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LOST HIGHWAY - Interview avec Bill Pullman

Par Giuseppe Salza | Publié le
LOST HIGHWAY - Interview avec Bill Pullman

Pour célébrer la prochaine sortie en DVD de Lost Highway de David Lynch, Dvdfr publie en exclusivité une interview de Bill Pullman, qui joue le rôle principal du film



Quelqu’un sonne à la porte. Fred Madison (Bill Pullman) appuie sur l’intercom, et une voix mystérieuse dit : « Eddie Laurent est mort ». Dans 135 minutes, nous saurons qui est Eddie Laurent, pourquoi et comment il est mort, l’identité de son meurtrier et de la voix à l’intercom. Mais ces réponses ne font que générer de nouvelles questions…

Lost Highway - DVD

Dans Lost Highway, un monument-clé de l’univers lynchien, la logique, le rationnel et les lois physiques explosent une après l’autre. Les personnages du film - tout comme les spectateurs - se retrouvent prisonniers des autoroutes perdues de David Lynch.

Il est impossible d’expliquer son histoire ou sa logique - même rétrospectivement. Le seul indice se trouve dans une inscription de la première page du scénario (écrit par Lynch et le romancier Barry Gifford, celui de « Sailor et Lula »), juste au-dessous du titre : « A 21st century horror film ».

Nous avions rencontré Bill Pullman à Paris lors du « junket » promotionnel pour la sortie du film en salles. Pullman - qui joue le rôle principal, aux cotés de Patricia Arquette - venait à l’époque de se remettre du succès-monstre de Independence Day. Et à bien y regarder, en faisant abstraction de sa coupe de cheveux, le visage de Bill Pullman rappelle étrangement celui de David Lynch…

« Je pense que je l’ai toujours su », répond Pullman. « Lorsque « Blue Velvet » est sorti, une partie de moi a senti que j’aurais pu jouer ce rôle. Je ne veux rien enlever à Kyle ; j’ai senti le personnage de « Blue Velvet » comme une partie de moi-même. »

« Le jour où j’ai reçu le script de Lost Highway, j’avais peur de l’ouvrir, car la partie de moi-même qui rêvait de faire partie de l’univers de « Blue Velvet » était devenue adulte. Mais, en lisant le scénario, j’ai senti comme si David Lynch connaissait le « vrai moi-même », un peu comme ces tableaux qui mettent à nu ton âme. Nous nous sommes ensuite rencontrés. C’était comme si nous nous connaissions depuis des années : nous avions eu des expériences similaires, et notre sens de l’humour était similaire. David était déjà une partie de moi-même ».


Dans Lost Highway, le personnage de Bill Pullman se… réincarne dans celui de Pete Dayton (Balthazar Getty). Les deux hommes interagissent avec les mêmes personnages, et partagent une histoire tumultueuse avec la sexy Patricia Arquette… avec les cheveux noirs dans la première partie du film, et ultra-platinée dans la deuxième. La carrière de Bill Pullman présente la même schizophrénie : des films très ambitieux d’un coté (Lost Highway, « End of Violence » de Wim Wenders), et des « kolossals » à succès (Independence Day, « Casper ») de l’autre.

« Je suis fier de mes choix, car ils me permettent d’avoir une grande liberté. Je veux dire : est-ce que Kevin Costner pourrait se permettre de tourner Lost Highway ? Je ne crois pas. Pas parce qu’il ne serait pas capable de jouer dans ce genre, mais parce que ce film pourrait bousculer son image. Ce film m’a beaucoup appris. Il m’a permis de faire face à ma peur ancestrale de me retrouver tout seul, qui me poursuit depuis mon enfance. Et Patricia (Arquette) a appris à dépasser ses peurs de tourner dans… les scènes de sexe ! Cela ne veut pas dire pour autant qu’un film comme Independence Day était une promenade à la campagne. Au contraire, David et moi savions que le succès de ID4 aurait aidé Lost Highway ».

Bill Pullman protège David Lynch un peu comme s’il était son frère jumeau. Ne lui rappelez pas les articles hostiles envers Lost Highway parus dans la presse nord-américaine - une autre constante lynchienne. « Ils ont écrit que Lost Highway est ‘un autre film malade de David Lynch’ », soupire Bill Pullman. « Certains comparent David à ‘un Norman Rockwell mutant’, et d’autres à un ‘Jimmy Stewart martien en trip’. Selon moi, David est la somme de deux opposés. Il a d’un coté un esprit totalement innocent. Et de l’autre, David a le courage et l’honnêté d’explorer les horreurs qui se cachent à l’intérieur des hommes. Ses films sont comme des lames de couteau aiguisés, qui séparent la normalité des difformités. Je ne supporte pas qu’on le prenne pour un type qui devrait voir un psy, car il est l’être le plus normal de nous tous ».

Les spectateurs qui verront Lost Highway pour la première fois en DVD, s’amuseront à déverrouiller l’étrange logique du film, qui refuse de justifier comment un homme puisse en devenir un autre, ou comment le personnage de Bill Pullman puisse se lier avec une fille qui… hum, on ne va quand même pas vous dévoiler l’histoire… La structure de Lost Highway est aussi cyclique qu’une anneau de Möbius.

« La seule règle de Lost Highway est qu’il n’y a plus aucune règle », répond Pullman. « Mais le film respecte à la lettre ses propres lois physiques. L’important est de les accepter ».

« Nous avions beaucoup parlé de « Zabriskie Point » de Antonioni pendant le travail, car nous avions tourné dans les mêmes endroits. Le film d’Antonioni n’avait aucune logique pragmatique, et pourtant son imagerie est restée ancrée dans notre imaginaire. Je suis convaincu que Lost Highway aura un destin similaire. Vous savez, on dit souvent que la plus grande source d’inspiration du théâtre et du cinéma américain, est le réalisme : ce film apprendra aux américains le sens de la métaphore ».


Lost Highway offre un cocktail fascinant et effrayant d’images (par Peter Deming) et de sons (Angelo Badalamenti, David Bowie, Lou Reed, This Mortal Coil, Nine Inch Nails). Parmi ses moments-cultes, citons la réaction de Bill Pullman lors de la découverte du cadavre de sa femme, la cabane du désert qui « implose », les apparitions du « Mystery Man », le cameo de Mink Stole (un bonus pour les inconditionnels de John Waters), et bien entendu le dernier rôle de Jack Nance, le premier acteur-fétiche de Lynch, décédé peu de temps après le tournage.

« J’ai arrêté de poursuivre le rêve fou de travailler avec tous les grands réalisateurs », explique Bill Pullman. « Je souhaite continuer à travailler avec les cinéastes que j’apprécie, comme David. J’adore que ses films soient perçus comme des films de « David Lynch », et pas comme « le dernier Schwarzenegger ou Kevin Costner ». Ses films ne sont pas au service des acteurs : nous ne faisons que devenir une partie de ses films. Et c’est normal qu’il en soit ainsi ».

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