Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence (2014) : le test complet du Blu-ray

En duva satt på en gren och funderade på tillvaron

Réalisé par Roy Andersson
Avec Holger Andersson, Nils Westblom et Viktor Gyllenberg

Édité par Blaq Out

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Le 13/04/2016
Critique

Un Pigeon perché sur une branche

Sam et Jonathan, deux marchands ambulants de farces et attrapes, nous entraînent dans une promenade kaléidoscopique à travers la destinée humaine. C’est un voyage qui révèle l’humour et la tragédie cachés en nous, la grandeur de la vie, ainsi que l’extrême fragilité de l’humanité…

Lion d’Or à la 71e Mostra de Venise en 2014, Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est le nouveau bijou de Roy Andersson. Le cinéaste suédois compte à son actif cinq longs métrages depuis ses débuts en 1970 avec le très remarqué Une histoire d’amour suédoise, qu’il autofinance grâce à ses spots publicitaires. Ingmar Bergman le considérait d’ailleurs comme le plus grand réalisateur dans ce domaine. Pourtant, son travail dans le cinéma est tout aussi indispensable. 

Un pigeon perché sur une branche représente ainsi le dernier volet de la Trilogie des Vivants ou comment être un être humain, après Chansons du deuxième étage (Prix du Jury au Festival de Cannes en 2000) et Nous, les vivants (2007). Le titre de ce troisième épisode fait référence au célèbre tableau de Pieter Brueghel l’Ancien, Chasseurs dans la neige, dans lequel des oiseaux observent les êtres humains. Il n’en fallait pas plus pour que Roy Andersson imagine ce que ces volatiles pensaient de notre espèce.

Dès l’ouverture, sa griffe est facilement reconnaissable avec une succession de cadrages fixes, en grand angle et en une trentaine de longs plans-séquences sophistiqués tournés en studio dans des décors stylisés, qui s’apparentent à des tableaux vivants. Andersson travaille comme un peintre et utilise sa caméra comme un pinceau. Il recherche constamment le plan parfait, tout comme la profondeur de champ et la perspective. Chaque couche doit être visible, du premier au dernier plan. Ici, les oeuvres des peintres allemands Otto Dix et Georg Scholz ont influencé le cadre et l’atmosphère : le visage des comédiens est blafard et fardé ; les couleurs sont ternes et désaturées ; l’ambiance est froide, parfois glaciale, et lugubre ; l’humour noir ironique et ravageur prédomine, même quand la mort est présente. Une fois ces partis pris acceptés par le spectateur, l’ensemble respire, vit, nous touche et une mélancolie transpire à chaque plan.

En outre, cet humour burlesque et poétique, que n’auraient pas renié Jacques Tati ou Pierre Etaix, naît de cette bizarrerie finalement quotidienne, au comique de répétitions, notamment via les appels téléphoniques se résumant à cette phrase unique «  Je suis content de savoir que vous allez bien !  » alors que le monde est au bord du chaos. Roy Andersson est un humaniste, même s’il est réputé comme un artisan acharné, parfois tyrannique, lorsqu’il lui faut obtenir ce qu’il estime être la perfection. Dans cette suite de sketchs, il s’intéresse à la confrontation des êtres, à leur conversation ou plutôt à l’absence de communication, voire au dialogue de sourd. Mais il croit en cette interaction, au bonheur et au rire, à l’instar de ces deux improbables représentants en farces et attrapes. Ces deniers proposent, la mine triste, un dentier de vampire, un sac à rires et un masque de Pépé l’édenté, pour «  aider les gens à s’amuser et détendre l’atmosphère aux anniversaires et aux fêtes d’entreprises  ». Le style singulier de Roy Andersson met ainsi en relief l’absurdité de la vie, de la solitude, des désirs inassouvis et du manque d’amour dans un monde quasi incolore, funèbre et déprimant. Malgré tout, l’espoir de s’en sortir, de trouver l’interlocuteur et de penser que demain sera un autre jour, ne cessent de démentir toutes ces premières impressions. Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est un bijou froid qui trouve dès lors le moyen de réchauffer le coeur.

Un Pigeon perché sur une branche

Généralités - 4,0 / 5

Le test du Blu-ray d’Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est fixe et musical.

Bonus - 4,0 / 5

Dans les bonus, L’éditeur Blaq Out nous permet de découvrir les courts métrages de certains réalisateurs, dont ceux de Roy Andersson : Quelque chose est arrivé (1987, 24’) et Monde de gloire (1991, 16’). Le premier a pour thème le Sida et le second dresse le portrait d’un homme en une succession de tableaux séquencés par des noirs. Dans les deux cas, le cadre, les couleurs et la mise en scène s’inscrivent dans la continuité du travail de Roy Andersson.

Ce dernier intervient d’ailleurs dans un entretien de dix minutes, durant lequel il revient sur sa trilogie des Vivants, les thèmes explorés et sur quelques-uns de ses cinéastes préférés comme Vittorio de Sica, Federico Fellini, Luis Buñuel.

Enfin, cette section comprend également un documentaire sur Roy Andersson réalisé en 2000, intitulé Obsessions du 2e étage. Composé d’images de tournage et d’une interview du cinéaste, ce segment dévoile le processus créatif de cet auteur singulier. 



Un Pigeon perché sur une branche

Image - 4,5 / 5

Le Blu-ray est au format 1080p. Les rares scènes diurnes tournées en extérieurs s’accompagnent d’un piqué aussi pointilleux que possible. La photo particulière est ici conforme à la découverte du film dans les salles, les contrastes sont aléatoires, les noirs denses, les teintes sépia, marron et verte sont merveilleusement mises en valeur.

Son - 4,0 / 5

L’éditeur dispose de deux mixages suédois, DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Le premier déçoit par son manque d’envergure et d’entrain, tant au niveau de la délivrance des dialogues que des effets latéraux. Si peu de remarques sont à souligner sur la balance frontale, ce mixage ne parvient pas vraiment à immiscer le spectateur dans l’ambiance surprenante du film. En revanche, la piste stéréo s’en tire avec les honneurs et fait la part belle au moindre petit bruitage. Les voix sont claires et nettes, les ambiances saisissantes. N’hésitez donc pas à sélectionner directement la piste 2.0.

Un Pigeon perché sur une branche

Crédits images : © Blaq Out

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
Note du disque
Avis

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Franck Brissard
Le 14 avril 2016
Le style singulier de Roy Andersson met en relief l’absurdité de la vie, de la solitude, des désirs inassouvis et du manque d’amour dans un monde quasi incolore, funèbre et déprimant. Malgré tout, l’espoir de s’en sortir, de trouver l’interlocuteur et de penser que demain sera un autre jour, ne cessent de démentir toutes ces premières impressions. Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence est un bijou froid qui trouve dès lors le moyen de réchauffer le cœur.
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Philippe Gautreau
Le 9 janvier 2016
Lion d’or à Venise, Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence est une étrange fable tragi-comique à l’humour caustique. Le visionnage de ce dernier volet d’un triptyque sur la condition humaine est chaudement recommandé à celles et ceux qui aiment aussi un cinéma différent.

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Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
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