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Reportage : Au coeur des Vikings de Richard Fleischer

Par Giuseppe Salza | Publié le | Mis à jour
Reportage : Au coeur des Vikings de Richard Fleischer

Comment un projet d’édition de Blu-ray prend forme ? Rimini a invité DVDFr à suivre la réalisation de ce coffret collector prévu pour le 4 décembre…

Comment un projet d’édition de Blu-ray prend forme ? Quels sont les choix à prendre et les problèmes à surmonter auxquels un éditeur est confronté ? Grâce à Rimini Editions, qui nous a invités à suivre la réalisation de leur coffret collector Blu-ray + DVD + Livre Les Vikings (prévu pour le 4 décembre 2018, 29,99 €), nous allons répondre à certaines de ces questions.

Naissance d’un Blu-ray

La première décision forte d’un éditeur, est le choix d’un titre. Rimini Editions et les autres labels spécialisés dans les rééditions HD d’anciens films ou de titres de niche, se fournissent auprès de quelques sociétés — comme Hollywood Classics International ou Park Circus — qui sont spécialisées dans les cessions des droits vidéo de « deuxième fenêtre » dans le monde. En février 2018, Rimini a acheté les droits des Vikings pour 5 ans, la durée standard dans ce type de contrats.

Mais il y a un premier handicap à surmonter. Les catalogues de ces représentants ne contiennent presque pas des informations détaillées sur la nature et l’origine des masters à leur disposition ! Pour éviter les mauvaises surprises, un éditeur sait où chercher l’information, et peut compter sur un réseau de spécialistes, très à l’affût sur les principales rééditions en Blu-ray dans le monde. Cette veille éditoriale permet aussi d’identifier la présence de bonus récents.

Il y a aussi un problème d’ordre financier. « Les frais d’acquisition se paient en amont à la signature, et représentent une sortie sèche de capital. Les petits éditeurs comme nous ne peuvent pas rester longtemps avec un tel passif en trésorerie », explique Jean-Pierre Vasseur, le Directeur général de Rimini. Dès l’acquittement des droits, la course est engagée : planifier la sortie avec le distributeur, récupérer les éléments, et mettre en route la production dans un laboratoire, organiser le tournage des bonus maison, s’occuper du marketing.

Après les réunions commerciales avec ESC Distribution, Les Vikings a été calé dans le spot prestigieux des sorties culturelles du distributeur pour Noël. Le projet a été enrichi d’un livre de 166 pages, le premier consacré à Richard Fleischer en France depuis plus de 30 ans, et de bonus originaux. Un tirage de 3 000 exemplaires — une quantité généreuse pour un coffret indépendant vendu à 30 € — a été alloué.

Les Vikings
 

Dans le labo

L’encodage et la post-production des Vikings ont été réalisés chez TCS Vidéo, un laboratoire spécialisé avec plus de 40 ans d’expérience dans le grand et petit écran, passé du sous-titrage des copies 35 mm pour le cinéma et la réalisation de masters pour la télévision, à une plate-forme qui prend en charge toute la chaîne des formats numériques.

Première étape : la réception par transfert sécurisé du master HD restauré par la MGM (le détenteur des droits des Vikings). Les masters vidéo pour la HD se présentent comme des fichiers ProRes de 150 - 200 Go échantillonnés en YUV 4:2:2, en espace colorimétrique Rec. 709 10 bit. Le format « brut » n’est pas exploitable en l’état et possède une quantification des couleurs qui dépasse les normes du Blu-ray et du DVD. « L’encodage pour le Blu-ray (codec AVC, MPEG2 ou VC1) correspond à un espace colorimétrique Rec. 709 8 bits YUV 4:2:0, et celui pour le DVD (MPEG2) correspond à un espace colorimétrique Rec. 601 8 bits YUV 4:2:0 », explique Laurent Derynck de TCS. « Les logiciels d’encodage conservent la transparence colorimétrique mais quoiqu’il en soit, il y a forcément une perte, car on passe de 10 bits (source) à 8 bits (destination) ». Le rôle du laboratoire consiste en coller le plus possible au master image source, pour rendre imperceptible cet écart.

Image 1 : Master MGM / Image 2 : Blu-ray Rimini

Les masters sont généralement approuvés par un membre de l’équipe du film (si absent, un responsable attitré de l’ayant-droit). Mais le laboratoire de post-production a bien d’autres responsabilités : l’étallonnage, la restauration de la copie, et un sujet souvent sujet à débat : la gestion du grain.
 

Image 1 : Master MGM / Image 2 : Blu-ray Rimini

Une image « propre » ou « organique » ?

Le débat sur le grain est un sujet qui s’enflamme vite. Lorsqu’on édite un film « de patrimoine » (lire : tourné et monté sur pellicule 35 mm) comme Les Vikings, les éditeurs font face à un choix identitaire :
Option 1 : Nettoyer l’image et supprimer le grain naturel de l’argentique. Avantage : on obtient une image « propre et nette », conforme au look du cinéma numérique moderne. Handicap : on modifie l’identité visuelle du film. Et les filtres qui effacent le grain effacent aussi les détails de l’image.
Option 2 : Conserver la granulosité originale de l’oeuvre. Avantage : on respecte les conditions originales de l’oeuvre. Handicap : s’aliéner une partie important du public. Et en plus, qui nous dit que le grain respecte la volonté initiale du réalisateur, ou que c’était une nuisance dictée par la sensibilité ISO de la pellicule, et le manque de moyens pour éclairer suffisamment la scène ?

Image 1 : Blu-ray USA / Image 2 : Blu-ray Rimini

Rimini Editions se range plutôt dans la deuxième catégorie : « Nous essayons de respecter le texture originale de l’image, et qui correspond à la volonté de nos clients. Ensuite, nous recherchons un équilibre raisonnable pour valoriser le rendu du Blu-ray »

Un détail : les marques en haut à droite, qui prévenaient les projectionnistes de la fin imminente de la bobine, ont été effacées numériquement du Blu-ray des Vikings.

Image 1 : Blu-ray USA / Image 2 : Blu-ray Rimini


Des bonus originaux made in France (…et Belgique aussi)

La dotation du Blu-ray américain paru chez Kino Lorber se limitait à un seul supplément, « Une histoire de Norvège : featurette avec le réalisateur Richard Fleischer » (inclus dans le prochain Blu-ray Rimini en VOST). L’éditeur Rimini a décidé de tourner ses propres bonus et intégrer au coffret.

Les scouts de Rimini ont répéré et mis la main sur un document rare : une Interview d’époque de Kirk Douglas de 6’15”, réalisée par la télévision belge. Pour illustrer une Interview audio de Bruce et Mark Fleischer (fils du réalisateur), l’éditeur a trouvé d’autres pièces de collection : des images d’amateur pendant le tournage en France, au château de Fort la Latte, et conservée par la Cinémathèque de Bretagne. Le quatrième supplément de Rimini sur le Blu-ray est « Richard Fleischer raconte Les Vikings », une rencontre tournée à Hollywood en 1996 par Linda Tahir et Christophe Champclaux.

Kirk Douglas
Kirk Douglas à la télévision belge (fin années 1950 env.)

Pour boucler les suppléments, Rimini a dû faire face à une demande inédite de l’ayant droit : un droit de visionnage des bonus français par le service juridique de MGM, pour s’assurer qu’aucun propos ne puisse engager la responsabilité juridique du Studio. Explication : le changement des moeurs et la vague mondiale #metoo ont gagné les Studios hollywoodiens, qui veulent s’assurer qu’aucun individu, aucun groupe ou aucune minorité n’ont été stigmatisés ou harcelés pendant le tournage. Cette problématique risque d’impacter des rééditions dans les années à venir ; certains studios sollicitent des Blu-ray sans bonus car ils n’ont pas la possibilité d’évaluer les rechutes juridiques sur des bonus dans d’autres langues…

Depuis, la MGM a simplifié ses démarches, et demande désormais aux éditeurs de leur signer une décharge précisant que ces derniers assument la pleine responsabilité des propos tenus dans leurs propres bonus, et déchargent la responsabilité du Studio. La question reste ouverte pour d’autres Majors…

LES VIKINGS, de Richard Fleischer (1958), avec Kirk Douglas, Tony Curtis et Janet Leigh. Coffret Collector Blu-ray + DVD + livre de 166 pages. Editeur : Rimini Editions. Distributeur : ESC Distribution. Sortie le 4 décembre 2018 (29,99 €)
 

Lire également sur DVDFr : Avant-première et extraits de « L’énigme Richard Fleischer par Christophe Chavdia » le livre inédit de 166 pages inclus en exclusivité dans le coffret des Vikings (paru le 03/12/2018)

 

Crédits images : © Rimini Editions, MGM

 

Commentaires
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Rémy
Le 22 novembre 2018 à 21:09

La dé-responsabilisation technique de l'éditeur dans cet article est sidérante. Quelle référence, quelle analyse technique rigoureuse permet d'affirmer "que le grain dans un beau ciel bleu clair n’était pas voulu, et peut donc être attenué" ? Les Vikings est un film tourné en argentique. Du grain, il doit y en avoir. C'est un film qui a été tourné d'une certaine manière par des professionnels. Non seulement on ne parle d'une petite production, mais on rappelle que le chef op' du film est ni plus que moins que Jack Cardiff. Autant dire que ce n'est pas le dernier des manchots, et qu'il devait probablement savoir gérer la sensibilité d'une pellicule.

S'aliéner une partie du public ? Les Vikings est aussi un film dont le master HD antédiluvien n'est de toute façon pas au niveau d'une sortie HD. Limité visuellement, avec un grain épais et un rendu électronique, sans compter un étalonnage à l'ancienne pas respectueux pour un sou, comment peut-on discuter du bout de gras technique avec ça ?

C'est absolument sidérant de voir un tel choix éditorial, tant chez Rimini qui justifie ici le fait de bidouiller numériquement les masters qu'on leur donne alors qu'ils sont déjà bien assez mal en point, que chez DVD Fr qui ne remet tristement absolument pas en perspective les choix techniques effectués.

Pour le reste, je ne peux que renvoyer à l'excellent article de Nick Wrigley (co-fondateur de la collection britannique Masters of Cinema) dont le titre parle pour lui-même : Crimes against the grain.

Et de rappeler que la vraie question à poser à Rimini, c'est pourquoi ne pas plutôt faire en sorte d'éviter les films uniquement disponibles sur des masters HD aussi datés.

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Giuseppe Salza
Le 23 novembre 2018 à 10:57

Bonjour. Dans cet article, Rimini Editions n'a tenu aucun propos en faveur du dégrainage, c'est même plutôt le contraire ! 

Comme indiqué dans le texte, les avis sont très tranchés entre ceux qui réclament le respect de l'état argentique original de l'oeuvre (dont vous faites partie), et ceux qui souhaitent une image propre et remise à neuf (et qui sont tout aussi nombreux). Une phrase non attribuée à Rimini, et qui symbolisait justement la difficulté pour un éditeur de réconcilier ces deux mondes, a été mal comprise et a été retirée.

Vous motivez toutefois votre avis en vous appuyant sur des anciens titres publiés par Rimini. Ne tirez pas des conclusions hâtives sur un Blu-ray que vous n'avez pas encore vu. En visionnant un premier exemplaire test du Blu-ray des Vikings, je peux vous affirmer que le grain et les imperfections naturelles de la pellicule 35 mm ont été préservés.

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Rémy
Le 23 novembre 2018 à 14:41 - mis à jour le 23 novembre 2018 à 15:12

Je crois qu’on s’est trèèèès mal compris, et que vous n’avez surtout pas saisi le fond du problème technique que j’aborde.

 

Vous mettez Rimini en avant dans leur démarche technique qui implique, je cite, de « respecter la texture originale de l’image puis ensuite de rechercher un équilibre raisonnable pour valoriser le rendu du Blu-ray ».

Donc on respecte, mais on touche quand même. On respecte, mais on repasse derrière pour « valoriser le rendu du Blu-ray » (allez savoir ce que ça veut dire, concrètement parlant).

Sauf qu’on parle ici de faire cela sur un vieux nanar de chez MGM qui a environ 15 ans, disponible aux USA et en Angleterre depuis quelques temps maintenant, et dont le rendu limité et un peu électronique, le grain épais typique des scans HD de l’époque et totalement dépassé, et l’étalonnage un peu trop rosé pas respectueux de la photo d’origine sont publiquement connus.

A partir de là, pas besoin de voir le disque Rimini pour constater ces bases techniques qu’aucun travail spécifique ne pourra améliorer. Les imperfections naturelles que vous avez vu n'ont probablement rien à faire ici, d'ailleurs, et auraient été corrigées lors d'une nouvelle restauration. Parce qu'une image propre et remise à neuf, c'est précisément ça : un scan récent capturant la véritable texture de la pellicule, un étalonnage non biaisé, mais un nettoyage et une stabilisation aussi. Et surtout, un aspect naturel non bidouillé.

Ici, tout ce que Rimini peut faire, c’est prendre ce master, et le filtrer numériquement. Si c’est un peu trop granuleux, on lisse. Si c’est un peu trop doux, on accentue. On peut retoucher un peu le gamma, le contraste, la luminosité. Les couleurs, bien plus rarement (parce que ça implique du matériel plus important et coûteux, la plupart du temps).

Mais tout ceci se fait contre le master d’origine. Sauf à refaire une restauration complète à partir d’éléments physiques, il n’y a pas de latitude technique pour améliorer le rendu visuel autrement qu’à la marge.

De fait, je suis surpris qu’on puisse écrire cet article à teneur technique avec un manque de recul pareil sur ces limites, limites qui devraient pourtant inquiéter bien avant quoique ce soit d’autre, parce qu’en partant d’un master pareil, l’esthétique originelle de l’œuvre, le grain argentique de sa pellicule et sa texture ne seront pas reproduits fidèlement quoi qu’il arrive.

 

Le travail de Rimini montré comme nuancé et pertinent se résume ici en fait à savoir si on met plutôt un pansement ou un bandage sur cette jambe de bois. Alors on pourra se gargariser de la technicité nécessaire pour poser correctement un pansement ou un bandage sur une jambe de bois, mais on peut aussi se surprendre que personne ne semble pointer que cela reste une jambe de bois et qu’on en parle, à la place, comme si c’était une opération neurochirurgicale marathon.

 

Enfin :

« Comme indiqué dans le texte, les avis sont très tranchés entre ceux qui réclament le respect de l'état argentique original de l'oeuvre (dont vous faites partie), et ceux qui souhaitent une image propre et remise à neuf (et qui sont tout aussi nombreux). »

Le rôle d’un professionnel est précisément de ne pas avoir à poser la question. Rigoureusement, techniquement, c’est à lui à savoir comment respecter l’esthétique et la photo de l’œuvre éditée. Imaginez cela appliquer à un dentiste, un chirurgien, un pilote de ligne, un mécanicien. Vous croyez qu’ils consultent le public avant de poser un diagnostic et proposer un traitement ? Non, leur travail est de savoir de quoi ils parlent, et donc comment faire leur métier correctement. Et prendre des décisions en fait partie, même si cela implique de laisser un film granuleux tranquille. C’est non seulement déresponsabilisant de laisser penser le contraire, et que le « choix du public » (qui, par définition, n’a pas pour vocation d’être expert sur le sujet) doit entrer dans l’équation, mais c’est en plus déplorable pour les éditeurs qui ont cette rigueur et cette fibre technique et éditent de façon respectueuse des films parfois visuellement exigeants. Il n'y a pas "deux mondes à réconcilier", mais des oeuvres à respecter et rien d'autre.

C’est précisément l’augmentation de cette rigueur chez de nombreux éditeurs indépendants (et chez certains studios) qui a tiré vers le haut la qualité générale des restaurations et commencé à sortir du circuit des masters HD obsolètes. C’est précisément l’absence de cette rigueur technique (et des connaissances et compétences qui vont avec) qui font que des outils numériques comme l’Edge Enhancement ou le DNR continuent d’être utilisé à mauvais escient.

Libre à chacun ensuite de penser que tous les avis des clients se valent et que si certains trouvent que Massacre à la tronçonneuse est trop granuleux, il faut autant les écouter que ceux qui rappellent que c’est un film tourné en 16mm et que sa texture d’origine, c’est ça et c’est comme ça.

 

On ne change pas les couleurs du Nu sur une plage de Picasso parce que le public trouve cela trop jaune.

 

Bref, j'apprécie habituellement vos articles du genre, et il est toujours intéressant de pouvoir accéder aux coulisses d'une édition, mais là, ça manque tellement de discernement technique que c'en est déprimant.

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