Happy End : le test complet du Blu-ray

Blu-ray + Copie digitale

2017. Réalisé par Michael Haneke
Avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant et Mathieu Kassovitz

Édité par TF1 Vidéo

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Le 13/02/2018
Critique

Happy End

« Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Pour Happy End, son douzième long métrage, Michael Haneke a voulu s’amuser, se faire plaisir. Bien entendu, ne vous attendez pas une gaudriole devant laquelle on se tape sur les cuisses. Non, ce que le réalisateur a voulu faire, c’est jouer avec la réputation de ses précédentes oeuvres controversées et abstraites, en insufflant un humour très sombre et grinçant dans un drame psychologique. Le cinéaste autrichien détourne certains codes du genre, comme s’il était devenu l’un des tueurs sadiques Funny Games, sachant que le spectateur, désormais « complice », venu voir son nouvel opus sera normalement au fait de ses intentions et thèmes récurrents. Dans Happy End (titre aussi ironique que Funny Games), le mal n’est plus montré explicitement à l’écran, pas vraiment du moins, mis à part durant certaines séquences liées aux réseaux sociaux, notamment l’ouverture du film.

L’action se situe à Calais, dans une famille de bourgeois, les Laurent. Industriels concentrés sur leurs affaires, ils « refusent » de voir la crise des migrants. Cette famille est perturbée par l’arrivée d’Eve (glaçante et troublante Fantine Harduin, vue dans Le Voyage de Fanny de Lola Doillon), treize ans, la jeune fille de Thomas (impeccable Mathieu Kassovitz), docteur et fils de George Laurent (Jean-Louis Trintignant, impérial), un vieil homme aigri et suicidaire. Chacun des membres de la famille cache un secret inavouable : Eve a des pulsions meurtrières et a tué sa mère dépressive en l’empoisonnant avec ses antidépresseurs ; son père Thomas trompe sa nouvelle femme frigide avec une violoncelliste, partageant avec lui ses fantasmes sadomasochistes sur Facebook ; Anne (Isabelle Huppert, étrangement effacée dans sa quatrième collaboration avec le cinéaste), la soeur de Thomas, est la mère de Pierre (fragile Franz Rogowski), un homme dépressif qui refuse de diriger leur société, marquée entre-temps d’un accident mortel sur un chantier, ce qui la pousse à se marier avec un homme d’affaires (l’excellent Toby Jones) ; le grand-père George, échouant à se donner la mort à de nombreuses reprises, avoue à sa petite-fille Eve qu’il a lui aussi des envies de mourir et qu’il a étouffé sa femme gravement malade. Ce qui crée évidemment un lien avec Amour, où l’acteur interprétait déjà le père d’Isabelle Huppert. Alors que de nombreux migrants se trouvent à Calais, les Laurent, malgré leurs névroses refoulées, tentent d’ignorer leur arrivée pour vivre comme si de rien n’était.

Happy End

Voilà en gros ce qui se déroule dans Happy End. C’est peut-être beaucoup, mais en réalité, le film ne démarre quasiment jamais et peine à trouver son rythme. L’ensemble s’apparente à une succession de saynètes et le ton tragi-comique qui a fait le sel d’autres longs métrages de Michael Haneke, ne prend pas cette fois. On attend toujours LA scène qui remuera un peu l’ensemble, sans que celle-ci n’intervienne. Evidemment, certaines séquences remuent, notamment tout ce qui concerne les personnages incarnés par Jean-Louis Trintignant et Fantine Harduin, qui représentent ici les deux extrêmes de la vie et qui se révèlent être aussi las et fatigués de l’existence. Jeunes et vieux sont donc logés à la même enseigne chez Haneke, tandis que les générations intermédiaires se contentent de faux-semblants, de jouer le rôle que le destin leur a distribué, en faisant fi des réalités sociales autour de leur royaume. Déjà qu’ils ne sont pas capables de s’intéresser et de s’occuper des événements dramatiques qui se jouent dans leur propre famille, ce n’est pas pour se préoccuper des migrants !

Toutes ces choses sont intéressantes quand on en parle, elles le sont beaucoup moins quand elles sont représentées à l’écran. Si la forme sèche et minimaliste rappelle Caché, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 2005, Happy End n’installe pas grand-chose et les personnages n’ont rien d’empathiques. Du coup, aucune accroche ne se fait, on assiste à ce défilé d’excellents comédiens plongés dans des décors froids. Alors qu’habituellement on ressort les nerfs à vif, agacés, bouleversés, d’un film de Michael Haneke, on est ici perplexe, avec la sensation d’avoir gagné un tour de manège supplémentaire, mais qui n’apporte finalement rien par rapport aux précédents, une fois les sensations connues et anticipées. Pour résumer, Happy End apparaît comme un film-somme qui se regarde avec un ennui poli.

Happy End

Généralités - 3,5 / 5

Le test du Blu-ray de Happy End, disponible chez TF1 Studio, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Bonus - 2,0 / 5

Un making of de vingt minutes accompagne cette édition. C’est ici l’occasion de voir Michael Haneke à l’oeuvre avec ses comédiens, conseiller Franz Rogowski pour la scène de danse, parler avec l’équipe des effets spéciaux pour quelques plans repris en postproduction, mettre en place ses plans avec une folle énergie. Les acteurs interviennent chacun leur tour afin d’évoquer leur collaboration avec le cinéaste. Ce dernier intervient également sur les thèmes explorés dans Happy End, ainsi que sur ses intentions. Quelques images de tournage viennent illustrer l’ensemble. En revanche, visionnez ce documentaire après avoir vu le film puisque toute l’histoire y est racontée du début à la fin.

Happy End

Image - 4,5 / 5

Les volontés artistiques du réalisateur et du chef opérateur Christian Berger (Le Ruban blanc, Caché) sont heureusement préservées à travers cet élégant master HD. La photographie est habilement retranscrite grâce à un encodage costaud. Le cadre subjugue dès les premiers plans, les couleurs froides et même glacées flattent la rétine, le piqué s’en sort avec les honneurs. Les contrastes sont assurés, les détails ne manquent pas, les blancs sont éblouissants et la profondeur de champ demeure soignée.

Happy End

Son - 4,0 / 5

Un seul mixage au programme, une piste DTS-HD Master Audio 5.1. Le confort acoustique est percutant, une spatialisation convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes sur les scènes en extérieur, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Happy End

Crédits images : © Les Films du Losange

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm

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