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Adieu à Stéphane Audran

Par Francis Moury | Publié le | Mis à jour
Adieu à Stéphane Audran

Stéphane Audran, « Femme infidèle » au cinéma (et ex-épouse à la ville) de Chabrol, a rejoint le réalisateur…

La Femme infidèle

Stéphane Audran est une des plus belles actrices françaises de l’histoire du cinéma parlant. De son vrai nom Colette Dacheville, née à Versailles, elle épousa l’acteur Jean-Louis Trintignant puis le cinéaste Claude Chabrol. Ses yeux et le reste de son physique auraient suffit à en faire une star à l’époque du cinéma muet mais le fait est que sa diction et son timbre de voix furent non moins remarquables et qu’elle en usa admirablement. Le coeur névralgique de sa filmographie s’échelonne de 1968 à 1973, très courte mais très riche période durant laquelle elle compose pour le cinéaste Claude Chabrol des personnages saisissants de femme fatale à l’érotisme racé, dans des titres originaux au carrefour du film noir policier, du drame psychologique, voire parfois, à la faveur d’une séquence inspirée, du film fantastique ou érotique.

La Femme infidèle

Son premier rôle vraiment intéressant est celui qu’elle tient non pas dans Les Cousins (1958) de Chabrol ou dans Le Signe du lion (1959) d’Eric Rohmer mais dans Les Bonnes femmes (1960) de Chabrol. Son personnage y menait une mystérieuse double vie : modeste employée le jour, actrice le soir mais paradoxalement trop timide pour l’avouer à ses camarades de travail. Il faudrait savoir s’il y avait une part de mise en abîme dans ce rôle auquel elle conférait déjà une sourde densité. Il faut ensuite, après des rôles plus ou moins fonctionnels dont elle s’acquitte honorablement, attendre Les Biches (1967) de Chabrol pour que sa personnalité s’impose vraiment : elle y incarne, aux côtés de la troublante Jacqueline Sassard (*), une fascinante lesbienne finalement séduite par un homme, signant sans le savoir sa propre perte après avoir été l’objet du désir réciproque de l’une et de l’autre. Le meilleur titre de sa filmographie demeure probablement La Femme infidèle (1968) de Chabrol. À nouveau photographiée en écran large 1.66 dans des images raffinées signées par le directeur photo Jean Rabier, dans une histoire à nouveau écrite par Chabrol et Paul Gégauff, sur une musique encore composée par Pierre Jansen, elle s’avère au sommet de son art et de sa beauté, cette dernière purement fatale à son époux (joué par Michel Bouquet) comme à son amant (joué par Maurice Ronet). Cet aspect discrètement fantastique et surréaliste de mante religieuse est admirablement conservé, dissimulée sous un réalisme apparent, par sa relation avec le psychopathe (joué par Jean Yanne) dans l’admirable Le Boucher (1969). Juste avant la nuit (1971) et Les Noces rouges (1973) maintiennent cette virulence plastique et dramaturgique : elle y est le pôle plastique comme dramatique de ces récits policiers, celui de 1973, au casting à nouveau remarquable, adapté d’un célèbre fait-divers virant ici à l’amour fou au sens pur du surréalisme. Il était naturel, du coup, que sa route croisât celle du cinéaste surréaliste par excellence, à savoir Luis Bunuel qui lui confie un des rôles principaux du Le Charme discret de la bourgeoisie (1972).

La Femme infidèle

Ensuite, le succès atteint, le style de Chabrol devenant régulièrement vampirisé par celui de la télévision et ses contraintes commerciales, ses rôles deviennent moins recherchés et plus convenus. À l’occasion, sa filmographie chabrolienne peut encore offrir belle surprise : elle joue ainsi une très étonnante belle-mère dans Violette Nozière (1978). Sans oublier les inévitables curiosités parsemant une carrière d’environ 110 rôles répertoriés entre 1957 et 2008 : une apparition dans le film de guerre Au-delà de la gloire (The Big Red One, USA, 1980) de Samuel Fuller, un rôle dans le film d’horreur et d’épouvante fantastique Les Prédateurs de la nuit (Fr.-Esp. 1987) de Jesus Franco.

Il faudrait qu’un distributeur nous restitue un jour les titres de son âge d’or 1967-1973 en coffret restauré Blu-ray Full HD ou UHD, dans des copies argentiques bien restaurées, soigneusement numérisées. Les Biches demeurent, en DVD, son titre techniquement le mieux restauré.

(*) et non pas « Jacqueline Bisset » comme on pouvait le lire ces jours-ci dans Le Figaro. Le niveau de beauté équivalent et l’identité de prénom, outre la concordance historique d’activité des deux actrices, excusent à peine cette fâcheuse confusion.

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