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Michèle Morgan (1920-2016) : in memoriam

Par Francis Moury | Publié le | Mis à jour
Michèle Morgan (1920-2016) : in memoriam

Disparue à l’âge de 96 ans, la vedette de Quai des brumes laisse derrière elle des rôles immortels et une solide filmographie en Blu-ray et DVD…

Michèle Morgan

Disparue le mardi 20 décembre 2016 à 96 ans, Michèle Morgan, née Simone Roussel, a vécu part de son enfance dans une famille ruinée par la crise de 1929. Elle quitte Dieppe-sur-Mer, attirée par le cinéma, vers l’âge de 15 ans, en compagnie de son frère et s’installe à Neuilly chez ses grands-parents. Elle décroche immédiatement des rôles de figurantes, puis des rôles, tout en suivant le cours René Simon. Elle devient, avec Jean Gabin, une des icônes du réalisme poétique français de la fin des années 1930 grâce à des titres tels que Quai des brumes (1938) de Marcel Carné ou bien Remorques (1941) de Jean Grémillon. Durant les années 1950-1965, Michèle Morgan une des plus belles actrices françaises et une des plus populaires. Le cinéphile s’intéressant à sa vie, qui appartient autant à l’histoire du cinéma qu’à l’histoire de France, dispose d’un outil de première main puisqu’elle a sacrifié à la mode de l’autobiographie, en écrivant la sienne intitulée « Avec ces yeux-là » (1977). Elle fut mariée trois fois : au cinéaste américain William Marshall, à l’acteur français Henri Vidal, enfin au cinéaste et acteur français Gérard Oury.



Quai des brumes, de Marcel Carné (1938)

Sa filmographie réserve de belles surprises. Amoureuse de Jean Gabin, elle le suit à Hollywood où elle aurait pu faire une carrière de premier plan, pendant la Seconde guerre mondiale, si elle avait mieux parlé anglais et si le destin ne s’en était pas mêlé : Alfred Hitchcock avait pensé à elle pour le rôle féminin principal de son Soupçons (Suspicion, 1941) qui échut finalement à Joan Fontaine récompensée par un Oscar. La Warner voulait aussi Michèle Morgan en premier choix pour jouer le rôle féminin vedette de Casablanca (1942) de Michael Curtiz mais la RKO qui la tenait sous contrat, refusa de la céder. Le rôle échut donc à Ingrid Bergman. Dans Passage to Marseille (1944), Michèle Morgan joua finalement aux côtés d’Humphrey Bogart et sous la direction de Curtiz dont elle conserve d’ailleurs un très mauvais souvenir professionnel. Son meilleur rôle américain, entre 1941 et 1946, est peut-être bien l’étonnant film noir L’Evadée (The Chase, 1946) d’Arthur Ripley d’après une histoire démentielle de Cornell Woolrich dans lequel elle est vraiment très belle en femme fatale, aux côtés de Steve Cochran et de Peter Lorre.

De retour en Europe, elle est récompensée à Cannes pour La Symphonie pastorale (1946) de Jean Delannoy d’après le roman d’André Gide mais on peut préférer, aujourd’hui, le glamour qu’elle déploie dans le plastiquement très beau péplum Fabiola (1949) d’Alessandro Blasetti (sorti en DVD en deux parties : 1ère époque et 2ème époque), un des meilleurs titres intermédiaires entre le premier âge d’or muet du genre et son second âge d’or parlant de 1957 à 1965. Elle retrouve un érotisme plus charnel dans Les Orgueilleux (1953) de Yves Allégret (qu’il ne faut pas confondre avec Marc Allégret, cinéaste avec qui elle tourna étant plus jeune) aux côtés de l’acteur Gérard Philipe. Erotisme assumé modestement et sans provocation inutile mais bien réellement, durant l’ensemble des années 1950-1965. Elle sait jouer et faire vivre un personnage. Qu’il s’agisse du Obsession (1954) de Jean Delannoy, film noir d’après Woolrich ou de Les Grandes manoeuvres (1955) de René Clair, une comédie dramatique historique, qu’il s’agisse de Les Yeux cernés (1964) de Robert Hossein, film noir policier ou, enfin, de Les Centurions (Lost Command, 1966) de Mark Robson d’après Jean Lartéguy. Ce film de guerre (l’un des meilleurs tournés sur les conflits d’Indochine et d’Algérie) peut être considéré comme son dernier grand film classique : elle y est encore très belle. En Italie, on lui aurait proposé le rôle de Jeanne Moreau dans La Notte (La nuit) (1961) de Michelangelo Antonioni mais elle l’aurait refusé. Son élégance égale sa beauté, durant toute cette période 1945 à 1965.

Michèle Morgan

Sa période faste est achevée : elle apparaît entre 1965 et 1999 dans quelques films et téléfilms, à peine une quinzaine, demandée par des cinéastes tels que Claude Lelouch (Le Chat et la souris, 1975) ou Michel Deville (Benjamin ou les mémoires d’un puceau, 1968) dans des films très populaires mais dénués du cachet syntaxique de la génération de la qualité française des années 1950 que symbolisait, à juste titre, un cinéaste tel que Jean Delannoy. La Nouvelle Vague française, par ailleurs, la bouda entre 1955 et 1965 et… elle le lui rendit bien.


 

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Ded
Le 21 décembre 2016 à 21:18

Bien sur, la perte professionnelle n'est plus d'actualité et de toutes façons secondaire puisque prévaut toujours la dimension humaine par le drame que représente toute disparition. Heureusement, il reste aux cinéphiles la vidéo et l'assurance de l'immortalité dans la mémoire de sa famille pour qui j'ai une pensée compassionnelle...

A titre anecdotique, en 1992, grâce à une relation, j'ai eu l'opportunité de me trouver parmi les officiels à l'inauguration du Musée Jean Gabin à Mériel. Insatisfait du point de vue (Claude Piéplu notamment, pourtant guère plus grand que moi, était de ceux qui "bouchaient" mon horizon), j'ai hissé prestement mon mètre 70 sur un plot providentiel, juste le temps d'apercevoir, aux côtés de Jean Marais entre autres, Michèle Morgan. Machinalement, pendant une fraction de secondes, elle a donc porté fortuitement son regard clair, lumineux, vers cette tête qui jaillissait de la foule, juste le temps qu'il pénètre le mien et imprime à jamais dans ma mémoire la magnitude qui s'en dégageait. J'ai alors mesuré la véritable ampleur de ce que je n'avais pu appréhender que par le prisme de l'écran et cela reste un souvenir inoubliable...

 

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