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DOSSIER VAMPS - 1 : Il était une fois le X

Par Giuseppe Salza | Publié le
DOSSIER VAMPS - 1 : Il était une fois le X

L’univers de Boogie Nights en vrai, avec des restaurations et un soin éditorial inouïs. Tel est le pari de Wild Side, qui « réhabilite » le porno vintage américain des années 70 avec une collection de 12 DVD (et bientôt 20). De Gerard Damiano à Marilyn Chambers, séquence souvenir d’une époque où le cul rimait encore avec cinéma

Boogie Nights et Wonderland ont revisité l’époque, tandis que le documentaire Inside Deep Throat s’est attardé sur le phénomène culturel du film le plus rentable de l’histoire du cinéma. Mais Wild Side est le premier - et le seul - éditeur culturel en France à avoir brisé le tabou. Depuis un an, et avec la collaboration de François Cognard, la maison de la chatte qui miaoule entretient la collection « L’âge d’or du X américain », avec une sélection de films porno US vintage – tous en version hard intégrale – réhabilités avec des restaurations ad hoc et des documentaires de décryptage. 10 titres dans la boîte et 2 nouveaux DVD – Soft Places et "V" - the Hot One – prévus pour le 1er Mars.

 

 

Oui, culturel, utilisons et assumons l’usage du mot. Le pari entrepris par Wild Side est de redécouvrir les premiers balbutiements du cul avec les mêmes outils critiques et cinéphiles du cinéma de genre.

Parce que, avant de devenir une industrie qui truste l’autre moitié de Hollywood et des studios hongrois, le porno était un genre cinématographique. Bien avant l’âge du gonzo et de la vidéo, avant le silicone et le botox, avant le film X du mois sur Canal et les années du Sida, le cinéma X était une histoire de pellicule, à la fois pour le tournage et pour la projection sur grand écran. Malgré ses chemins détournés et ses tournages semi-clandestins, le porno utilisait les mêmes techniques et le même langage narratif des films dits « respectables ».

 

Polissons & Galipettes - DVD
Nagisa Ôshima : L'empire des sens + L'empire de la passion - Blu-ray
 
Devil in Miss Jones - L'Enfer pour Miss Jones - DVD
Odyssey the Ultimate Trip - Derrières avides à remplir - DVD

 

Gerard Damiano est le père fondateur du cinéma porno moderne, mais - avouons-le - la pornographie existe depuis les premiers pas du cinématographe. A l’âge du muet, on les projetait dans les boudoirs et les maisons closes (Blaqout à d’ailleurs édité une compilation de ces Polissons & Galipettes). Aux USA, derrière l’ombre répressive du code Hays, on les appelait les « nudies ». Et, lorsque la soif de liberté des Sixties a adouci le puritanisme, les mœurs sexuels du cinéma d’Ingmar Bergman nourrissaient avec un alibi culturel les thèmes qu’Hollywood n’avait pas encore le courage de montrer. Et un peu plus bas, dans le circuit des drive-ins, Russ Meyer affichait les nichons de Kitten Natividad et de ses busty ladies comme des médailles. Make love, not war. Comme Hugh Hefner, Russ Meyer ne franchit jamais la barrière entre le « soft » et le « hard ». Mais Bob Dylan l’avait annoncé, The Times They Are a-Changin’. Le changement était dans l’air.

 Question de droits, Wild Side ne propose pas Deep Throat, le 1er long-métrage officiel du X. Mais ils ont édité le deuxième Damiano, le non moins célèbre Devil in Miss Jones - L’Enfer pour Miss Jones, qui a donné lieu à plusieurs suites et reboots et qui propulsa pour le plus grand des hasards (elle était la cantinière de la prod) la carrière de Georgina Spelvin, l’un des plus grandes stars du X.

 

 

Tandis que Deep Throat reposait essentiellement sur un gag (le clito de Linda Lovelace se trouve dans sa gorge), Miss Jones a une histoire plus accomplie qui emprunte autant au giallo qu’au droit à l’épanouissement sexuel. Justine Jones, qui n’a jamais connu le plaisir, se suicide. Mais dans l’au-delà, on lui concède un répit pour son apprentissage sexuel, afin qu’elle devienne une diablesse de la chair… Une œuvre maîtresse à situer dans son époque, où le cinéma d’auteur rattrape aussi à grands pas le temps perdu, avec Dernier tango à Paris de Bertolucci et, un peu plus tard, Salò ou les 120 jours de Sodome de Pasolini et L’Empire des sens de Nagisa Oshima…

 

Debbie Does Dallas - Dallas Lolitas - DVD

 

La collection de Wild Side propose un autre Gerard Damiano, Odyssey the Ultimate Trip - Derrières avides à remplir, avec les étincelantes Vanessa Del Rio et Samantha Fox. Mais pour examiner un deuxième film X fondateur, il faut tourner le regard vers Debbie Does Dallas.

Superbowl oblige, Debbie est un festival coquin de cheerleaders en rut, guidées par la volcanique Bambi Woods, qui préfigure en quelques sorte les codes des comédies (grand public) de teen-agers.

 

 

 

Les films Wild Side mettent à l’honneur les grandes dames du X vintage des Seventies : Lisa De Leeuw (800 Fantasy Lane (Big Sex)),  Annette Haven (Coed Fever - Fièvre au lycée, Desires Within Young Girls (À quoi rêvent les jeunes filles) et Soft Places) ou Désirée Cousteau (Inside Desiree Cousteau. Il y a également un film avec Marilyn Chambers (Insatiable), l’une des premières comédiennes X de l’époque à avoir franchi la frontière du « tradi ». Elle devint la star de Rage, ce qui valut à David Cronenberg d’être mis à la porte par la propriétaire outrée de son appartement.

 

 

Parlons aussi des plastiques de rêve des 12 titres de la collection de l’âge d’or du X, qui méritent à elles seules le détour. La supervision éditoriale a été confiée à François Cognard (l’un des fondateurs de la revue culte de cinéma « Starfix ») et les budgets de fabrication ont été comparables à ceux des sorties auteur du cinéma traditionnel. Peu ou pas de masters patibulaires : Wild Side a sélectionné les meilleures sources disponibles sur le marché et a mené des travaux de remasterisation. D’ailleurs, cela n’est pas passé inaperçu aux USA, où certains blogs spécialisés – screenshots à l’appui - n’ont pas hésité à comparer la qualité des masters Wild Side avec ceux des DVD Zone 1…

 

 

Chaque DVD a été complémenté par des documentaires rétrospectifs de 20-30’, qui offrent des véritables clés de lecture du Far West du porno USA 35 ans plus tard. Entretiens avec les anciens étalons et hardeuses et désormais paisibles pépés et mémés (…quoique parfois avec un peu trop d’opérations de lifting et piqûres de botox), décryptages avec des critiques du cinéma et spécialistes du genre coquin, anecdotes à la pelle… Comme l’indique le sticker publicitaire en bas des DVD, cette collection vintage est un peu Boogie Nights en vrai…

 

Desires Within Young Girls (À quoi rêvent les jeunes filles) - DVD
Soft Places - DVD
"V" - the Hot One - DVD
800 Fantasy Lane (Big Sex) - DVD

 

Voici, en ordre chronologique, les 12 titres de la collection (8 autres à venir) :

(chaque DVD est vendu au prix conseillé de 19,99 €)

 

The Ecstasy Girls - DVD
Inside Desiree Cousteau - DVD
Coed Fever - Fièvre au lycée - DVD
Insatiable - DVD
Sex Boat (La croisière de la jouissance et les instruments du plaisir) - DVD

 

La seule limite de L’âge d’or du X américain est territoriale. Il n’y a pas de cinéma porno français, qui connut un âge d’or tout aussi palpitant. Il fallut attendre 1975 pour la sortie en salles des trois « kolossal » USA, Deep Throat, Devil in Miss Jones - L’Enfer pour Miss Jones et Behind the Green Door, mais le vent de la libéralisation des mœurs soufflait déjà à pleins poumons. Tandis que Claudine Beccarie devenait la première star du X français (Exhibition de Jean-François Davy), Emmanuelle se jouait à guichets fermés, et les autocars espagnols faisaient fortune en emmenant le public ibèrique à Perpignan où l’on projetait Dernier tango à Paris, interdit de séjour par la censure franchiste.

 

Exhibition - DVD

Emmanuelle - Blu-ray
 
Dernier tango à Paris - Blu-ray

 

En août 1975, plus de 50% des salles de Paris/périphérie projetaient des films porno. Mais le retour du bâton n’allait pas tarder. Avec la création et la taxation du label X, les cinémas spécialisés devinrent des lieux peu fréquentables, et le public glissa progressivement vers le « soft ». Vers la fin des années 70, les budgets des X français avaient chuté de 600 000 à 200 000 FF, et le milieu ne pouvait plus lutter à armes égales avec les machines de guerre des pornos américains.

Avec l’arrivée de la gauche en 1981, Jack Lang n’éprouva aucune compassion pour la pornographie française. Mais, de toute façon, le X était déjà en train de muter : avec l’arrivée de la VHS, le porno allait perdre sa connotation de sous-genre de frontière, pour devenir une entreprise du sexe à part entière. Et, avec la démocratisation des tournages en vidéo, le langage cinématographique des vintage allait disparaître à jamais. Comme l’a dit John B. Root, le cinéma porno est mort le jour où les tournages en 35 mm se sont arrêtés.

Mais ça, c’est une autre histoire…

 

 

Commentaires
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JCL83
Le 10 février 2011 à 13:46

Dossier bien détaillé, quel travail arrassant à du etre les visionnages, félicitation pour votre devouement (devotion en anglais qui n'a rien a voir avec Devoutness, pas avec un sujet pareil!!).
C'était une autre époque avec de bons souvenirs et des sensations differentes a ce que le porno nous offre aujourd'hui. Plastique impeccables et non Limit...

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