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Killer application

Par Giuseppe Salza | Publié le
Killer application

Premier décryptage à froid sur le week-end d’ouverture des Rivières pourpres. Les détails et les enjeux du DVD de tous les records



Il y a une France avant et après le Loft. Et le même discours - dans un certain sens - s’applique aux Rivières pourpres. L’avant, c’est les menus fixes et l’interactivité tristounette, mais aussi les navigations arci-complèxes (Men in Black), ou les plus-produits « gentils » ou consensuels (Dinosaure). L’après, c’est clairement identifié par Les Rivières pourpres.

En attendant la critique, un petit retour en arrière s’impose : un premier décryptage du DVD de tous les records, et des bousculades qu’il impose au monde de l’édition vidéo :



1 - Le packaging

Le milieu de l’édition l’a décrété. Le format Digipack devient donc le packaging de rigueur pour distinguer les produits d’exception du reste de la troupe. Gaumont Columbia applique à la lettre le style Lawrence d’Arabie (moins le troisième disque) : boîtier de présentation, Digipack coulissant avec déclinaisons du logo et de l’imagerie du film, livret explicatif. Un petit plus pour dissuader les gravures sauvages : on n’achète pas que le produit, mais aussi son conteneur.

 



2 - DVD-18 ou deux DVD-9 ?

Dancer in the Dark, La Mélodie du bonheur, Seven, Rencontres du troisième type, et maintenant Les Rivières pourpres. La formule « bi-pack » (disque 1 film, disque 2 bonus) s’impose comme l’un des standards de la collectorisation… aux frais du DVD-18.

Techniquement, c’est la même chose. Politiquement, non. Les économies d’échelle du pressage d’un deuxième disque ne compensent pas les coûts élevés et le taux de rebuts du DVD-18. Les double-face posent les mêmes handicaps : pas de sérigraphies, et surtout l’angoisse de sélectionner le mauvais coté (chacun y va de ses propres « standards »). Et surtout, est-ce qu’on perd plus de temps à changer de face, ou de disque ? Double-feature mis à part, les DVD-10 semblent aussi destinés à une extinction précoce.

Les Rivières pourpres (Édition Collector) - DVD



3 - DTS, THX et audio supplémentaires

Il y a 1 an et demi, personne ne donnait cher du futur du DTS en France. Maintenant, le format s’est imposé comme le complément de rigueur pour le cinéma contemporain. La piste DTS (et en plein débit) Rivières pourpres s’impose comme un modèle du genre. Quant au THX, le débat reste ouvert entre les inconditionnels et les opposants. Label ou pas label, ces trois lettres certifient au moins le soin et le respect de l’éditeur pour effectuer une version homevidéo conforme à la vision de l’auteur.

Les pistes supplémentaires (commentaires, musique isolée) constituent un réel plus… lorsqu’il y a une implication sincère des auteurs (c’est le cas pour Les Rivières pourpres). Il y a cependant une règle de bonne conduite à respecter : le changement de langue à la volée (exception faite pour les titres avec ST imposés). Seven démontre que cela est faisable. Point à la ligne. A partir d’aujourd’hui, les « lock » à la Gladiator n’ont plus aucune raison d’être.



4 - Bonus

« Oh dear, c’était l’une des plus belles expériences de ma vie ! ». Prenez ce format, dupliquez-le à l’infini, et vous aurez la sauce politically correct du 85% des dossiers de presse des films… et de leurs contre-parties en vidéo packagés en bonus (on les appelle « EPK »).

Sans vouloir avoir un esprit « Voici » (qui a couché avec qui ?), le but des suppléments des DVD est d’offrir des repères ou angles additionnels pour décrypter une oeuvre et son amplitude. Même si ces éléments n’offrent pas le consensus qui plaît aux publicistes. Les Rivières pourpres atteint ce but, et devient un modèle du genre. Même si la notion marchande des bonus (ils se vendent clé en main, tout comme le film) reste le facteur-clé de ce sous-marché, le franc parler reste toujours la meilleure façon d’exprimer clairement un point de vue.



5 - Bonus cachés

Un joli guêpier. Ceux qui ne trouvent pas, ou ne veulent pas chercher, détestent de rater quelque chose. A l’inverse, les autres s’ennuient à la mort sur les disques où il n’y a rien à découvrir. Les Rivières pourpres adopte la politique du raz-de-marée : il y a tellement de goodies qu’il est impossible de ne pas en découvrir au moins un ou deux (il y a même des petits conseils dans le livret). En même temps, les bonus cachés sont des bribes de compléments, rien de plus. On peut vivre tranquilles sans les avoir trouvés. (Dvdfr publiera les écrans et les solutions dans quelques jours ; cherchez d’abord..)



6 - La couleur de l’argent

Entre le multimillionnaire Les Rivières pourpres et le film (exceptionnel) de Solveig Anspach, Haut les coeurs !, il y a un fossé : le premier a été réalisé sans compter, tandis que le deuxième a été fait avec les moyens du bord.

La seule critique qu’on pourrait adresser aux Rivières pourpres, est justement celle-ci : il est inévitable - voire même facile - de concevoir le meilleur DVD français de tous les temps, lorsqu’on peut bénéficier des meilleures technologies et de tous les moyens financiers rêvés.

Le débat est sans fin. Il faut relativiser les forces en jeu : il y a et il y aura toujours des éditeurs qui font des DVD avec 40.000 francs, et des autres qui en déboursent 400.000 pour s’acquitter de la première tranche des travaux. Il y a cependant un point où les « petits » peuvent faire jeu égal avec les « grands » : dans la conception éditoriale d’un disque. L’implication directe de ses auteurs joue un rôle essentiel. Malgré son budget astronomique, Les Rivières pourpres est - paradoxalement - un petit modèle pour la marche à suivre.

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