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Disque vs digital : l'achat soluble

Par Stéphane Leblanc | Publié le | Mis à jour
Disque vs digital : l'achat soluble

Inspirés par une récente tribune de notre confrère américain The Digital Bits, nous revenons sur un débat qui n’a pas fini de diviser…

Le débat n’est pas nouveau et il a brouillé les pistes du marché audio bien avant de s’en prendre à la vidéo, mais à mesure que le « digital » nous envahit, que les plateformes de contenus fleurissent et que certains utilisateur pâtissent déjà des propriétés volatiles du marché digital, il est plus que temps de soulever à nouveau la question de l’achat physique vs l’achat numérique.

Bien que la mise à disposition illégale de contenus brouille la donne (nous ne reviendrons pas sur ce sujet), il est vrai que les nouvelles générations ont presque totalement perdu le contact avec les supports physique, que ce soit pour la musique, la vidéo et les jeux vidéo. De fait, le débat est presque plus générationel que philosophique.

La disponibilité et consommation immédiate où que l’on se trouve contre la nécessité de s’installer devant un matériel spécifique fait rage chez les plus jeunes. Mais ce côté pratique et immédiat oublie une notion importante qui prend en effet plus de corps avec l’âge, celle de la propriété.

C’est à moi !… ou pas…

Car avec le digital, dans la grande majorité des cas, le film que vous avez acheté ne vous appartient pas vraiment. Tout est question de droit d’accès. Ce que vous payez en réalité, c’est l’autorisation d’accéder au film… tant que le fournisseur vous en laisse la possibilité. Car quelque soit la somme dépensée et à moins que le fournisseur en question vous autorise à télécharger et conserver une copie de ce film (ce qui posera des problèmes de stockage), il peut à tout moment décider (ou être contraint par l’ayant droit - le studio) de retirer le film de son catalogue. Le dit fournisseur peut également être amené à mettre la clé sous la porte. Et dans l’un ou l’autre cas, aucun recours, il ne vous restera que les yeux pour pleurer.

Des exemples récents font état de versions françaises soudainement disparues ou de films effacés comme ce fut le cas pour ce Canadien qui a « perdu » 3 films sur iTunes. Le fin mot de l’histoire est qu’il a déménagé et changé de pays. L’ayant droit n’appliquant pas la même politique de distribution entre les deux pays, les films n’étaient plus « légaux » sur le nouveau territoire, d’où l’indisponibilité de films pourtant achetés et à peine remboursés. Cet exemple est assez extrême, mais il est symptomatique du phénomène de l’achat qui ne donne pas la pleine propriété du bien. Sans exagérer, on peut même imaginer qu’un réalisateur qui modifie son film après coup (vous avez dit George Lucas ?), impose aux distributeurs de ne donner accès qu’à la nouvelle version, que ça vous plaise ou non !

Y a-t-il un cinéphile dans la box ?

Si on considère le sujet sous l’angle de l’offre disponible, le digital a encore également un énorme chemin à parcourir. Les débits Internet actuels ne permettent qu’à une partie de la population d’avoir accès à la HD (quid de la 4K ?) et encore la qualité d’image n’a rien à voir face à celle d’un Blu-ray, la VO n’est pas toujours au rendez-vous, les bonus encore moins. Ça c’est pour la qualité, mais si on s’attaque à la quantité, mis à part les blockbusters et les incontournables, le catalogue est rachitique et peu cinéphile. Combien de titres ne verrons jamais le jour sur ces plateformes légales ? Cherchez un seul titre des catalogues Eléphant, Carlotta, ESC et consorts sur la Box de votre fournisseur Internet… bonne chance !

Le meilleur des deux mondes

Les éditeurs de supports physiques ont bien tenté un temps de concilier les deux marchés en proposant l’accès à une copie digitale du film acheté sur disque. Mais il faut bien reconnaître que les efforts n’ont pas été continus et qu’aujourd’hui, les propositions sont aussi compliquées que peu satisfaisantes avec des qualités d’image variables, des VO et sous-titres aussi rares qu’irréguliers et surtout des plateformes multiples sur lesquelles s’éparpillent les collections (UltraViolet, Flixster, Play Films, Nolim Films…).

Les deux univers peuvent aussi tout à fait cohabiter. On peut se contenter de la VOD pour des films dont on sait qu’ils seront quasiment toujours disponibles et se constituer une collection de patrimoine sur supports physiques (4K Ultra HD, Blu-ray, DVD).

Certains, las de la manipulation des galettes et des temps de chargement (sans compter les divers avertissements) préfèrent se servir de copies des films (issues de leurs galettes dûment achetées) via un serveur multimédia.

Mais finissons en rappelant qu’il est important de prendre conscience que dans le cas du digital, votre achat reste tout à fait relatif et potentiellement soluble dans les fameuses conditions d’utilisation…


L’article de The Digital Bits (anglais) : cliquez ici.
Le fil Twitter de l’acheteur canadien : cliquez ici.

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Commentaires
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Falastus
Le 11 octobre 2018 à 20:27

Bonjour,

Je me demandais à quel moment vous alliez enfin aborder ce sujet. Je vous ai assez cassé les pieds avec cela il y a quelques années, et cela m'a valu les foudres de bien d'entre vous. Depuis, je ne vous en ai plus jamais parlé.

Qu'elle est loin l'année 2004, où le marché de la vidéo physique avait atteint son pic, avec un chiffre d'affaire de 2 milliards d'euros. Je me rappelle d'un temps où les articles disaient que les Français aimaient avoir des vidéothèques chez eux. En 2017, ce marché atteignait péniblement 540 millions d'euros. Il aura fallu du temps aux professionnels de ce marché pour ce faire une raison : le marché de la vidéo physique est en déclin. Une majorité de gens, de plus en plus importante, ne veut plus s'encombrer d'une vidéothèque chez elle, préférant la vidéo dématérialisée. J'en suis encore à me demander ce qui est passé dans la tête des éditeurs pour créer des blu-ray 4K, vu la situation qu'ils vivent. J'espère qu'ils ne pensent pas que ce nouveau format va doper les ventes et donner un nouveau sursaut à la vidéo physique.

Vous parlez de cohabitation entre marché physique et marché digital, avec ses bons et mauvais côtés. En fait, de plus en plus de gens n'ont que faire des inconvénients de la vidéo dématérialisée. Nous sommes dans une société de consommation. Ces gens consomment une vidéo puis la jette et ainsi de suite. Ils ne la conservent plus. La SVOD, malgré des calalogues loin d'être exhaustif, une chronologie des médias peu avantageuse et une qualité d'image et de son parfois désastreuse, est très appréciée du public. La SVOD est le pendant vidéo des plates-formes d'écoute de musique en streaming, où la qualité audio fait souvent défaut. Mais ça convient au plus grand nombre.

Le marché de la vidéo physique subira le même sort que celui du marché l'audio physique, avec ses fameux CD-Audio. Ils existent encore mais leurs ventes sont devenus anecdotiques. Quels choix feront les gros éditeurs dans les prochaines années à venir ? Ce qui est certain, c'est qu'ils favoriseront le secteur qui leur rapportera le plus d'argent, c'est à dire la vidéo dématérialisée. Les petits éditeurs survivront-ils ? Je n'en sais rien. A terme, il est possible que les films de seconde zone ne soient plus proposés, si en physique ni en dématérialisé.

Il faut vivre avec son temps. Chaque personne subit des changements qu'elle n'aurait jamais voulu connaître. Le mode de consommation de la vidéo change. Il faut faire avec. Nous ne reviendrons plus en arrière.

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Ludo_88
Le 12 octobre 2018 à 19:29

Désolé Mr Falastus, mais vous avez toujours le même discours depuis des années qui est plus que discutable.

Il y a toujours eu une partie de la population qui ne s'interessait pas à l'acquisition. Ils louaient des VHS, enregistraient les programmes... Maintenant ils sont passé à la location en ligne.

Pour la musique, les éditeurs se sont sabordés tout seuls. Si le marché est en berne, c'est qu'ils ont tué le CD qui est devenu inécoutable a grand renfort de compression dynamique et autres Autotunes. Ce qui explique aussi le retour en force du vinyle...

Après, je ne vois pas pourquoi cela gêne certains qu'il y ait toujours des gens qui achètent du physique !!! Si les éditeurs continuent a sortir des disques, c'est qu'il y a un marché, encore plus en France ou le Blu-Ray 3D fait de la resistance a contrario d'autres pays et l'absence de 3D sur les TV actuels (mais toujours actif en vidéoprojecteur).

Mais du coup, certains éditeurs vont à l'économie avec des VF en simple DD, ou voir, ce qui arrive de plus en plus fréquament, l'absence totale de VF pourtant existante. Ce qui n'aide pas a faire vendre. D'ailleurs, je ne comprend pas pourquoi certains éditeurs partent du principe que si quelqu'un achète un Blu-Ray, c'est qu'il est forcément cinéphile et qu'il n'aime pas la VF. Donc pourquoi la mettre ? Quelle autre drôle d'idée.

Mr Falastus, c'est sur qu'avec des raisonnement pareil, on ne va pas sauver le supprot physique. Mais quand bien même, pourquoi cela gêne certains que l'on continu a acheter des disques ???

Tiens, je viens de commandes 3 Blu-Ray...

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Falastus
Le 13 octobre 2018 à 00:06

Effectivement, mon discours n'a pas changé. Je ne cherche pas à avoir raison. Je voudrais même avoir tord. Mais les données du CNC, associées à GfK, ne mentent pas : c'est du factuel. Le marché de la vidéo physique dégringole depuis 14 ans quand le marché de la vidéo dématérialisée augmente.

Contrairement à toi, je pense que les gros éditeurs ont fait et font encore diverses erreurs de stratégies commerciales. Celles-ci étaient déjà défaillantes avant l'avénement de la vidéo dématérialisée sauf que les consommateurs n'avaient pas le choix. Pour te prendre un seul exemple : les multiples éditions de films.

Un petit mot sur le blu-ray. Je pense que ce format continue à être élitiste. Il est consommé par des personnes exigentes. Une bonne partie des gens se contentent des DVD. Là aussi, il y a des données : bien qu'elles diminuent plus vite que celles des blu-ray, les ventes de DVD restent largement majoritaires.

Je n'ai jamais dit qu'il était gênant qu'un marché physique cohabite avec un marché digital. En revanche, je dis que le second sera plus fort que le premier. Dans mon premier commentaire, je ne dis pas que le marché de la vidéo physique va disparaître mais que le nombre d'éditions pourraient diminuer dans les années à venir. En ce qui concerne les petits éditeurs, ils sont aujourd'hui en survie.

Je n'ai pas adopté la vidéo dématérialisée, pour de multiples raisons, qui seraient trop longues à évoquer ici. L'article de DVDfr en mentionnent plusieurs. Cela ne m'empêche pas d'observer ce qui se passe autour de moi et de lire des données qui nous sont communiquées et qui parlent d'eux-même.

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