La Barrière de chair : le test complet du Blu-ray

Nikutai no mon

Combo Blu-ray + DVD

1964. Réalisé par Seijun Suzuki
Avec Tamiko Ishii, Satoko Kasai et Kayo Matsuo

Édité par Elephant Films

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Le 06/06/2017
Critique

La Barrière de chair

La vie est dure pour les habitants des quartiers pauvres de Tokyo, peu après la fin de la seconde guerre mondiale. Maya, une jeune femme, vole de la nourriture sur un marché. Elle subit les brutalités d’un homme qui voudrait la forcer à vendre son corps quand des prostituées indépendantes viennent à son secours et l’invitent à rejoindre leur petit groupe.

La Barrière de chair (Nikutai no mon), réalisé en 1964 par le prolifique Seijun Suzuki (disparu en février dernier, il nous a légué une bonne cinquantaine de films), s’ajoute opportunément aux cinq films de la même époque, produit par les Studios Nikkatsu, édités par Elephant Films : deux aujourd’hui, Histoire d’une prostituée (Shunpu den, 1965), Le Vagabond de Tokyo (Tôkyô nagaremono, 1967), et trois autres en décembre 2014 : Détective Bureau 2-3 (Tantei jimusho 23: Kutabare akutô-domo, 1963), La Jeunesse de la bête (Yajû no seishun, 1963) et La Marque du tueur (Koroshi no rakuin, 1967).

Dans la mouvance de la Nouvelle vague japonaise, dont les porte-drapeaux furent Nagisa Ôshima et Shôhei Imamura, Seinjun Suzuki s’est attaché à surtout réaliser de films de série B dont l’action se déroule dans les milieux interlopes, celui des yakuzas ou des prostituées.

La Barrière de chair

Des films de série B, mais d’un très bonne tenue, tout d’abord en raison de leur contenu. Moins politiques que ceux d’Imamura ou d’Ôshima, ils donnent pourtant une photographie sans complaisance, critique même, de la société nippone et fustigent l’occupation américaine des années d’après-guerre. Ils donnent aussi de la femme une image forte, indépendante, loin de celle, traditionnelle, de l’épouse au service du chef de la famille.

Un monde de femmes qui n’est pas tendre pour autant : Maya s’en rendra douloureusement compte quand elle se risquera à enfreindre une des règles gouvernant son refuge : ne jamais faire l’amour gratuitement. Avec la sévère punition qui lui sera infligée, La Barrière de chair confirme la place de choix que Seijun Suzuki réserve à l’érotisme et à la violence.

Le ver pénètre dans le fruit, en la personne de Shin, un mauvais garçon qui n’a pas pardonné aux Américains. Il va s’immiscer dans ce groupe de femmes et finir par y imposer son autorité. On retrouve, dans le rôle de Shin, Jô Shishido, qui figure en tête d’affiche de huit films de Seijun Suzuki, un acteur au visage étrange, déformé par un accident.

En dépit d’un budget très serré, la forme est tout aussi soignée, avec des cadrages adaptés au cinémascope, une bonne maîtrise dans l’utilisation de la couleur et un montage qui rythme le récit.

La Barrière de chair

Généralités - 3,0 / 5

Une réédition La Barrière de chair s’imposait : édité dans un coffret de trois films par HK Vidéo en 2003, il était depuis longtemps introuvable.

La Barrière de chair (90 minutes) et des suppléments (49 minutes) sont proposés dans une édition combo Blu-ray + DVD (BD-50 et DVD-9) logés dans un boîtier, non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Menu animé et musical, aux couleurs de MasterClass : La Collection des Maîtres propose le film dans sa seule version originale, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Le coffret contient également un livret collector rédigé par Bastian Meiresonne (20 pages) qui ne nous a pas été fourni.

Bonus - 3,5 / 5

Présentation du film par Stephen Sarrazin (2017, 22’), enseignant spécialiste du cinéma japonais, auteur de plusieurs ouvrages, dont Réponses du cinéma japonais contemporain (Lettmotif, 2013). Après un rapide aperçu sur la carrière de Suzuki, il rappelle sa maîtrise de la couleur qui s’exprime particulièrement dans La Barrière de chair où elle est parfois utilisée de manière plus symbolique que réaliste. Ce film, assez provocateur dans ses scènes sadomasochistes, fit de Suzuki un précurseur du genre. La place faite aux femmes permet d’établir un parallèle avec le cinéma de Shôhei Imamura et celui de Rainer Werner Fassbinder.

Entretien de Seijun Suzuki avec Yves Montmayeur (enregistré en 2001 au festival de Gijon, 10’), réalisateur de nombreux documentaires sur le cinéma. Suzuki dit que son cinéma reprend les codes des films de yakuzas (il se réfère souvent à La Marque du tueur) et qu’il a été influencé, notamment pour l’utilisation de la couleur, par le cinéma classique et par la peinture japonaise qui donne aux couleurs une valeur symbolique. Le cinéma ne peut pas être réaliste. Il invente des histoires : c’est « un art de menteurs ».

Le « surréalisme doux », par Roland Lethem (2017, 17’), réalisateur, scénariste et acteur belge, il se souvient d’avoir découvert La Barrière de chair dans « une salle de cul », où pouvaient seulement être projetés en Belgique des films qui montraient ne serait-ce qu’un sein nu, et d’avoir eu le coup de foudre, notamment pour sa violence et son érotisme inhabituels. Il a aussitôt écrit à Suzuki, avec lequel il a échangé une dizaine de lettres qui lui ont servi de matériau pour un article dans le regretté magazine Midi-Minuit Fantastique visant à faire connaître le film en France où il n’avait pas encore été distribué.

Ces deux derniers compléments sont repris, tels quels, en bonus des deux autres films édités simultanément, Histoire d’une prostituée et Le Vagabond de Tokyo.

Pour finir, une galerie de photos et des bandes-annonces.

Image - 5,0 / 5

L’image (2.40:1, 1080p, AVC), soigneusement restaurée à partir d’une copie neuve, avec des tonalités saturées, met en valeur le travail de Suzuki sur la couleur et sa maîtrise du clair-obscur. D’une grande netteté, elle respecte la texture argentique.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono est, lui aussi, très propre, pratiquement sans souffle, mais avec quelques saturations, principalement dans l’accompagnement musical.

La Barrière de chair

Crédits images : © Éléphant Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 8 juin 2017
La Barrière de chair confirme la place de choix que Seijun Suzuki réserve à l’érotisme et à la violence, mais aussi le regard critique qu’il a toujours porté sur les traditions de son pays, sérieusement ébranlées par la défaite de 1945.

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