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Zombie 4K : Interview de Luciano Vittori Jr.

Par Giuseppe Salza | Publié le | Mis à jour
Zombie 4K : Interview de Luciano Vittori Jr.

ESC a financé une nouvelle restauration 4K et une édition UHD pour le 40e anniversaire du film mythique de George A. Romero. DVDFR a suivi le projet

À l’automne 2018, suite à une campagne de financement participatif très suivie pour la réédition de Zombie (1979) de George A. Romero, à l’occasion de son 40ème anniversaire, ESC Editions a décidé d’ajouter une sortie 4K Ultra HD en complément d’un coffret 4 Blu-ray déjà spectaculaire. Avec une arme secrète : ESC a financé une nouvelle restauration 4K du film à partir d’une source interpositif, sous la supervision de Michael Gornick, le directeur de la photographie du film. L’éditeur s’est rendu à Rome et a confié le travail à la société Backlight Digital de Luciano Vittori Jr., dernier représentant en date d’une lignée d’artisans qui a supervisé les copies 35mm d’une bonne partie du cinéma transalpin du dernier demi-siècle. Interview.

(les images du film sont des screenshots issus de la nouvelle restauration 4K par ESC)

- À l’âge du 35mm, le cinéma avait une architecture visuelle différente. Quels sont les défis pour remasteriser de nos jours, pour un public habitué à la netteté des contours et au détail dans les basses lumières, un film comme Zombie de Romero tourné il y a 40 ans, et sans trahir l’esprit de l’oeuvre ni le contexte artistique de l’époque ?

Le respect de l’oeuvre originale est l’élément clé de la philosophie de notre entreprise. Ainsi, nous n’appliquons aucun « filtre » hormis la stabilisation de l’image. Le grain et les éventuelles erreurs techniques doivent être préservés. Le reste est effectué à la main, image par image. L’edge enhancement est géré lors du scan du film. Le vrai travail consiste en la correction de la couleur. La mission est de respecter l’oeuvre à 100%, telle qu’elle avait été conçue et tournée à l’époque, sans intervenir sur la structure de l’image mais en s’autorisant quelques clins d’oeil vers des « habitudes modernes » comme les noirs plus bouchés et les hautes lumières plus fortes. Pour cela, l’aide et les conseils du directeur de la photo de Zombie, Michael Gornick, nous ont beaucoup aidé. Michael nous a donné des indications précises sur les niveaux plan par plan. Nous avons aussi travaillé de près sur le ratio, et notre copie de Zombie offre une portion d’image utile plus importante que les précédentes (note : le ratio 1.85 a été respecté et non pas coupé à 1.78).

Zombie

- Comment avez-vous été engagé par ESC et de quel type de source du film avez-vous bénéficié ?

ESC nous a contacté grâce à l’ayant-droit de Zombie, Michele De Angelis, qui nous connaissait car notre ancienne structure LVR s’était déjà occupée d’un ancien master de Zombie.

Nous avons travaillé à partir d’un interpositif en version italienne. Sa qualité était incroyable, si l’on tient compte qu’il ne s’agit pas d’un négatif. Notre partenaire Video Master Digital a réalisé un scan impeccable. La pellicule avait plusieurs imperfections superficielles, causées par des décennies d’usage et de bains chimiques. Grâce a quelques techniques, nous avons été en mesure d’obtenir des images bien définies et assez propres dès le premier passage.

- Quel équipement utilisez-vous ? Pouvez-vous éliminer les rayures, la poussière et les autres sources d’usure du film ?

Le travail a été effectué entièrement sur un système Digital Vision Nucoda, Phoenix et Look, et nous avons recouru au DaVinci Resolve pour quelques interventions. Notre système permet de gérer l’image en lui appliquant une série d’outils, de l’élimination de la saleté à la stabilisation de l’image, jusqu’à la reconstitution de la luminosité, qui est l’un des handicaps des sources argentiques d’un certain âge.

Zombie

- Zombie était un film militant tourné avec plusieurs extérieurs, une caméra en mouvement et des moyens limités pour éclairer le plateau. Quelles difficultés avez-vous rencontré dans le mastering pour ressortir le piqué et les détails qui font le « wow effect » du 4K ?

Le wow effect vient principalement de la résolution et de l’étalonnage de l’image. Nous avons mené un travail fin sur la gestion du rouge, la couleur de référence du film, mais sans affecter l’équilibre chromatique de l’image. Notre grande difficulté a été le traitement des intérieurs. La présence de plusieurs éclairages au néon, qui n’avaient pas été corrigés pendant le tournage, avait généré des problèmes de scintillement que nous avons dû corriger plan par plan. Nous avons essayé aussi d’atténuer des problèmes de stabilisation de l’image.

- Le DP Michael Gornick a piloté des Etats-Unis la supervision du mastering. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Nous avons mené notre collaboration à travers la Review Page de la plate-forme Vimeo. Nous lui envoyions les fichiers de chaque bobine 35mm en mode sécurisé et protégé par mot de passe. De son côté, Michael faisait son visionnage et nous renvoyait ses notes et indications plan par plan, sur les problèmes à résoudre. Ça a été un process incroyablement rapide et précis.

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- Quels étaient les segments principaux où vous avez travaillé ensemble. Et quelles étaient ses demandes ?

Les séquences les plus complexes ont été sans doute celles du début, à l’extérieur du studio télé, et celles dans le centre commercial. Nous avons travaillé dur sur la densité et sur les couleurs pour atteindre la qualité photographique demandée par Michael. Il nous a souvent demandé de préserver les basses lumières et de d’amplifier l’obscurité et la pénombre. Nous avons été très fiers de recevoir certaines remarques très élogieuses de sa part, comme « c’est exactement ce que Romero recherchait ».

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- Vous avez décidé de ne pas recourir à l’HDR car lors de tests comparatifs, le résultat était moins bon. Une constatation similaire a été faite par des spécialistes de Gaumont, qui ont vu que le SDR avait un rendu plus efficace sur certains vieux films de patrimoine. Quelle en est la raison ?

La pellicule 35mm des films dispose bien des informations nécessaires pour justifier une restauration en HDR. La vraie question ne concerne pas la quantité d’informations captées par la numérisation, mais plutôt le « langage visuel » de l’oeuvre. En ce moment nous sommes en train de travailler sur plusieurs restaurations en HDR, mais le choix d’y recourir ou pas dépend du film.

En général, on peut dire que le HDR est un « langage » qui est davantage adapté aux films modernes (moins de 30 ans), et pas à des titres plus anciens comme Zombie, qui n’avaient aucun recours au numérique. Il suffit de considérer qu’une séance en salle a une luminance entre 100 et 250 Nits, tandis qu’en HDR on grimpe facilement à 1000 ! Si je devais donner un conseil à un client, je dirais que l’HDR est davantage indiqué à une « Version remasterisée » où on réalise une palette visuelle plus moderne, plutôt qu’aux « Versions restaurées » où on respecte la source. La différence vient de la richesse de la densité chromatique de l’image. Cela n’empêche qu’on puisse aussi avoir recours à l’HDR pour tenter d’obtenir des contrastes et un rendu fidèles au film original.

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- Parlez-nous du mastering des pistes audio du film…

Nous nous sommes occupés de la récupération d’éléments qui avaient déjà bénéficié d’un gros traitement de réduction du souffle et un nettoyage des différents click/pop, en plus de l’égalisation. De notre côté, nous avons surtout travaillé sur la synchronisation. En effet, notre copie contient 100% de l’information présente sur l’interpositif.

- Pouvez-vous nous donner quelques informations sur vous et votre société Backlight Digital ?

Je suis le petit-fils de Luciano Vittori, qui s’occupait de l’étalonnage et des duplications 35mm pour des centaines de films italiens. J’ai grandi dans les entreprises de famille, Luciano Vittori s.p.a., LVR et LVR Digital. Après la fermeture de LVR, j’ai créé une nouvelle structure avec ma femme, la Backlight Digital, et nous nous spécialisons dans la post-production et la correction de la couleur, ainsi que dans la restauration et la gestion de contenus.

Nous faisons nos premiers pas dans le marché international, mais nous avons jeté les bases pour nous imposer comme l’une des sociétés de référence avec la capacité d’effectuer des travaux de restauration/remasterisation de qualité avec un fort rapport qualité-prix.

Nous avons travaillé sur des films du catalogue Unidis comme L’intrusa et des Maciste, qui ont requis une grosse charge de travail mais ont été finalisés en 4 semaines. Notre travail concerne aussi la reconstitution de banc titres et de bandes overlay, à travers la CGI ou des techniques traditionnelles. Les génériques de Zombie ont été totalement refaits, en détourant les titres originaux et en leur redonnant l’effet typique des impressions d’époque, mais en bénéficiant d’un arrière plan transparent, de bien meilleure qualité que celui de l’époque. Un autre exemple de notre travail a été la restauration des génériques de Suspiria, grâce à une reconstruction vectorielle des titres d’ouverture et à la génération d’une police dédiée de caractères du générique de fin, la plus fidèle possible à l’originale. Et dans les films frais, nous travaillons sur les sorties italiennes de films internationaux comme L’homme qui tua Don Quichotte ou le nouveau reboot de Hellboy.

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- Parlons des liens entre la restauration et la préservation. Aujourd’hui on assiste à un boom des remasterisations ou restaurations en 4K. Toutefois, ce travail ne résout pas nécessairement l’enjeu de préservation du cinéma, et chaque année des milliers de films se perdent à jamais. Selon le CNC, pour capturer l’information incluse dans un photogramme 35mm, il faut 8K pour le ratio 1.85 et 14K pour le ratio 2.35. Est-ce que nous nous approchons du moment où une restauration permettra aussi de créer une version numérique « sans perte » de l’oeuvre, qui perdurera à travers les années ?

Bonne question ! Le problème à mon avis, n’est pas tant une question de résolution, mais plutôt de densité des informations. La problématique concerne les formats de scan de l’oeuvre. Le jour où nous pourrons générer une numérisation en format raw, non compressée, et avec une gamme dynamique la plus élevée possible, alors nous pourrons parler de conservation.

Mais il faudra composer avec les technologies qui évoluent sur la base de logiques commerciales incompréhensibles. Aujourd’hui nous vivons dans une époque où les plates-formes de vidéo à la demande streament du contenu 4K avec le même bitrate qu’un DVD réalisé il y a 15 ans ! À mon avis la meilleure réponse est encore d’améliorer la préservation des produits photochimiques, car à ce jour il n’existe pas de technologie numérique « définitive » qui puisse nous permettre de remplacer le support physique.

Luciano Vittori Jr.
Luciano Vittori Jr., le directeur de Backlight Digital


Zombie UHD + copie digitale, Edition Collector 40ème anniversaire. Nouveau master SDR supervisé par Michael Gornick. VF, anglaise et italienne en 5.1 DTS-HD Master Audio, sous-titres français. Bonus. Sortie le 31 mai 2019. Edité par ESC Editions (Amazon : 39,99 €)

Crédits images : © ESC Editions, Backlight Digital

 

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