Coffret David Lean - Les premiers chefs-d'oeuvre : le test complet du DVD

Édition Collector

1944. Réalisé par David Lean
Avec Celia Johnson, Trevor Howard et Cyril Raymond

Édité par Carlotta Films

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Le 14/11/2011
Critique

Avant d’être le cinéaste mondialement reconnu pour ses fresques épiques, Lawrence d’Arabie, Le Pont de la rivière Kwai, Le Docteur Jivago, le metteur en scène David Lean (1908-1991) a commencé sa carrière en tant que serveur de thé aux studios anglais de la Gaumont en 1927. Tour à tour clapman puis troisième assistant-réalisateur, David Lean devient monteur professionnel en 1930 et son désir de passer derrière la caméra se fera de plus en plus ressentir. Impressionné par le talent de ce jeune monteur, le dramaturge britannique Noel Coward, déçu par les adaptations de ses pièces au cinéma (dont le Sérénade à trois d’Ernst Lubitsch réalisé en 1933), décide de prendre en main lui-même les transpositions de ses oeuvres sur le grand écran. Pour cela, il s’approprie les services du monteur David Lean et lui propose en 1942 de l’aider à la réalisation d’un film de propagande intitulé Ceux qui servent en mer. David Lean saute sur l’occasion et y met tellement de sa personne qu’il est crédité co-réalisateur au générique.

Fier de cette expérience qui a valu au film d’être nommé à l’Oscar du meilleur film et du meilleur scénario original en 1944, Noel Coward confie à David Lean l’adaptation de trois de ses pièces de théâtre : Heureux mortels (1944), L’Esprit s’amuse et Brève rencontre réalisés en 1945.


Heureux mortels

1919-1939. Pendant vingt ans, la famille Gibbons réside au 17 Sycamore Road, Clapham, au sud de Londres. Sur fond des grands événements de la vie politique et sociale en Grande-Bretagne, la vie des Gibbons déroule ses joies et ses peines, ses mariages et ses deuils, ses cocasseries et ses nostalgies…

Il est difficile de dénicher dans ce film (le premier en couleur du réalisateur) ce qui fera de David Lean le grand cinéaste britannique qu’il va devenir. Sous l’autorité de son parrain de cinéma, le jeune metteur en scène tente de donner du corps à la pièce de Noel Coward à travers quelques mouvements de caméra, limités par le quasi huis-clos de l’action, mais qui parviennent à intégrer le spectateur au coeur même de la maison principale. Impeccablement interprété, notamment par Robert Newton (le Long John Silver de L’Ile au trésor de Byron Haskin) et Celia Johnson (Laura dans Brève rencontre), le film pâtit d’un dialogue trop abondant et de l’absence de rebondissements. Néanmoins, David Lean se montre déjà beaucoup plus à l’aise dans les scènes dramatiques, véritablement poignantes, que dans les séquences plus légères finalement les moins marquantes et attachantes. Le charme de cette chronique familiale s’étalant sur vingt ans agit petit à petit et le portrait dressé de la petite bourgeoisie londonienne est particulièrement amer. A travers cette tranche de vie, c’est le portrait de tout un pays que dépeint le cinéaste, assez peu optimiste quant à l’avenir social et politique de son pays.


L’Esprit s’amuse

Romancier couronné de succès, Charles Condomine vient d’épouser en secondes noces la belle Ruth. Pour préparer son nouveau livre, il invite une voyante pour une séance de spiritisme qui a des conséquences imprévues. L’expérience réveille en effet le fantôme d’Elvira, la première épouse de Charles, qui décide de s’installer dans le manoir des nouveaux mariés.

Peu le savent, mais David Lean s’est essayé au registre de la comédie. L’Esprit s’amuse, une fois de plus adapté d’une pièce de Noel Coward, s’apparente à un vaudeville so british teinté de surnaturel. David Lean n’appréciait guère le genre de la comédie sophistiquée et malgré son peu d’affinités avec la fantaisie, il soigne la mise en scène de L’Esprit s’amuse en jouant sur les couleurs livides, renforçant la théâtralité de cette adaptation. Rien n’est sérieux dans ce film et les revenants apparaissant sous une couche fond de teint verdâtre fait encore sourire. Toutes proportions gardées, L’Esprit s’amuse divertit encore facilement aujourd’hui grâce au jeu distingué et souvent survolté du grand Rex Harrison et de Margaret Rutherford dont les transes parapsychiques demeurent hilarantes. Les dialogues sont amusants, le décalage entre le baroque et le surnaturel fonctionne plutôt bien, et même les effets spéciaux ont bien vieilli. Bien que charmant, le film demeure toutefois anecdotique dans la carrière de David Lean.


Brève rencontre

Sur un quai de gare, en banlieue de Londres, deux êtres, Alec et Laura, se rencontrent par hasard. Chacun est marié et heureux dans son quotidien bourgeois. D’une rencontre à l’autre, ils se revoient et tombent amoureux. Il leur faut alors affronter la tentation de l’adultère et les dangers du commérage. Ces brefs moments transformeront à jamais leurs existences jusqu’alors paisibles…

Quatrième et dernière collaboration entre David Lean et Noel Coward, Brève rencontre est le film avec lequel le cinéaste va prendre son envol. David Lean va cette fois s’approprier la trame originale en marquant le film de trouvailles visuelles inédites et singulières. Loin des légèretés de L’Esprit s’amuse, Brève rencontre contient les thèmes qu’il désirait traiter à l’écran : la passion amoureuse, l’ennui dans la vie de couple, l’amertume, la monotonie du quotidien, la tentation de l’adultère, éléments qui seront ensuite repris et traités dans Les Amants passionnés et Vacances à Venise. Devenu emblématique de l’Angleterre d’après-guerre, Brève rencontre n’a pris aucune ride et demeure un drame poignant, magnifiquement interprété par Celia Johnson et Trevor Howard. La scène du coup de foudre est renversante, les dialogues sont merveilleux. David Lean imprime chaque séquence par une idée de mise en scène ou de montage qui va contribuer à faire de lui l’un des réalisateurs britanniques les plus en vue. Ce mélodrame enivrant n’a d’égal que les plus belles oeuvres de Douglas Sirk, le maître en la matière.


Les Amants passionnés

Mariée au riche et bienveillant Howard Justin, Mary se souvient de son amour pour Steven Stratton. Elle avait d’abord fui la passion avant d’y céder. Des années plus tard, le couple Justin a retrouvé son harmonie, mais le destin fait se retrouver Mary et Steven…

En 1949, après deux adaptations de Charles Dickens (Les Grandes espérances et Oliver Twist), David Lean se voit contraint de reprendre en main un film qu’il ne devait au départ que parrainer. Adapté d’un roman de H.G. Wells écrit en 1913, Les Amants passionnés est d’abord pris en charge par Ronald Neame, fidèle collaborateur de David Lean pour lequel il a signé les photos de ses trois premiers longs métrages, ainsi que les scénarios et la production. Peu convaincu par le scénario pour lequel il recommande quelques révisions, puis par les rushes des premiers jours de tournage qu’il juge trop peu convaincantes, David Lean remplace Ronald Neame aux manettes. Rétrospectivement, Les Amants passionnés apparaît comme un film miroir à Brève rencontre. Trevor Howard fait le lien avec le premier film tandis que David Lean raconte une nouvelle histoire d’amour marquée par le thème de l’adultère et la violence de la passion amoureuse. Le réalisateur transcende son histoire par une mise en scène élégante et une direction d’acteurs flamboyante. Si le personnage incarné par Trevor Howard ne change pas trop par rapport à celui de Brève rencontre, la comédienne Ann Todd, dont David Lean tombe amoureux sur le tournage, enflamme la pellicule par sa sensibilité à fleur de peau. Ce mélodrame éblouissant, remarquablement réalisé, permet à David Lean d’explorer un peu plus les sentiments amoureux en se focalisant sur la violence des rapports humains et ce qu’elle peut entraîner comme faiblesses : le mensonge, l’angoisse et le déséquilibre.


Madeleine

En 1857, à Glasgow, contre les voeux de ses parents, qui la destinent à un mariage bourgeois et prometteur, Madeleine Smith noue une relation secrète et passionnée avec Émile L’Angelier. Lorsqu’elle décide de mettre un terme à cette liaison, celui-ci se rebelle. Peu après, Madeleine est accusée de l’avoir empoisonné…

Madeleine marque la deuxième collaboration entre David Lean et sa femme Ann Todd, rencontrée sur le tournage des Amants passionnés. Fascinée par Madeleine Smith, une jeune femme de Glasgow issue d’un milieu aisé qui avait été accusée en 1857 puis trainé devant la justice pour le meurtre présumé de son amant, Ann Todd, qui avait déjà interprété le rôle de Madeleine Smith sur scène, amène le sujet à son époux. Peu emballé par le sujet, David Lean est finalement attiré par le caractère romantique et victorien du film et accepte finalement de le mettre en scène. Si David Lean a ensuite toujours fait savoir qu’il n’aimait pas ce film, qu’il considérait comme un échec artistique, Madeleine demeure pourtant un film magnifique. Le réalisateur instaure un suspense digne des plus grands Alfred Hitchcock, auquel on pense inévitablement dans la deuxième partie. Tour à tour passionnée, vulnérable, froide et calculatrice, Ann Todd restitue toute la figure complexe et énigmatique de Madeleine Smith jusqu’à la toute dernière image où le réalisateur ne tranche heureusement pas entre l’innocence et la culpabilité du personnage principal. Madeleine apparaît également comme l’une des oeuvres les plus érotiques de toute la carrière de David Lean, visiblement soucieux de mettre en valeur son épouse. Lyrique et inquiétant, réalisé avec une précision d’horlogerie, mixe entre le mélodrame et le thriller, Madeleine est, osons le mot, un autre chef d’oeuvre de David Lean.

Généralités - 4,5 / 5

Carlotta nous propose un bel objet de collection. Le coffret renferme 5 DVD en boîtier slim ainsi que le livret exclusif concocté par Pierre Berthomieu, écrivain et historien du cinéma. Les menus principaux animés et musicaux sont à l’image des films du cinéaste britannique, chics et élégants, les transitions sont soignées, les films magnifiquement restaurés.

Bonus - 3,5 / 5

Chacun des films est accompagné d’une galerie de photos issues du tournage mais aussi et surtout d’une préface de 7 minutes réalisée par Pierre Berthomieu, qui a également supervisé cette édition. Richement illustrées, ces introductions instructives et brillantes replacent habilement chacun des films dans leur contexte historique ainsi que dans la carrière cinématographique de David Lean. C’est ainsi l’occasion d’apprécier l’évolution du cinéaste qui petit à petit prend son envol artistique.

Le DVD de Brève rencontre, film phare de ce coffret, dispose de suppléments plus conséquents. Tout d’abord le segment de 24 minutes intitulé  » Il était une fois Brève rencontre  » réalisé en 2000 donne la parole à quelques anciens collaborateurs de David Lean qui partagent de nombreuses anecdotes liées au tournage et à la sortie du film. Le casting est également passé en revue tout comme l’adaptation de la pièce de théâtre originale ainsi que l’association du cinéaste britannique avec le dramaturge Noël Coward, son parrain de cinéma qui lui a mis les pieds à l’étrier en 1942 avec Ceux qui servent en mer.

Vous retrouverez également sur la galette de Brève rencontre, un documentaire d’une demi-heure réalisé par Pierre Berthomieu, intitulé  » Directed by David Lean « , croisant les extraits des films de David Lean, et conçu afin de mettre en avant les thèmes récurrents du grand cinéaste britannique. L’art du montage et de la mise en scène du réalisateur de Brève rencontre sont habilement disséqués, ses films sont mis judicieusement en parallèle au moyen d’une voix-off tonique. Toutefois, nous vous conseillons de visionner ce segment une fois que vous aurez visionné l’intégralité de ce coffret puisque l’histoire des cinq films disponibles est largement abordée et disséquée.

Les bandes-annonces de Brève rencontre, Heureux mortels et de L’Esprit s’amuse sont également disponibles.

Carlotta joint également un livret exclusif de 36 pages écrit par Pierre Berthomieu intitulé  » Before the Epic : David Lean et l’âge d’or du cinéma britannique « .

Image - 4,0 / 5

Chacun des films a bénéficié d’une minutieuse restauration HD effectuée par le British Film Institute en partenariat avec la fondation David Lean et Granada International. Ces nouveaux masters impressionnent par leur éclat et leur propreté et ce dès les génériques d’ouverture. Pour l’ensemble des films, le grain cinéma est respecté, les fondus enchaînés affichent une fluidité bienvenue, les contrastes sont denses, le format 1.33 est respecté et malgré quelques fourmillements notables sur les arrière-plans, la définition demeure de haute volée.

Les deux premiers films de David Lean réalisés en couleur, Heureux mortels et L’Esprit s’amuse sont proposés dans des copies étincelantes. Le technicolor de L’Esprit s’amuse fait la part belle aux teintes joliment dégradées de vert, la couleur des revenants, les noirs sont denses et les rares séquences en extérieur sont superbes. En dépit du teint quelque peu crayeux des comédiens, l’image flatte constamment la rétine. En ce qui concerne Heureux mortels, David Lean a longtemps hésité à utiliser la couleur mais a finalement opté pour une palette chromatique atténuée, discrète et raffinée. Le Technicolor est donc volontairement adouci, la colorimétrie joliment pastelle et les bleus-gris impeccablement restitués.

En plus des caractéristiques observées sur l’ensemble des cinq masters, Brève rencontre, Les Amants passionnés et Madeleine sont livrés dans des copies N&B aux contrastes savamment tranchés. Si les noirs sur la copie de Brève rencontre manquent parfois de concision, les clairs-obscurs de la photo de Robert Krasker (Le Troisième Homme, Senso) sont magnifiquement rétablis. Le générique des Amants passionnés reste le plus marqué par un grain insistant qui s’atténue rapidement après. Il y a peu de choses à redire sur la copie de Madeleine si ce n’est quelques rayures verticales constatables vers la fin du film.

Son - 4,0 / 5

Il n’y a pas que l’image qui a profité d’un lifting de premier ordre. Avancés dans leur version originale sous-titrée en français, les mixages mono des cinq long métrages de David Lean jouissent d’une évidente clarté. Les thèmes musicaux sont dynamiques (mention spéciale à la musique espiègle de L’Esprit s’amuse), tout souffle intempestif a été éradiqué mais n’hésitez pas à monter le volume afin d’apprécier chaque film dans les meilleures conditions acoustiques possibles, notamment pour Les Amants passionnés où les voix des comédiens manquent de temps en temps de compréhensibilité.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
Note du disque
Avis
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