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Lettre de Cannes

Par Giuseppe Salza | Publié le
Lettre de Cannes

Chacun cherche son Loft. Dvdfr se délocalise sur la prison dorée qui se déroule tous les ans à l’ombre des palmiers de la Croisette, où 40.000 professionnels pensent d’abord cinéma, et ensuite DVD



La France a deux lofts. Le deuxième concerne une ville entière, ou plutôt une section urbaine, délimitée par la voie rapide, le Martinez, le Splendid, plus quelques îlots extérieurs (l’Hôtel du Cap, le Château de la Napoule, quelques villas dans l’arrière-pays). 40.000 personnes y sont enfermées, pour une période allant jusqu’au 20 mai. Et cela dure depuis 54 éditions.

Tout le « drama » (prononcer à l’anglaise, please) de « Loft Story » a déjà été inventé et expérimenté au Festival de Cannes. Vous pouvez coucher dans une piscine pour espérer d’avoir une invitation pour la party la plus trendy du moment. Vous tremblez face à la censure et au politically correct (conf’ de presse Hot d’Or interrompue manu militari par les directeurs d’un grand hôtel cannois). Vous pouvez titiller les muscles des Security qui gardent les entrées. Le premier week-end vous cherchez de fuir ces milliers d’autochtones qui viennent visiter le poulaille… euh, le zoo des « festivaliers ». Vous pouvez voir des milliers de larmes, des éclats de joie et des comportements humains déviants sur la Croisette ou dans les halls des hôtels. Et, à défaut de gagner une maison, vous pouvez décrocher un contrat avec Miramax (chances : 0,0000000001%).

Les fortes analogies entre les deux prisons dorées expliquent sans doute le brainstorming des publicistes d’Endemol, à l’origine de la virée cannoise d’Aziz et Delphine, accueillis par les pleurs des groupies et dans la plus complète indifférence par la platée internationale (et pour cause : dans le reste du monde civilisé, ils sont déjà à la troisième génération des émissions à la « Big Brother »).

Pour recentrer le débat, DVDrama nous explique d’ailleurs que « Loft Story » (le show de Saint-Denis, pas celui de la Croisette) sortira aussi en DVD. Chaque galette installera automatiquement le logiciel « avocat_m6_1-0-1.exe », qui créera un décalage de 3 minutes entre la lecture du disque et la diffusion des images, pour éliminer toute nudité ou grossièreté dépassant le niveau Dinosaure.

Pour le dire autrement, lorsque vous êtes à Cannes, vous assistez à la dématérialisation du monde extérieur. Guerre, épidémies, catastrophes aériennes : plus rien n’existe, tant que cela n’affecte pas la projo de « Mulholland Drive » de David Lynch (un seul mot : fa-bu-leux !), ou la promenade campagnarde au Château de Castellarans pour la fête du « Seigneur des anneaux ».

Malgré la « Nuit du DVD » (organisée par nos amis de DVDvision) et le MITIC, Cannes reste l’univers de la pellicule, et accessoirement de la vidéo numérique. Le DVD est traité comme un complément à la carrière principale d’une oeuvre.

Cependant, une chose n’empêche pas l’autre. On sait que le DVD est l’une des raisons qui ont poussé Coppola à upgrader « Apocalpyse Now » avec les 53 minutes inédites. Les making of, suppléments et autres freebies peuvent être intégrés aux accords de vente des films. Mieux encore, le DVD commence à supplanter les cassettes vidéo sur les stands du marché, ou il se révèle le meilleur outil du monde pour offrir un panorama des cinématographies naissantes (par exemple, le « sample » de la Korean Film Commission).

L’un des paradoxes de Cannes, est que l’on peut respirer le cinéma pendant deux semaines sans voir un seul film. Tout est donc conçu pour que le moindre produit soit traité comme un événement. Troma, le légendaire label du cinéma trash (et autrefois connue pour les sessions gratuites d’aérobics avec des beautés en bikini foudroyantes), organise la « world premiere » de « Toxic Avenger 4 », en lâchant dans la salle une bande de surfers californiens déguisés dans les costumes des monstres). Toute séance à l’auditorium Lumière du Palais - à condition d’être bien placés, bien sûr - est une expérience mystique : c’est l’une des plus belles salles du monde. On peut également faire parler de soi, tout en étant aux antipodes : trouvez-nous un meilleur ego-trip de celui organisé par Disney, qui délocalise à Pearl Harbor une platée très select de journalistes, pour le junket planétaire du film de Michael Bay…

Peut-on s’échapper de Cannes ? Bien sûr, ça fait même snob de quitter le Festival à mi-parcours (de toute façon, on y retombe l’année suivante). Une petite pensée cinéphile vient à l’esprit de retour à la maison, en allumant le live de « Loft Story » sur TPS, ou le feed pirate sur le Net : chers Steevy, Loana & C, faites-nous un coup à la Jim Carrey dans les 5 dernières minutes de The Truman Show

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