Les Salauds dorment en paix : le test complet du Blu-ray

Warui yatsu hodo yoku nemuru

1960. Réalisé par Akira Kurosawa
Avec Toshirô Mifune, Masayuki Mori et Kyoko Kagawa

Édité par Wild Side Video

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Le 17/05/2017
Critique

Les Salauds dorment en paix

Le président Iwabuchi, à la tête d’un groupe immobilier, marie sa fille Yoshiko à Nishi, son secrétaire particulier. La cérémonie, suivie par une meute de journalistes, est perturbée par des allusions directes à un appel d’offres truqué, vieux de plusieurs années, avec détournement d’argent public à hauteur de trois milliards de yens au profit des dirigeants du groupe. La défenestration de l’homme tenu pour responsable, le comptable Ikatura, avait fait très rapidement classer l’affaire.

Avec Les Salauds dorment en paix (Warui yatsu hodo yoku nemuru), réalisé en 1960 dans la foulée de La Forteresse cachée (Kakushi-toride no san-akunin), Akira Kurosawa se frotte au film noir, occasion qu’il saisit pour évoquer deux thèmes récurrents dans son oeuvre, la corruption et la vengeance.

« Le cinéma, c’est facile à comprendre et c’est divertissant »

Cette définition du cinéma donnée par Akira Kurosawa dans un des compléments à cette réédition, se vérifie avec Les Salauds dorment en paix : le scénario, dont il en est le coauteur, avec un nombre limité des personnages et un déroulement chronologique de l’action, épargne tout effort pour garder le fil rouge. D’autre part, la découverte de celui qui gâche la fête, puis de la raison qui le pousse à agir, les scènes de suspense et les rebondissements bien amenés valident la deuxième assertion du maître : le film est divertissant, sans temps morts, avec une action dans des lieux variés et parfois insolites, au bord du cratère d’un volcan en activité et dans les ruines d’une ancienne usine d’armement, vestige de la guerre.

Les Salauds dorment en paix

Toshirô Mifune, toujours en tête d’affiche pour sa douzième collaboration avec Akira Kurosawa, est pratiquement de tous les plans du film. Il annonce souvent l’arrivée de son personnage, avant son apparition dans le cadre, en sifflant toujours la même rengaine (une idée inspirée par M le maudit de Fritz Lang ?).

Les Salauds dorment en paix est la première coproduction entre la Toho et Kurosawa Prod. dont la création a été imposée au réalisateur : l’obliger à investir dans la production devrait le sensibiliser au respect des budgets et des calendriers de tournage.

Les Salauds dorment en paix se hisse au rang des films noirs originaux, notamment par ses deux twists finaux inattendus et son originale conclusion par un énigmatique coup de téléphone qui laisse subodorer que les malversations pourraient bien avoir impliqué d’autres personnes, très haut placées.

Les Salauds dorment en paix

Généralités - 5,0 / 5

Les Salauds dorment en paix (151 minutes), pour la première fois remastérisé en HD, et ses compléments vidéo (60 minutes) sont présentés sur deux supports, Blu-ray et DVD (BD-50 et DVD-9), logés à l’intérieur des deux couvertures d’un Mediabook aux dimensions d’un DVD. En couverture, un photomontage des personnages traité à la manière d’un lavis.

Un menu musical et animé (avec une bande de la couleur du dos du livre) propose le film dans sa seule version originale, au format DTS-HD Master Audio 1.0 sur le Blu-ray, avec sous-titres imposés mais bien placés sur la bande noire.

Cette magnifique édition s’ajoute à la collection Akira : Les années Toho qui, avec la sortie simultanée de Les Bas-fonds et Entre le ciel et l’enfer, compte à ce jour quinze films en treize volumes et devrait prochainement être complétée par Barberousse et Dodeskaden.

Le livret de 66 pages, écrit et composé par Frédéric Albert Lévy, abondamment illustré de photos du film, de photos de plateau et d’affiches, s’ouvre sur les relations, rendues délicates par le dépassement des budgets, de Kurosawa avec la Toho. Puis, Kurosawa parle du film et de l’indépendance que lui assurait son statut de coproducteur. Frédéric Albert Lévy tente ensuite une définition du film noir, avant d’insinuer que l’histoire de la vengeance de Nishi pourrait bien avoir été suscitée par le Hamlet de Shakespeare, comme Macbeth avait inspiré Le Château de l’araignée et Le Roi Lear, Ran. Suit un développement sur le thème du double, présent dans le film, par l’identité « empruntée » du personnage principal et par la curieuse scène dans laquelle un homme assiste à ses propres funérailles. Le livret se referme sur une analyse de la mise en scène, délibérément théâtrale.

Les Salauds dorment en paix

Bonus - 4,0 / 5

En complément, des bonus repris des éditions précédentes éditions Wild Side de 2009 et 2012.

Kurosawa s’attaque à la corruption (33’) revient sur la création de Kurosawa Prod., hâtée par l’étirement du calendrier de tournage de La Forteresse cachée. Des techniciens et des acteurs évoquent la longue et difficile écriture du scénario, sur 85 jours, avec l’assistance de cinq coscénaristes, les longues répétitions, sans costumes, puis avec costumes, pour réussir la captation d’une scène en une seule prise, les coups de gueule du maître…

Dans l’ombre du guerrier (27’). Masahiko Humada qui fût, à partir du tournage de Ran, l’assistant personnel de Kurosawa, chargé de repérages et de mille autres choses, se souvient que Kurosawa était reconnu comme un grand maître (kyoshô) avec sa profonde connaissance du cinéma et de la littérature nippone et étrangère. Si les conditions de travail sous ses ordres étaient très dures, on apprenait beaucoup à ses côtés. Kurosawa souhaitait créer une empathie avec les personnages et laisser dans le coeur du public une trace durable.

Les Salauds dorment en paix

Image - 4,5 / 5

L’image (2.35:1, 1080p, AVC), très stable, a été parfaitement nettoyée et débarrassée du bruit vidéo sans qu’un lissage excessif n’ait affecté la texture argentique. Elle présente une assez bonne définition, un fin dégradé de gris avec des blancs lumineux et des noirs denses et des contrastes fermes, dans toutes les conditions d’éclairage.

Les Salauds dorment en paix

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 (la bande originale avait été enregistrée en stéréo) est d’une remarquable propreté, sans bruit parasite et pratiquement sans souffle. Une bande passante nécessairement étroite, mais une dynamique assez forte. Quelques saturations, surtout dans les aigus.

Les Salauds dorment en paix

Crédits images : © 1960, Toho Co., Ltd All rights reserved

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 18 mai 2017
Les Salauds dorment en paix, une dénonciation par Akira Kurosawa de la corruption, un plan de vengeance machiavélique, nous revient pour la première fois en HD, dans une remarquable édition. Un objet de collection !

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Les Salauds dorment en paix
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