16 fév 2008 — Qu’est ce qui a tué la galette rouge ? La PS3 ? Le maigre support
des Studios ? Le marketing de Toshiba ? La grande distribution ?
DVDFR analyse les raisons qui ont mené le HD DVD à sa perte…
Pour le dire avec les mots du New York Times, “le HD DVD, le format chéri de
Toshiba et trois Studios hollywoodiens, est mort vendredi après une courte
maladie. Il est établi que la cause du décès a été la décision de Wal-Mart de
référencer uniquement les disques et lecteurs haute définition au format
Blu-ray”.
Ou, selon les mots d’un “insider” du camp Blu-ray qui savoure le moment, “ce
fut le Massacre de la Semaine de la Saint-Valentin”.
Certains diront que le HD DVD a été blessé au coeur par l’annonce de Warner, et que
Wal-Mart a fini par l’achever (avec la participation des estocades de Netflix et
Best Buy, plus tôt dans la semaine). Mais les causes qui ont provoqué l’agonie
du HD DVD sont plus nombreuses et complexes.
Dans l’attente du certificat officiel de décès, que Toshiba ne devrait pas
tarder à délivrer, nous analysons ici quelques repères où le HD DVD a été
distancé par le Blu-ray, ou a carrément raté le coche :
Le support des studios :
Il fut un temps où Warner Bros était un studio “rouge”. La composition des équipes
idéales a prix du temps, de la sueur et des considérations financières.
Mais pendant un moment, le HD DVD a fait la course en tête : début 2005, il
pouvait compter sur le soutien exclusif de Warner, Universal et New Line, et
bientôt Paramount (contre Sony et Disney pour le Blu-ray).
Mais dans la même année, 20th Century Fox rejoint le Blu-ray et égalise les
forces. Et à l’automne 2005, Paramount et Warner décident de soutenir les deux
formats, pendant que New Line se met en veilleuse.
À partir de là, le Blu-ray a pu compter sur un catalogue et une part de marché
au box-office plus significatifs. Le HD DVD essaiera à quelques reprises de
s’attirer les faveurs de Disney et Fox, en vain. Il obtiendra uniquement
Paramount. C’était le début de la fin.
Contenant ou contenu ?
Toshiba et Microsoft ont mené une stratégie qui s’apparente davantage au
lancement d’une nouvelle game d’ordinateurs, qu’à de la vidéo. Le HD DVD a fait une
mise en avant presque obsessionnelle de ses fonctions interactives avancées,
jusqu’à proposer la vente en ligne du papier toilette d‘“Evan tout-puissant”.
Le concept de Toshiba était le suivant : le choix des films n’est pas un
problème. Nous allons inonder le marché de platines à bas prix, on va charmer
les technophiles avec nos fonctions avancées. Et un beau jour, les autres
Studios ne pourront pas ignorer notre masse critique et il viendront vers nous.
Mais en face, le Blu-ray avait choisi la stratégie inverse : le contenu avant
tout. Sony a estimé qu’une boîte reste une boîte, et que la meilleure carte de
visite du BD était la haute définition - et donc la possibilité de voir ou
revoir les films dans des conditions incomparables.
Tandis que Toshiba menait la course en tête dans la vente de platines, Sony et
ses copains ont pris les rênes du box-office vidéo fin décembre 2006 aux
États-Unis et quelques mois plus tard en Europe, et n’ont pas été rejoint
depuis.
Le “blackout” des fêtes 2006 :
Toshiba avait une occasion rêvée pour prendre possession du marché naissant de
la haute définition : la période des fêtes de fin 2006. Une campagne marketing
globale avait été montée par le fabricant nippon en partenariat avec Warner et
devait se lancer dans les principaux marchés mondiaux, avec une forte présence
des platines en rayon.
Souvenons-nous qu’à cette époque Sony se battait contre vents et marées pour
fabriquer assez de PS3 pour son lancement au Japon et États-Unis, que l’Europe
avait été privée de PS3 jusqu’au début du printemps suivant et que le choix
des platines Blu-ray se résumait à 3 ou 4 modèles terriblement chers et lents.
Mais…
La précipitation, un aléas industriel ou un souci de fabrication ont contraint
Toshiba à renoncer à ses plans et à rater la période des fêtes de fin d’année.
Les platines et une partie de la campagne marketing seront reportés aux premiers
mois de 2007 mais à une époque beaucoup moins favorable aux dépenses des ménages.
La PS3 :
À l’automne 2006, le président de Warner de l’époque avait résumé ainsi la pensée
unique du clan du HD DVD : “La PS3 n’aidera pas le Blu-ray Disc”.
Grosse erreur !. Toshiba a imaginé que le marché de la vidéo haute définition
suivrait un modèle traditionnel, basé sur la vente des platines de salon.
Mais en face, Sony a parié une part significative de ses ressources pour faire passer
le message que la PS3 était en réalité un formidable centre de loisirs pour
la maison, capable à la fois de lire des jeux et des films (et capable de
fonctions “media center”). Les cibles initiales n’étaient plus les mêmes :
plus cinéphiles pour le HD DVD, et plus dépensières pour le Blu-ray.
En 2007, Toshiba a regardé avec horreur l’inconnue PS3 dépasser ses
obstacles logistiques et devenir une locomotive de vente des Blu-ray (surtout en
Europe et Asie) à un niveau qu’elle n’avait pas anticipé.
Pire encore, le BD a fini par rattraper le HD même sur le terrain des
platines dédiées aux États-Unis (malgré des prix 2 fois plus
élevés) et depuis le début de l’année il mène la course en tête.
PS3 vs Xbox 360 :
Pour le dire en termes de freefight, cela a été le “smackdown” le plus décevant
de 2007. On pourrait presque se demander si Sony et Microsoft ont consommé de
fortes ressources à se faire la guerre, tellement la Wii a été au centre de
l’attention.
Chacun des deux géants a dû panser ses blessures : Sony a été contrainte de
baisser ses prix (et éloigner un peu son retour à la rentabilité) pour vendre
davantage de PS3. Et Microsoft a détaché un gros chèque pour corriger ses soucis
d‘“anneaux rouges de la mort” (taux de retour des XBox 360 en SAV très important).
Mais l’information plus significative est que le jeu vidéo se porte comme un
charme, et il est parti pour 3 ou 4 ans de ventes excellentes. Les PS3 et XBox 360 ont
eu une fin d’année glorieuse, la Wii a toujours le vent en poupe, la DS et la
PSP se vendent comme des petits pains, et Sony arrive même a arracher un beau
succès en rayon avec sa “vieille” PS2. Il semble bien qu’il y ait de la place pour
tout le monde dans le jeu vidéo.
Et dans le secteur de la haute définition, on serait tenté de dire qu’il n’y a
jamais eu de véritable guerre. Le Blu-ray est un élément essentiel de la PS3, alors
que la X360 s’est contentée d’un lecteur externe optionnel. La première a depassé le cap
des 10 millions d’unités, alors que le deuxième s’est vendu à quelques centaines
de milliers de pièces.
Pour ne pas déstabiliser l’architecture de la XBox 360, Microsoft n’a jamais
gratifié le HD DVD d’une solution intégrée “tout en un”. Son intérêt était
ailleurs (VOD). La PS3 a toujours eu le champ libre pour faire ce qu’elle voulait.
Qui plus est, Microsoft n’a pas fermé la porte à l’arrivée d’un lecteur Blu-ray
sur sa console même si, à priori, ils ne devraient pas le commercialiser eux-même.
Marketing :
“La PS3 ne compte pas”. “Notre ratio de disques vendus par platine est
meilleur”. “Notre format est finalisé, l’autre pas”. “Nous sommes
le choix des consommateurs”. “Nos platines chinoises à bas prix vont
arriver un jour et ne faire qu’une bouchée des autres”.
Si vous avez suivi la guerre des formats, vous connaissez ces slogans, qui ont
constitué l’argumentaire marketing de Toshiba pendant ces 2 dernières années.
Rétrospectivement, nous pourrions résumer ces slogans d’une toute autre façon :
“Nous sommes un château de cartes et nous passons notre temps à ravaler la
façade et à espérer que le vent ne se lève pas”.
Tandis que le Blu-ray vendait des disques et bâtissait la confiance des grands
revendeurs, le HD DVD s’est empêtré dans des promesses qu’il n’ a pas pu
résoudre. La baisse de prix des platines leur aurait permis d’atteindre
une masse critique. Ou alors ce seraient les clones chinois. Ou Matrix les
aurait mis sur le devant de la scène. Ou plutôt Heroes. Ou plutôt encore
Transformers. Ou alors Shrek 3…
La grande distribution :
Avec sa logique de prix sacrifiés, Toshiba a empêché de fait l’arrivée d’autres
fabricants de 1er plan, mais a fini aussi par se mettre à dos les acteurs
principaux de la grande distribution.
Avec ses prix coûtants, Toshiba est entrée dans une logique de vente en volume
qui n’existera pas encore avant 3 ou 4 ans. En d’autres mots, du point de vue du
revendeur, où est l’intérêt de vendre de faibles quantités avec des marges
infimes, contre l’intérêt de vendre des quantités encore plus faibles, mais avec
des marges très importantes ?
De plus, et malgré les idées reçues, la haute définition a eu un démarrage plus
significatif que celui du DVD en son temps. Rien que du côté du Blu-ray, 2,37
millions de disques, 3,2 miliions de PS3 et 34 000 platines ont été vendus en
Europe. Contre 2 millions de DVD et 230 000 platines en 1997/1998.
Après avoir passé un an à voir des clients potentiels leur passer sous le nez
faute d’une fin de la guerre des formats, les revendeurs ont vu l’annonce
de Warner comme l’occasion rêvée d’en finir une fois pour toutes avec
l’incertitude. C’est chose faite…