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DOSSIER : A la découverte de Rimini Editions

Par Giuseppe Salza | Publié le | Mis à jour
DOSSIER : A la découverte de Rimini Editions

A l’occasion de la sortie de Khartoum en coffret collector, nous rencontrons ce spécialiste de perles rares et séries B de patrimoine, et son fondateur Jean-Pierre Vasseur…

Habitué des pages de DVDFR et des rayons culturels des revendeurs, Rimini Editions est l’un des noms incontournables des rééditions des films de patrimoine et des OVNI méconnus. Avec la sortie cette semaine en coffret collector du kolossal de Basil Dearden Khartoum (1966) et les parutions de classiques vintage du cinéma « slasher » (dont Le Bal de l’horreur), nous partons à la découverte de cet explorateur solitaire de l’édition vidéo.

Créé le 29 octobre 2012 avec un catalogue de quelques documentaires de voyages, des titres musicaux édités pour le compte d’un label tiers (AAA) et une poignée de films éclectiques (The United States of Leland, la réédition en Blu-ray de Gangster Number One ou la première adaptation sulfureuse de La Vénus à la fourrure avant celle de Polanski), Rimini Editions est devenu un label indépendant respecté, spécialisé dans le cinéma de patrimoine et films rares. Il aligne un catalogue de 500 titres (parmi lesquels 85 Blu-ray), et un rythme de croisière désormais établi sur 30-35 sorties, presque toutes avec des masters HD de qualités et des bonus « éditorialisés ».

Rimini, qui empile les parutions à travers 3 distributeurs, est pourtant une société à 1 seul salarié ! Ce label est un one-man-show éditorial de Jean-Pierre Vasseur, homme infatigable aux multiples casquettes, un grand passionné de cinéma qui a consacré toute sa carrière au métier de la vidéo, d’abord chez Fil à Film à l’époque de la VHS et ensuite chez feu Opening (ensuite Filmedia) au début du DVD. Il peut compter sur des personnes de confiance (les anecdotes et les archives de Marc Toullec pour les livrets, Christophe Chavdia pour les ouvrages), des laboratoires fidèles, et un large réseau de contacts. Jean-Pierre Vasseur passe les journées à sélectionner les futures sorties dans les détenteurs des droits (un travail d’archéologue dans certains cas), réfléchit au calendrier des sorties, garde un oeil sur la situation des masters HD et des bonus disponibles ou a produire, répond aux mails et s’assure que tout est en ordre sur les éléments à encoder ou les livrets. Il dit : « Il est essentiel de tout suivre, parce que si on laisse passer une faute d’orthographe, c’est la seule chose que les gens remarqueront ».


(nouveau master HD de Khartoum)

Rimini a trouvé son identité éditoriale dans les 2 dernières années, avec un recentrage vers le Cinéma de Patrimoine (les films avec plus de 10 ans d’âge, selon la définition officielle du CNC), qui constitue désormais 80% de sa production. Le label organise ses sorties à travers trois distributeurs — une politique « inhabituelle » mais qui lui permet paradoxalement de cultiver la variété de son catalogue. Voici comment :
 

Seven 7 : films récents et cinéma de genre

Ce distributeur reconnu s’occupe des sorties « récentes » de Rimini : des DTV russes (Forteresse), des films de genre (Les Rescapés) et quelques séries fraîches (Missing - Série intégrale).

 

Rimini leur a aussi confié une collection de films horror  « vintage » rares des années 70 et 80, qui rencontre un bon succès dans les points de vente. Le format : de nouveaux masters HD restaurés, des bonus variés (un documentaire britannique de 75’ sur les Slasher Movies sur l’un d’eux), des livrets illustrés de 28 pages signés Marc Toullec, des éditions combo en digipack et un prix de 24,99 €.

Premier titre de la collection, l’inédit Happy Birthday to Me de J. Lee Thompson (1981), sorti le 9 mai 2019, offre un cast éclectique, un festin d’anniversaire macabre et le documentaire mentionné plus haut en bonus. On monte d’un niveau avec le 2e film, Le Bal de l’horreur de Paul Lynch (1980), paru le 9 septembre dernier, l’un des trois slasher movies tournés par Jamie Lee Curtis à la fin des années ’70. Ce titre bénéficie d’un encodage de grande qualité (il y a même une VOST remixée en 5.1) et des bonus intéressants.

Après le méconnu Mutations de Jack Cardiff (1974) le 26 octobre, le film culte de Dan Curtis, Trauma (Burnt Offerings, 1976) arrivera le 8 novembre dans la collection. « C’est l’un des meilleurs films de maisons hantées que j’ai vu, et lorsque j’ai parcouru les suppléments du disque, j’ai appris que Trauma était l’un des films préférés de Stephen King et qu’il aurait même été l’une de ses inspirations pour Shining. On n’arrête pas d’apprendre des choses », résume Jean-Pierre Vasseur.


 
 

ESC Distribution : « epics », sorties cinéphiles et perles rares

Ce distributeur a sorti 8 films remasterisés de Billy Wilder édités par Rimini, ainsi que L’Invasion des profanateurs (1978), sa meilleure vente à ce jour (plus de 3 600 unités entre le Blu-ray et le DVD). Et c’est chez ESC que l’éditeur a publié le vaisseau amiral de sa production, le coffret collector de Les Vikings de Richard Fleischer (1958), paru en décembre 2018. Un pari dispendieux mais payant : l’édition a écoulé presque tout son tirage de 3 000 exemplaires. A cause de ses coûts élevés de fabrication (il inclut un livre illustré de 164 pages sur Richard Fleischer), Rimini commence à peine à rentabiliser le titre, mais s’est bâti un nom et une réputation parmi les cinéphiles.



(détail du livre de Khartoum)

Khartoum est le 3ème titre « grand spectacle » de cette gamme. Ce chant du cygne des « epics » a été le dernier film tourné au format Ultra Panavision 70 … jusqu’aux Les 8 salopards de Quentin Tarantino, et son immense profondeur de champ a été l’un des points forts du master HD MGM utilisé par Rimini. La production du coffret a débuté fin 2018. A la différence des Blu-ray anglo-saxons pauvres en contenus, Jean-Pierre Vasseur a financé le tournage d’une interview réalisée chez Fraser C. Heston (fils de Charlton), qui s’est avéré être très collaboratif. En France, les critiques Jean-François Rauger et Jean-François Baillon ont livré une analyse du film, tandis que l’équipe de Christophe Chavdia - superviseur du livre des Vikings - s’est orientée sur les (intéressantes !) coulisses du tournage, la personnalité du producteur et les biographies de El Madhi et Charles Gordon. Une interview d’un historien de cinéma, en VOST, a aussi été intégrée au DVD du coffret.

Entre les deux, Rimini a sorti en février 2919 un coffret combo sur le western d’Anthony Mann Les Affameurs (1952), incluant le facsimilé d’un numéro de la revue L’Avant-scène Cinéma consacré au film (on en parle davantage ici).


Arcadès : séries TV et rééditions en HD

L’axe principal de la programmation de Rimini chez Arcadès sont les séries TV et les formats longs. Début juin 2019, on a vu ici pour la première fois en DVD Commando Spatial - La fantastique aventure du vaisseau Orion - Intégrale de la série - alias Raumpatrouille - une sorte de réponse allemande à Star Trek mais de courte durée (7 épisodes sur la ARD en 1966), et plus récemment la série policière scandinave Maria Wern - Saison 1 ou la série documentaire vue sur Arte Les Maîtres des abeilles - La série.

En cinéma, il y a aussi quelques raretés. Films d’aventure et fantastique, comme L’Enfer des tropiques (1957), Le Continent oublié (1977), le classique méconnu du polar Le Quatrième homme de Phil Karlson (1952) - paru en combo avec livret de 32 pages - ou les rééditions collector d’Halfaouine - L’enfant des terrasses (1990) et Un été à la Goulette (1996) édités en collaboration avec le réalisateur Férid Boughedir.


Philosophie des éditions

Chez Rimini, la rentabilisation d’une oeuvre de patrimoine se fait sur une longue durée (9-12 mois). Le flux constant des sorties garantit le roulement des fonds pour financer les nouvelles éditions et offre un bouclier pour les ventes moins éclatantes. « Sur le ci!néma de patrimoine, le support physique est moins concurrencé par les plates-formes de streaming », explique Jean-Pierre Vasseur, « mais je pense qu’il y a eu un changement de génération de cinéphiles, et il est plus difficile de vendre les films produits avant les années 70. Les films de Billy Wilder sont plus longs à rentabiliser, et je pense que Cape et poignard (prévu pour le 15 octobre chez ESC), qui est pourtant un classique du polar d’espionnage de Fritz Lang, se vendra moins bien que les slashers ». Chez un éditeur cinéphile, le succès des uns permet de publier les autres.

Le Blu-ray permet encore de redécouvrir des films perdus. C’est le cas de Les Anges de la nuit (1990), un polar puissant de Phil Joanou avec Sean Penn et Ed Harris qui revient parmi les vivants le 5 novembre chez ESC après 16 ans de disette. « C’est l’un des meilleurs films de mafia du dernier quart de siècle, mais il n’a pas eu de chance et a été entraîné par la faillite de son studio Orion Pictures. Aux USA il a eu le malheur de sortir pratiquement en même temps que Les Affranchis. Il avait plu à la critique et il aurait dû être protégé, mais il n’y avait plus personne chez Orion. Phil Joanou pensait que son film était mort, mais au fil des années il a acquis la réputation d’oeuvre culte. Dans le disque il y aura une très belle interview avec lui. Et de notre côté, nous avons filmé une belle conversation avec Samuel Blumenfeld, qui est un gros fan du film ».

Au rayon des redécouvertes, il y aura aussi le 5 novembre chez Arcadès le face à face Cher-Winona Ryder dans Les Deux sirènes et le 3 décembre chez ESC Les Carrefours de la ville, un polar inédit de Rouben Mamoulian avec Gary Cooper (1931), prévu en combo mediabook.


 


« Deux sandwichs au pâté, SVP »

Les films sont parfois des images figées du temps qui s’écoule. On trouve un parfait exemple au début du chapitre 4 de Le Bal de l’horreur (la scène des deux personnages dans la voiture au fast-food). Si vous visionnez le film en anglais, à la minute 34’38 », le jeune homme dit à la serveuse « I’ll have a couple of burgers and large fries  (…)».

Mais la France de 1980 connaissait encore mal les fast-food et les burgers, et McDonald’s venait à peine d’atterrir dans l’Hexagone. En manque de repères, les doubleurs du film se sont résolus à traduire la phrase par « deux sandwichs au pâté et des chips », qui fait sourire aujourd’hui ! La scène se conclut avec un autre anachronisme — la fille demande un petit Diet Coke, mais comme le Coca Light n’avait pas encore traversé l’Atlantique, on l’a francisé par « juste un petit Coca ».



(détail du livret du Bal de l’horreur)


Tendances en 2020

- Collection « slashers » : en janvier, Rimini sortira le dernier titre de la mini-trilogie de Jamie Lee Curtis, Terror Train de Roger Spottiswoode (1980) (qui avait connu une édition DVD au milieu des années 2000). Il sera suivi par une rareté jamais parue en vidéo en France, The House on Sorority Row (1983).



- Le temps du châtiment (Young Savages), un drame social de John Frankenheimer de 1961, qui paraîtra aussi en galette pour la première fois. Et une nouvelle édition Blu-ray d’American Graffiti de George Lucas (1973) — l’ancienne référence se négocie actuellement à des prix de haute couture en marketplace,

- Une journée de fous (The Dream Team), une comédie que tout le monde avait oublié, produite en 1989 par la firme de Ron Howard, où quatre patients d’une clinique psy se font la malle pour résoudre un meurtre. Les répliques entre Michael Keaton et Christopher Lloyd sont désopilantes,

- 1 ou 2 nouveaux coffrets « grand spectacle », et les 2 derniers titres de la collection Billy Wilder de l’éditeur (Avanti ! et Spéciale première).

 

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