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PETER PAN : version P.J. Hogan

Par Giuseppe Salza | Publié le
 PETER PAN  : version P.J. Hogan

L’adaptation la plus juste et fidèle du conte de Barrie ? Tandis que le Neverland façon Spielberg ressort en galette, la nouvelle version envahit le grand écran



De temps à autre, notre collaborateur François Chollier vous propose des critiques cinéma de films très frais voire pas encore démoulés, qui se rattrachent à l’actualité DVD (ou vice-versa)…
Aujourd’hui, aller-retour à Neverland avec la nouvelle version de « Peter Pan ».

PETER PAN
( Sortie le 4 février 2004 )
Peter Pan

Chaque soir, Wendy émerveille ses jeunes frères en leur narrant de fantastiques récits épiques, jusqu’au jour où son père et sa tante décrètent qu’elle est désormais trop grande pour partager leur chambre…

Ce que les adultes ignorent, c’est qu’un autre garçon, Peter Pan, se passionne lui aussi pour les histoires de Wendy. Il vient de loin pour les écouter. Sa soudaine apparition va marquer le début d’aventures aussi fabuleuses qu’exaltantes…

Peter Pan

A travers le ciel étoilé, Peter, Wendy, ses frères et la fée Clochette prennent le chemin du Pays imaginaire ; un endroit peuplé d’Indiens, de Sirènes et d’inombrables créatures plus pittoresques les unes que les autres. Mais le rêve vire au cauchemar lorsque nos aventuriers tombent nez à nez avec l’infâme Capitaine Crochet.

Une terrible lutte s’engage entre Peter Pan et les Pirates, prêts à tout pour règner en maîtres sur le Pays imaginaire et y anéantir le rêve…

Peter Pan

« Peter Pan » appartient à ces contes intemporels dont l’histoire, par son merveilleux et son universalité, a su toucher le cœur de générations entières de lecteurs, d’auditeurs et de spectateurs. Pourtant, son origine récente semblait condamner à l’éphémère « Peter Pan » face à ces autres récits que sont « Cendrillon », « Pinocchio » ou bien encore « La Belle au Bois dormant ». Car ce n’est qu’en 1904 (il y a exactement 100 ans) que l’écossais Sir James M Barrie devait écrire cette pièce de théâtre. Ce faisant, il donna naissance à la plus épique des aventures pour enfants. Le succès fut immédiat et « Peter Pan » est aujourd’hui l’un des contes les plus adaptés que ce soit au théâtre, au cinéma ou à la télévision.

Oubliez les autres, celle de P.J. Hogan (Muriel, Le Mariage de mon meilleur ami) restera sans doute dans l’histoire du cinéma comme l’adaptation la plus féerique de cet extraordinaire et ténébreux conte. Non seulement le réalisateur australien nous offre une version fidèle du véritable « Peter Pan » mais il réussit également le tour de force de rassembler petits et grands autour d’un traitement intelligent des thèmes explorés par Sir Barrie. Par conséquent, exit les discours dineyens et bêtifiants de ces prédécesseurs illustrant le gentil (trop gentil) Peter Pan au prise avec un guignolesque capitaine Crochet. Peter Pan n’est pas un naïf petit homme volant… c’est un éternel petit garçon qui ne veut résolument pas grandir !!! La fée Clochette n’est pas un samaritain lumineux tentant de venir en aide au premier venu… elle est la prétendante la plus assidue du jeune Peter et ne laissera aucune autre aura féminine envahir l’espace de son chevalier volant !!! Le Capitaine Crochet n’est pas un bouffon sans cervelle aux allures de Gargamelle prévisible et gesticulateur… esthète bercé par son ego, il se transforme en brute sanguinaire capable d’assez de froideur et de calculs pour anticiper les attaques de son éternel adversaire et le prendre au piège.

Peter Pan

Les personnages prennent ici une nouvelle épaisseur et interagissent avec autant de sens et de profondeur que l’a voulu Sir Barrie. Est-il besoin de rappeler combien l’entrée en matière de « Peter Pan » emprunte aux accents freudien ? « Tous les garçon grandissent un jour sauf un ». Pourquoi ? Comment est-ce possible ? Où est ta maman ? posera comme question Wendy. Et Peter Pan de lui répondre, je n’en ai pas. Un Garçon sans parent, incapable d’envisager l’amour sous une autre forme que celle de l’amitié puisque privé de cet amour maternel (et paternel) qui engendre la forme adulte de l’amour…voilà quel fût l’angle de Sir Barrie qui s’inspira très largement de sa propre vie pour offrir dans cette psychanalyse allégée les clés de l’évolution humaine. Autre piste indiquant une indéniable paternité psychanalytique, Le Pays imaginaire, qui sous la plume de Sir Barrie prend à son tour une dimension particulière lorsqu’il le qualifie de pays des rêves. L’adulte / l’enfant peut alors y accomplir ce qu’il ne peut accomplir consciemment et vivre une foultitude d’aventures. Encore faut-il pouvoir / vouloir y aller !!! Le mode de déplacement ! Fallait-il y penser !!! Si Peter Pan et ses amis ont la capacité de voler, c’est parce qu’ils ont des pensées heureuses et envisagent non seulement de léviter mais également de virevolter. Une clé anodine qui traverse l’œuvre de Sir Barrie et dont s’empare Hogan persuadé qu’il tient l’essence de la pièce. Pari audacieux car issu d’une spectacularité passablement usée cinématographiquement parlant (Batman, Superman, Tigre & Dragon, Matrix…) mais terriblement payant. Sur une note légère (semblable à une plume d’oiseau) Si Barrie dresse avec « Peter Pan » le plus formidable des réquisitoires contre le matérialisme et le pessimisme (les deux sont liés), véritables gangrènes de nos sociétés.

Peter Pan

Sir Barrie condamne au travers de Peter Pan, tous ces oiseaux sans ailes de mauvais augure incapable d’éprouver une quelconque pensée constructive, positive, heureuse. Tous ces jean-tristes englués dans leur ego source de problèmes et que leur matérialisme échevelé condamnent à être tristes, seuls et bon à jeter. Sir Barrie met ainsi en balance matérialité et spiritualité en indiquant (pas si caricaturalement) que la pauvreté matérielle amène souvent une richesse spirituelle et qu’une richesse matérielle conduit inévitablement à une pauvreté spirituelle. Des préceptes simples qui rappellent à chacun (et pas seulement aux petits) la voie à suivre. Côté réalisation, Hogan apporte une indéniable énergie et alimente de son imagination débordante la traduction visuelle du conte à l’écran. Indiens, sirènes, fées par centaines, gallion, luxuriante végétation. P.J « Wonderboy » Hogan finit par son infini attachement à faire rêver petits et grands d’enfoncer le misérable Hook, ou la revanche du Capitaine Crochet honteusement signé Steven Spielberg. Pas une seconde, ce dernier ne tient la comparaison, littéralement submergé par cette fantaisie furieusement réjouissante dont faite preuve le « Peter Pan » de Hogan. Et si Hook, ou la revanche du Capitaine Crochet avait eu l’avantage d’un casting médiatique, Hogan fait preuve d’admirablement plus de discernement en ficelant une distribution exemplaire. L’extraordinaire performance de Jason Isaacs (Piège à haut risque, Windtalkers - Les messagers du vent…) dont le talent fait oublier toutes celles de ces prédécesseurs avec un Crochet enjôleur, vicieux, torturé, implacable, sûr de lui, en est la preuve. Lui avoir également donné le rôle du père montre toute l’astuce et la subtilité dont sait faire montre Hogan. Quant aux enfants, ils vous feront oublier les « Harry Potter » et consorts. A commencer par le héros, expressif à souhait, aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie. Wendy, dont le sourire cache une féminité avouée qui cherche à prendre le dessus sur l’enfant… Mouche, habile second narrateur (narrateur de l’histoire dans l’histoire) et dont la maladresse n’a d’égale que l’évidente bonhomie… sans oublier la lumineuse Ludivine Sagnier, fée clochette cabotine aux allures d’angélique démon tout droit échappée d’un Buster Keaton.

Peter Pan

Chacun campe son rôle avec justesse et offre de nouvelles couleurs à ce conte qui en avait bien besoin. Hogan réussit du même coup une adaptation subtile et majestueuse, offrant en ce début d’année un spectacle féérique que le monde du cinéma n’est pas prêt d’oublier. Chapeau monsieur le prestidigitateur, votre magie a opéré !!!

Peter Pan



François Chollier

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