ACTUALITÉ

Thierry Lhermitte joue quitte ou triple : "Qui perd gagne !" au cinéma

Par François Chollier | Publié le
Thierry Lhermitte joue quitte ou triple : "Qui perd gagne !" au cinéma

« Qui perd gagne ! » est un jeu dangereux et sulfureux qui n’a aucune règle et se joue à plusieurs. Corps à corps exigés. Manipulation, adrénaline et tapis vert de rigueur ! L’enjeu : raffler la mise le 23 juin sur grand écran…



DVDFR vous plonge au coeur de ce coup de bluff signé Laurent Bénégui.

L'affiche

Jacques (Thierry Lhermitte) est un requin des tapis verts, un joueur au passé trouble qui a autrefois lessivé les casinos. Angèle (Elsa Zylberstein) est capitaine des renseignements généraux, une femme-flic qui dirige d’une main de fer la brigade des jeux.

Leur ennemi : le hasard. Leur allié : l’amour. Depuis quelques années maintenant, une liaison s’est secrètement nouée entre eux. Un flic et un tricheur. Qui aurait pu rêver couple plus improbable ? Cette liaison sera néanmoins appelée à sortir de l’anonymat lorsque Serge Vaudier (Maurice Bénichou), un obscur professeur de mathématiques, gagne subitement au loto deux fois de suite et s’empresse de claironner au monde entier qu’il a trouvé une méthode infaillible pour déjouer le hasard.

Devenu une star internationale grâce au savoir-faire d’un publicitaire, Vaudier ne met pas seulement en péril le loto mais aussi et surtout l’économie de tout un pays. En effet, pourquoi se fatiguer à remplir des grilles de loto si Vaudier gagne à chaque tirage ? La Française des Jeux perd des millions d’euros, les recettes fiscales s’effondrent et l’Etat-croupier vacille.

En quelques semaines, ce petit homme insignifiant devient le plus puissant des gourous. Alors ? Escroc ou génie ? Les renseignements généraux n’ont que quelques semaines pour démasquer Vaudier. Et devant l’échec des moyens traditionnels, Angèle décide d’engager Jacques… un sérieux coup de poker dans lequel chacun des adversaires joue quitte ou double. Les jeux sont faits, rien ne va plus !

Le couple gagnant

« Qui perd gagne ! » est une bonne idée ! Placer un couple explosif au centre d’un thriller qui joue avec les coïncidences du hasard. Soutenir la narration par un suspense omniprésent. Délivrer enfin une interprétation qui sorte des sentiers battus. Un joueur, un tricheur, incarné par un Thierry Lhermitte en grande forme, s’amourache d’une femme flic victime de sa fascination pour l’homme et ses extraordinaires talents de joueurs. Une rencontre qui, si elle n’est pas nouvelle, intrigue par l’opposition marquée entre les deux comédiens. Sensible, mystérieuse, à fleur de peau, Elsa Zylberstein rencontre ici Thierry Lhermitte, incarnation absolue du personnage hâbleur, dragueur et fortement stéréotypé. Un couple étrange, un pitch troublant, il n’en faut pas davantage pour que le spectateur s’immerge dans cet enfer qu’est lle jeu et la manipulation. Une attente cultivée par un synopsis déroutant et un premier noeud majeur solidement ficelé ; Un professeur de mathématiques, opposant la science au hasard, gagne deux fois au loto, ce qui est humainement impossible ! L’arnaque promet d’être savoureuse, et son dénouement excessivement délicat.

Elsa Zylberstein

A-t-on trop attendu de ce film qu’on n’attendait pas vraiment ? Le fait est que l’illusion est de courte durée tant « Qui perd gagne ! », images après images, déçoit. Principaux responsables dans l’ordre : le casting, l’intrigue et la réalisation. Commençons par le casting. Hétéroclite, malheureux, vide de sens, il accumule les clichés comme d’autres recyclent les emballages… résultat : une farandole de portraits plus idiots les uns que les autres à jeter après avoir consommé. Le faux menteur, le vrai tricheur, le publicitaire benêt, l’enfant-prodige… des personnages 100 fois vus et revues que le manque d’inspiration rend indigestes et l’absence de crédibilité absurdes. Pas un d’entre eux ne respire la sincérité… Thierry Lhermitte excepté qui tire (sans mauvais jeu de mot) son épingle du jeu. Les autres comédiens, théâtraux au possible, en font des tonnes pour combler l’absence de mise en scène, tentant de faire vivre désespérément des dialogues bavards en veux tu en voilà ! C’est malheureusement peine perdu car très vite on n’y croit plus ! Manque de conviction, manque de passion, absence de direction… La palme revient à l’insipide Maurice Bénichou emprunté, transparent, absent et pourtant si bouleversant dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Au lieu de soutenir l’intensité du premier noeud majeur (son gain coup sur coup au loto), il finit par l’affadir jusqu’à le rendre cousu de fil blanc… .exemple parfait de l’importance de bien diriger ses acteurs ! ! ! Elsa Zylberstein, Jean-Pierre Malo, Samir Guesmi… que de comédiens noyés dans un étalage de recettes toutes plus éculées et qui ne font que ridiculiser une peu plus une histoire qui se veut ostensiblement compliquée. La femme bafouée, le publicitaire avide, le flic noeud noeud… ces acteurs d’ordinaire talentueux méritaient autre chose. Nous aussi ! Il faudra (patiemment) attendre l’apparition éclair d’un Michel Aumont, que (heureusement pour Bénégui) plus personne n’a besoin de diriger, pour redorer le blason d’un casting décidément en perdition.

L'équipe de choc

L’intrigue, laborieusement tortueuse, tente à son tour de prendre la main en jouant désespérément la surpise. Manque de pot ! Les ressorts décidément trop apprents révèlent les dessous d’une pitoyable machinerie. Et le spectateur de conserver sans cesse une longueur d’avance. A cela pas une raison mais deux : L’Arnaqueur et La Couleur de l’Argent, deux films qui ont su élever le rebondissement au rang de raffinement. Pourquoi ? Parce qu’ils ont, eux, innové ! « Qui perd gagne ! » ne fait que s’engouffrer dans la brêche. N’est pas manipulateur qui veut et l’essai de Bénégui, manquant de conviction, mise à fonds perdus sur une excessive naïveté du spectateur. Le personnage de Thierry Lhermitte pourtant soigné (trop soigné) rappelle immédiatement celui de Paul Newman… logiquement l’intrigue en pâtit. Et nous voilà une énième fois embarqués dans la traditionnelle confrontation d’un soi-disant « loser », berné par une soi-disant « plus fort que lui », animé par cette passion du jeu et par un puissant désir de vengeance. Il n’en faut pas plus pour se glisser dans l’ombre du Géant. Erreur fatale au facteur « surprise » pourtant essentiel à l’histoire. Il ne reste plus qu’à Laurent Bénégui d’enchaîner un à un d’insipides rebondissement jusqu’à la révélation finale si improbable et farfelue que seule une réalisation brillante pourrait faire avaler.

Action !

Mais en guise de réalisation, Laurent Bénégui se contente du RMI, percevant les dividendes d’une photographie pas trop exécrable et de décors pas trop tocs. Pour le reste, c’est fixe, basique et lent… l’exact opposé de ce qu’il faudrait faire. Pour le coup Bénégui innove… à mauvais escient !!! Rythme et arnaque sont inséparables ; sans rythme, pas d’arnaque et sans arnaque pas de film. Eviter à tout prix ces banales champs / contre-champs, bannir le plan fixe pour lui préférer le porté et renouveler le décor ; Soderbergh l’a à moitié intégré dans son Ocean’s Eleven, Martin Scorcese totalement dans « La Couleur de l’Argent ». L’Arnaque est un Art, la filmer un métier ! Visiblement Bénégui n’a pas trop insisté et s’acharne désormais à complaisamment filmer l’intimité du couple Lhermitte / Zylberstein. Mauvaise idée puisque cette racoleuse facilité brouille aussitôt les pistes, englue l’intrigue et alourdit le propos. Fin de partie : on ne sait plus où on est ! Mélo intimiste ou arnaque sulfureuse ? Va savoir Charles… tout part à volo. Les gros plans filment mains et jambes quand on voudrait voir des visages. Les travellings effeuillent les instants de dénouement quand on les souhaiterait au coeur de l’histoire. La musique fait preuve d’une légèreté horripilante lorsqu’on la désirerait plus intense. Bref… c’est à des millions de kilomètres de ce que l’histoire promettait.


« Qui perd gagne ! » reste néanmoins une bonne idée avortée dans un film vite fait, vite vu, vite absorbé, vite oublié. Un coup de bluff sans atouts majeurs qui se laisse malgré tout regarder !

Commentaires

Personne n'a encore réagi à cet article. Soyez le premier !

Ajouter un commentaire

Pour commenter, connectez-vous à l'aide de votre compte DVDFr ou Facebook

Partager
Plus d'infos
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus