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Terre en danger : la "fiction"

Par François Chollier | Publié le
Terre en danger : la "fiction"

Après l’interview du réalisateur et du producteur, le film ! Première projection et premier avis sur « Le jour d’après » qui sortira sur les écrans du monde entier le 26 mai…


Le jour d'après

Le Climatologue Jack Hall avait prédi l’arrivée d’un nouvel âge de glace, sans jamais se douter que cela se produirait… de son vivant. Un changement climatique imprévu et violent déclenche pourtant une réaction en chaîne qui ravage bientôt la planète : inondations, grêle, tornades et températures d’une magnitude inédite.

Jack a peu de temps pour convaincre le Président des Etats-Unis d’évacuer le pays et sauver ainsi des millions de personnes en danger. Pris de cours, Jack entreprend une périlleuse course contre la montre dans un New York où la température est inférieure à -20° C. L’enjeu : sauver l’une de ces personnes, Sam… son fils.

Le film s’annonçait monumental… Roland Emmerich oblige… pas forcément subtile… Roland Emmerich toujours… noyé sous une cascade d’effets spéciaux… parce qu’Hollywood le vaut bien. Pourtant, il y avait quelque chose de différent dans ce projet. Comme une voix qui murmurait qu’il ne s’agirait pas d’un énième film-catastrophe avec intrigue insignifiante et grosses stars à la clé. Non pas que cet immense paquebot au budget pharaonique de 100 millions de dollars (promotion incluse mais tout de même) puisse soudainement (comme par magie) se transformer en film d’auteur mais l’air bruissait d’ondes positives et le sujet tout comme le casting nous laissaient d’immenses espoirs. Oui au grand spectacle ! Non au décervèlement !

Le film commence. L’emblème de la Twentieth apparaît, puissant, avec cette légère retouche qui signale l’insigne privilège auquel ont droit les Super-productions. Vient alors le générique simple et élégant que ponctue l’ensorcelante musique de Harald Kloser. Le spectateur se laisse bercer par ce calme qui préfigure la tempête, séduit par la beauté du paysage, émerveillé par la pureté de l’instant et puis c’est l’angoisse. Un drapeau américain en gros plan ! Emmerich n’aura pas mis longtemps. A peine quelques fractions de secondes lui auront suffi à caser son patriotisme échevelé. Pourvu qu’Emmerich ait résisté à ces vieux démons (ceux qui hantent ce ratage complet nommé Independence Day. Lui seul a le don d’exaspérer avec autant de véhémence de par son aptitude (malheureuse) à faire cohabiter grandiose et grotesque. Un drapeau américain en guise d’exposition ! Que va donner le reste ?

Mais à trop vite juger (voire pérjuger) on se trompe ici fort heureusement ! La scène d’ouverture que nous offre Emmerich est des plus marquantes ! Une scène d’introduction fracassante (comme lui seul sait les filmer) qui mêle habilement science, action, effets spéciaux éblouissants et vous plonge immédiatement dans le vif du sujet. Le rattrapage est inouï. A partir de cet instant, Emmerich ne commettra plus aucune faute. Porté par un thème à la fois angoissant, fascinant, solidement charpentée à l’actualité, et qui plus est vierge de toute représentation cinématographique, le cinéaste s’attache à dessiner avec talent de solides personnages auxquels (pour une fois) on s’identifie pleinement. Alternant effets spéciaux époustouflants (cf. Los Angeles assailli par les multiples ouragans ou encore l’engloutissement des rues de New York) et drames intimistes, le réalisateur tisse méticuleusement histoires après histoires un scénario fouillé farci d’hypothèses humainement, scientifiquement et politiquement intéressantes.

A croire qu’Emmerich s’est enfin décidé à devenir un auteur engagé. Et pour l’être, le film ne l’est pas à moitié. Condamnation de la politique américaine en matière d’environnement. Condamnation de la politique américaine en matière d’immigration. Condamnation de la politique américaine envers les sans-abri. Condamnation des méfaits écologiques dus à l’arrogance des économies de consommation. Il est loin le temps où le soldat Emmerich partait en guerre contre tout ceux qui avaient osés critiquer l’Amérique. On voit ici des policiers avoir tort, des GI faillibles tomber « au combat », le Président s’abstenir d’arranguer les foules… et (comble de bonheur) le gouvernement américain demander l’aide de pays émergeants ! « Le Jour d’Après » marque à la fois une profonde remises en question des valeurs américaines dites communes en même temps que la fin d’un genre (le film catastrophe) souvent instrumentalisé à des fins de « propagande ». Pour sa part , Emmerich effectue ici un virage à 180°. Il était temps… grand temps !

Bien que le cinéaste ait été aidé dans sa tâche par les extraordinaires potentialités du sujet, la prise de conscience autant que cette rigueur et cette sensibilité nouvelles demeurent pour le moins prodigieusement étonnantes. A croire qu’Emmerich ait été entre temps touché par la grace. « Le Jour d’Après » a été ainsi dépouillé de tout ce qui a pu polluer ces précédentes oeuvres. Et pourtant, les occasions ne manquaient pas de « clowniser » cette fresque à grand spectacle. La relation amoureuse, les liens père fils, le cheminement scientifique, le processus cataclysmique. Emmerich évite les pièges un à un, conscient de l’enjeu ; réussir à ce que le spectateur adhère pleinement à l’intrigue tout au long, jusqu’au bout, sans en perdre une seule miette. Sa force : filmer avec sa démesure habituelle en s’appuyant sur l’extrême solidité d’un scénario prenant et sur l’interprétation délicate et nuancée d’un Quaid, d’un Holm, d’un Gyllenhaal et de ceux qui les entourent. Casting de luxe pour Blockbuster épique intelligent ! Sans morale, ni leçon… du bon sens et rien d’autres. La Terre se meurt et c’est un bien honteux héritage que nous léguons à nos enfants. Qu’attendons-nous alors pour agir ?

La suite ne commettra pas l’erreur de le disputer à notre propre conscience. Ni message martelé, ni leitmotiv envahissant ! Emmerich scénariste se borne à broder sa fiction. Une fiction qui nous envoûte par son rythme haletant autant que par ses multiples (et plausibles) rebondissements. Une fiction brillamment interprétée et magistralement filmée. Une fiction qui dépasse de beaucoup tout ce que les films catastrophes ont su nous montrer jusqu’à présent. Pas un de ces prédécesseurs ne lui arrivent à la cheville. Peut-être parce que l’inspiration dans laquelle puise « Le Jour d’Après » nous touche. Peut-être parce qu’Emmerich n’a pas eu recours à de surabondants effets spéciaux. Peut-être parce que la réalisation aidée par un montage pertinent a su mettre en lumière des fils et des noeuds exceptionnellement forts. Peut-être enfin, parce qu’Emmerich s’est laissé aller à révéler sa part d’engagement pour défendre une Humanité véritablement menacée. Face à ce danger immédiat, il fallait réagir.

« Le Jour d’Après » réagit. Ce faisant, Emmerich s’engage sur le chemin d’un cinéma vérité qui parle avec sensibilité et honnêteté. Ni mauvaise foi, ni faux semblants : juste l’envie de raconter une histoire avec son coeur, son âme et ses veines pour faire vibrer le spectateur de toutes ces émotions. Le succès est total ! « Le Jour d’Après » vous tient et vous emporte pour ne plus jamais vous lâcher. Au passage Emmerich nous rallie entièrement à sa cause et nous force à reconsidérer son cinéma. Un cinéma qui élève le cinéaste au rang d’un Vidor, d’un B. DeMille. Un cinéma audacieux, grandiose et engagé. Bref… le cinéma qu’on aime et qui nous fait espérer un après « Le Jour d’Après ». Que son triomphe soit planétaire… le Monde en a besoin !

Retrouvez l’interview du réalisateur et du producteur dans notre article du 6 avril 2004.

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