone less wonderfully groomed" (qu'on pourrait traduire ainsi : Je me suis retournée pour voir un très bel homme. C'était un après-midi chaud d'été. Il était vêtu de flanelle blanche, d'un blazer bleu foncé et portait un chapeau de Panama blanc. Je le trouvais étonnamment beau. Étonnant parce que le nom de Monk - Moine - suggère quelqu'un de moins élégant). La coquine... Riche, aussi, il l'était. Pour Wings, il reçut les droits les plus élevés qu'ait alors connu Hollywood. Après son divorce, il fit des séjours dans des hôpitaux, où il est suivi pour troubles nerveux. C'est presqu'à la sortie d'un de ces séjours hospitaliers qu'il va s'isoler pour en finir. On ne saura jamais quel sera l'élément déclencheur de la décision fatale, le suicide répondant à divers facteurs de dépression et sociaux, générant un état dépressif profond qui peut durer des années.

Il est évident que connaissant cela, on est moins étonné par le contenu de certains films issus de ses écrits. Et c'est particulièrement flagrant dans L'Aigle et le vautour où il est beaucoup question de frustration et de désespoir. La frustration est incarnée par un jeune Cary Grant débutant (son rôle fut proposé à Gary Cooper qui le refusa, Grant, sous contrat avec la Paramount dû l'accepter, malgré le fait qu'il détestât le rôle), dont la notoriété va grandement monter en 1933 grâce aux succès de Lady Lou (She done him wrong) de Lowell Sherman, film oublié, et au plus connu Je ne suis pas un ange (I'm no angel) de Wesley Ruggles. Son personnage est d'abord non retenu pour aller combattre (tiens tiens), et sa frustration va se manifester violemment. Le désespoir est incarné par Fredric March, sur le point de devenir lui aussi une des plus grosses stars des années 1930. Son personnage lui verra le feu, trop, et les conséquences sur l'homme seront dévastatrices, noyées de plus en plus dans l'alcool. Là encore, l'ombre du destin de Saunders est palpable.

Il y a d'ailleurs un paradoxe assez troublant dans l'écriture du scénario. Saunders broiera du noir toute sa vie du fait de sa non-participation au premier conflit mondial, développant sûrement un sentiment de culpabilité. Il n'a donc pas l'expérience de la guerre et le regrette. Pourtant, parallèlement, il écrit un récit anti-guerre loin des envolées patriotiques qu'Hollywood adoptera par la suite. On remarque donc le grand écart que fait l'esprit de l'auteur entre le regret de ne pas avoir combattu et la dénonciation de la guerre. Son personnage principal est reflet de ce paradoxe, qui est très enthousiaste à partir combattre. Et il n'éprouve aucun remord au retour de sa première mission. Ce qui le choque alors, c'est la mort de son observateur, pas celle de l'ennemi. Si on ne peut pas dire qu'il aime tuer, on peut au moins constater qu'il apprécie le combat. La subtilité de l'écriture entraîne donc le pilote à se rendre compte que l'éventuel plaisir qu'il pourrait tirer de ses missions est immédiatement douché par un drame qui le met face à la mort, pas la sienne, mais celle de ceux dont il a la responsabilité. Comme une addiction, qui, quand on s'y adonne, gâche par retour de bâton l'envie qu'on ne peut refréner. Et son alcoolisme de plus en plus prononcé est un prolongement de ce constat. C'est là le tour de force du film.

Mais ne brûlons pas les étapes, et revenons au début. Le film est court, durant moins de 1h15. Aussi le temps est compté. On le constate dès le générique, dont le montage, à la fin, présente d'emblée les trois personnages principaux, un trio contrasté. Le premier est d'un milieu aisé, et si on le voit pratiquer le polo, c'est pour montrer aussi bien un esprit combatif qu'un être cultivé qui n'a pas dû mettre souvent la main dans le cambouis. Le second est visiblement un homme issu de milieu modeste qui a gravi les échelons, un manuel qui ne souffre d'aucune contradiction, qu'il règle si besoin avec ses poings. Le troisième larron a des origines sociales assez floues, mais semble être un joyeux fêtard, vivre au jour le jour, pas spécialement stressé par les mauvaises nouvelles. C'est ce que nous dit en quelques dizaines de secondes le générique, le film passant ensuite directement à la fin de l’entraînement militaire des protagonistes. Pas de fioritures. Et après cinq minutes de film, on est au front. Dès lors va défiler un réquisitoire anti-guerre de plus en plus violent. On est surpris par la liberté de ton des auteurs qui vont ouvertement aborder les détails les plus scabreux de la guerre aérienne de l'époque. Bien-sûr le code Hays, code de censure régissant la production des films, n'entrera en action qu'à partir de 1934, mais on a rarement vu un film américain montrant ses combattants sous un jour aussi négatif (en fait il faudra attendre la guerre du Vietnam). Le plus frappant est l'attitude du personnage campé par Cary Grant, l'acteur étant étonnant en militaire sans pitié et sans états d'âmes, antipathique même. Il est là pour tuer, et il tuera. Il n'hésite pas non plus, du moins au début, à affirmer que son ex-ami est un pilote peu fiable à sa hiérarchie. Cet ami justement, complètement habité par un Fredric March qui semble se décomposer à mesure que le film avance. Certes son personnage se désagrège de plus en plus psychologiquement, mais aussi physiquement, et March donne là une impressionnante prestation, ressemblant sur la fin à un mort-vivant aux traits décomposés par l'alcool et la culpabilité. À eux deux, ils personnifient les conséquences de la guerre sur ceux qui la font vraiment : remords, cauchemars, dégoût, folie, insensibilité, assassinat, etc... Ils se partagent les maux de la guerre, et leur synthèse va mener vers une fin tout simplement sidérante. Face à cette volonté affichée de démontrer ce qu'est la guerre, la place du troisième, joué par le jovial Jack Oakie, est plus ténue. S'il apporte les rares moments positifs, l'acteur a du mal à se faire une place dans cet univers de noirceur, même s'il participe aussi, plus en retrait, au discours anti-guerre. En effet, ni brillant, ni mauvais, ce personnage se fond dans le paysage, et n'est jamais choisi pour les missions dangereuses. Ce qui lui convient très bien, car s'il ne récolte pas de médailles, il n'est pas obligé d'agir pour les mériter. Il laisse donc les autres faire à sa place, même s'il ne s'esquive jamais. Ce n'est pas un lâche, juste un malin. Derrière le rigolo de service se cache une subtilité d'écriture déjà repérée plus haut.

Un quatrième personnage mérite d'être mentionné même si peu vu. Mais il a son importance dans le récit, et dans la dégringolade psychologique du héros. L'as allemand nommé Voss dans le film. C'est là une référence directe à un authentique pilote allemand, Werner Voss, qui fit sensation durant la guerre. En novembre 1916, Voss devient pilote de chasse et ne tarde pas à abattre ses premiers avions. Il va impressionner ses ennemis, mais aussi ses compatriotes donc un certain Manfred von Richthofen qui va tout faire pour l'intégrer dans son escadrille d'élite. Le pilote va enchaîner les victoires, jusqu'à son dernier combat, qui va l'opposer seul à sept adversaires. Mortellement touché, il va s'abattre dans les lignes alliées. Au compteur, 48 victoires. Et ce en une dizaine de mois. Il avait 20 ans... La figure juvénile va s'imposer alors avant celle du tueur, ce qui fera dire au pilote américain qu'il est glorifié et adoré pour avoir tué des enfants. Tout comme les recrues qui ne survivent que quelques jours, voir quelques heures, la guerre va devenir dans son esprit une tuerie d'enfants. On ne parle plus de soldats...

Mais si le récit a une finalité de dénonciation de la guerre, il n'est pas anti-militaire. Aucune critique n'est véritablement formulée envers l'uniforme. On note bien une certaine moquerie envers les officiers supérieurs, comme par exemple le regard sur le chef de l'unité, un anglais faussement bonhomme, clairement conscient de la décrépitude de son as, mais n'hésitant pas à l'utiliser au besoin d'une mission. Ou encore la vision du général français venu remettre une médaille, gros pépère moustachu, qui renifle vite les relents d'alcool que dégage le futur médaillé, et qui plutôt d'en prendre ombrage, lui déclare qu'il lui enverra une caisse de bon cognac, pour remplacer le mauvais bu qu'il devine à l'odeur, sous-entendant qu'il a clairement conscience que pour combattre, le héros puise son courage dans la bouteille. Mais c'est plus là un regard un peu caricatural d'américains sur les européens qu'une réelle critique militaire. Le film s'inscrit plutôt dans une démarche plus globale du pacifisme propre à la période de l'entre-deux guerres. Démarche aggravée aux États-Unis par la crise économique qui mènera le pays à un isolationnisme forcené, et l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne en 1933 n'arrangera rien (fin janvier, il est nommé chancelier, en mars ouvre le premier camp de concentration, Dachau). Un isolationnisme que Roosevelt aura des difficultés à combattre pour entrer dans le second conflit mondial (plus de 90 % des américains étaient opposés à l’intervention américaine en Europe en 1939). Dans cette optique, les auteurs y vont donc carrément : on voit tirer sur des parachutistes quittant leur appareil, se dégoûter de ses actions rapportant une médaille, des recrues tuées à peine arrivées sur le front sans avoir même combattu, un pilote agité de cauchemars morbides, l'alcool qui coule à flots, des officiers détachés de la mort de leurs subordonnés, la vision déformée de la réalité de l'arrière, la solitude du combattant en permission...

Revenons d'ailleurs à ce moment de permission. Là encore, on est bluffé par la noirceur de cette période de repos. Plutôt que de tomber dans le cliché de la belle qui tombe dans les bras du héros, les auteurs montrent un homme déconnecté de la réalité civile, appuyé dans son dégoût de soi-même par le regard d'un enfant ébloui par sa réputation et souhaitant devenir comme lui, le forçant à mentir sur la réalité. S'en suivra un moment étrange où une inconnue sert de confidente au pilote traumatisé, seule apparition de Carole Lombard dans le film alors qu'elle est présente sur beaucoup de documents d'exploitation du film. Il semblerait que sa présence ait été quelque peu coupée au montage, car le film a été raccourci deux fois, dont une pour une ressortie en 1939, année où le ton du film n'était plus admissible et où le code de censure était vigilent. Difficile de dire aujourd'hui quelle version est couramment visible, mais apparemment une des écourtées. De ce fait, la rencontre entre la femme (elle n'a pas de nom dans le film) et le pilote est expurgée de tout glamour, et ressemble plus à une confession qu'à une séduction. Même si on se doute de l'issue, disons plus sexuée, le montage coupe court à tout sentimentalisme, comme si ce moment avait été ajouté par respect d'un cota féminin. Ceci dit la scène est intéressante non pas par ce qu'elle montre (ou pas) mais parce que cette simple pause aurait pu requinquer un militaire à la dérive, et cet espoir est vite éteint par l’événement vécu immédiatement au retour du front (une facilité scénaristique pour le coup un peu trop grossière).

Le moment de la permission met en fait le doigt sur le défaut majeur du film : sa trop courte durée. Elle provoque des raccourcis trop violents qui l'empêchent d'atteindre le statut d’œuvre majeure, même si elle est marquante. A précipiter les événements, certains enchaînements en deviennent artificiels. Certes, on gagne en efficacité, mais on perd en profondeur. Dans la même logique, les personnages secondaires n'existent pas. La vie en escadrille se résume à un trio, puis un duo. Les autres membres ne sont que silhouettes ou utilités temporaires. De plus, le récit est truffé d’incohérences. On a du mal à croire à l'idée centrale, celle qu’un pilote sorte indemne de combats aériens alors que ses mitrailleurs arrière successifs se font tuer, sachant que le poste du défenseur arrière est à un mètre tout au plus de celui du pilote. Les avions de l'époque étaient en bois et en toile, il n'y avait aucun blindage qui protégeait le pilote et l'isolait des coups reçus sur le poste arrière. Que cinq fois de suite son observateur soit tué en deux mois tandis qu'il reste lui-même sans une égratignure est irréaliste. Faut-il voir dans ce détail le manque d'expérience du combat de l'écrivain ? Autre bizarrerie, le fait que les équipages américains soient intégrés dans une unité anglaise. Le seul repère chronologique est donné à la toute fin, sur une plaque commémorative, indiquant donc que le récit prend fin le 14 juin 1918. Que des pilotes américains combattent alors dans des unités anglaises (en passant par le Canada) est plausible, puisque l'Air Service, nom de la force aérienne des États-Unis en 1918 n'est créée que fin mai. Le second as américain du conflit, Francis W. Gillet, vola et obtint ses 20 victoires aériennes au sein de l'armée de l'air britannique, et c'est d'ailleurs aussi le cas de l'un des scénaristes, Bogart Rogers, né à Los Angeles, qui, au printemps 1917, après l'entrée en guerre des États-Unis, prit le train pour le Canada afin de s'enrôler dans l'aviation anglaise. Il y restera jusqu'en 1919, comme pilote de chasse et finira le conflit avec six victoires homologuées. C'est étonnant en sachant cela de constater les quelques imprécisions du récit. Car il est peu probable que de jeunes recrues américaines venaient renforcer les effectifs volants des britanniques en 1918 alors que leur pays constituait ses propres escadrilles pour accompagner le corps expéditionnaire américain en Europe. Et en mai, il existait déjà des escadrilles américaines opérationnelles. D'ailleurs la fameuse escadrille La Fayette, formée de pilotes volontaires américains, incorporée dans l'aviation française à sa création en 1916, cesse d'exister le 18 février 1918, les pilotes étant muté dans des unités américaines. Mais la plus grosse invraisemblance est le score fleuve de 18 victoires du personnage principal. Il faut rappeler que le récit se déroule dans une escadrille d'observation, donc formée pour prendre des photos et faire des reconnaissances, pas de la chasse, au contraire puisque ces missions étaient protégées justement par des chasseurs. Il n'existe pas de cas de pilotes d'observation ayant accumulé autant de victoires. Et les chasseurs en 1918 étaient devenus tellement performants qu'il aurait été suicidaire de multiplier les combats tournoyants avec un biplace d'observation.

Puisqu'on parle d'avions, quelques mots sur ceux visibles dans le film. Un œil averti se rendra vite compte que les modèles vus sont bizarrement peints, mélangeant plusieurs influences : camouflages français, sigle Br pour Breguet (constructeur français alors qu'on est dans une unité anglaise), insigne d'unité d'inspiration américaine... Un effort a été fait pour tenter d'utiliser des appareils presque contemporains aux faits narrés. La production a utilisé un De Havilland DH4 et un DH9 (la version américaine) qui remplaçait le premier, qui étaient des bombardiers utilisés aussi pour l'observation. On voit aussi des Thomas-Morse S-4 Scout maquillés, qui étaient des avions d’entraînement américains, car évidemment, il n'y avait plus de chasseurs allemands utilisables. On voit d'autres modèles, filmés de loin ou partiellement pour faire de la figuration. Un parc aérien hétéroclite et anachronique, ce qui est toutefois assez courant dans ce genre de films. Pour les combats aériens, il y a des scènes d'autres films qui sont utilisées en fond, quand ce ne sont pas des scènes entièrement reprises, pour illustrer combats tournoyants et crashs. On peut ainsi repérer des moments de films comme Les Ailes et La Patrouille de l'aube déjà cités en préambule, mais aussi de Young Eagles de William A. Wellman. On sent là les limites du budget qui ont incité à recycler l'existant pour limiter les prises de vue aériennes et les risques de casse (les tournages des films d'aviation de l'époque ont généré pas mal d'accidents). Ces scènes bricolées font pourtant assez illusion, et participent à l'ambiance du film.

Mais finalement l'important n'est pas dans ces moments d’aviation. Ce qui importe c'est la tonalité du film, désespérée, cherchant à s'éloigner de tous les archétypes du film de guerre marqué par l'héroïsme et le patriotisme de ses protagonistes. Et ce sans critiquer ouvertement l'institution militaire ou prônant une quelconque désobéissance. L'unique cible ici est la guerre. Aucune mention n'est faite sur un éventuel combat pour la démocratie ou la liberté, comme aucun jugement n'est proféré envers un ennemi qu'on ne voit presque pas, sauf pour accentuer encore plus le message que la guerre est dégueulasse, quelque soit la raison qui nous y pousse. Le ton général du film est probablement dû à Mitchell Leisen, qui n'est crédité que comme assistant réalisateur, même s'il est admis désormais qu'il était plutôt coréalisateur. Leisen était alors costumier et décorateur, et n'avait pas encore de contrat de réalisateur avec la Paramount. Pourtant, en 1933 il a des velléités de réalisation. Comme il a été pilote lui-même, il est probable que le script l'intéressait pour débuter. Paramount préféra limiter les risques en l'associant avec un des ses réalisateurs sous contrat, Stuart Walker, venant de la scène de Broadway, et qui fut crédité du film. Pourtant, il devint évident que Leisen était le véritable meneur, et dans une interview récente, il déclara qu'en fait, l'assistant réalisateur était Walker. De toutes manières, en 1933, ce dernier fut remercié et ira travailler pour Universel (avant de disparaître d'un crise cardiaque à l'âge de 53 ans en 1941) tandis que Leisen devint définitivement réalisateur, signant un contrat avec le studio qui durera jusqu'en 1951, acquérant une réputation de réalisateur délicat, sensible et esthète, hélas un peu oublié de nos jours (le festival de Deauville de septembre 2017 lui a rendu hommage en programmant plusieurs de ses films). Si les personnages sont fortement marqués de la personnalité torturée de John Monk Saunders, on doit vraisemblablement à Mitchell Leisen la finesse de leur développement psychologique à l'écran. C'est pourquoi ce film de guerre vaut nettement plus pour sa peinture des intervenants que pour ses moments guerriers. Peut-être d'ailleurs existe-t-il une version plus longue que celle visible aujourd'hui, car on sent ponctuellement un montage abrupte abrégeant certains moments. Des passages qui auraient déplu aux garants du code Hays, donc forcément intéressants.

Mais en l'état le film marque déjà suffisamment les esprits. De par sa vision inhabituelle de la guerre pour un film américain, et de par sa conclusion incroyablement noire, qui tente de sauver les apparences et de sauvegarder l'image du héros américain, mais qui ne trompe personne tant elle est à la fois brutale et magnifique. Elle tend un miroir au pays qui forcément devait déplaire, celui du mensonge sur lequel l'Histoire souvent s'écrit et forme les légendes. On n'est pas loin de la fameuse phrase "When the legend becomes fact, print the legend" entendue une trentaine d'années plus tard dans L'Homme qui tua Liberty Valance de John Ford. Sauf que ce constat est ici plus profondément attristé que cynique. Un film peut-être trop en avance sur son temps, puisqu'au final, il aborde le sujet du trouble de stress post-traumatique subit par les combattants, concept qui mettra du temps à se faire une place dans l'esprit des militaires. Un film injustement oublié lorsqu'on évoque aussi bien les films sur la première guerre mondiale que le cinéma des années 1930, qui mérite d'être redécouvert.


Laissé sur le DVD sorti le 10/10/2017

Je donne mon avis !

Spécifications non contractuelles

Tous publics
BRD
Acheter
Avis

Moyenne

3,0
5
0
4
0
3
1
2
0
1
0

Je donne mon avis !

Lire les avis »

» Vidéo

1080p

16/9 - 1.37:1

Images : Noir et Blanc

Source :
Pellicule (35 mm)

» Disques
1
» Format, Boîtier
BD-50
Blu-ray
» Zone, Standard
Zones du DVD : B
» Audio

DTSHD-MA

  • Français 2.0 mono
  • Anglais 2.0 mono
» Sous-titres
  • Français
Compléter la fiche

Si vous souhaitez proposer un complément d'information, une jaquette ou tout autre élément concernant cette fiche, cliquez ici :

Participer
Partager
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus