Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires) : le test complet du Blu-ray

Édition Limitée

1913. Réalisé par Louis Feuillade
Avec René Navarre, Edmond Bréon et Georges Melchior

Édité par Gaumont

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Le 14/11/2017
Critique

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Les Établissements Gaumont ont confié à Louis Feuillade l’adaptation cinématographique du Fantômas, une série de romans de Pierre Souvestre et Marcel Allain publiée depuis 1911 en feuilletons hebdomadaires qui se vendaient comme des petits pains. Grand succès dès la sortie en mai 2013 au Gaumont Palace. Mais, pas le temps pour Léon Gaumont de s’endormir sur ses lauriers : le concurrent Pathé va distribuer en France Les Mystères de New York (The Exploits of Elaine) avec Pearl White en tête d’affiche ! Branle-bas de combat ! Il fallait répliquer sans tarder. Louis Feuillade, réalisateur-phare et directeur artistique des Établissements, est chargé d’imaginer, de mettre en scène et de filmer… Les Vampires !

Le coffret Louis Feuillade - les sérials noirs de Gaumont nous propose une magnifique édition, à laquelle les cinéphiles auront du mal à résister, de deux des trois grands sérials du réalisateur, Fantômas et Les Vampires, le troisième étant Judex. La comparaison avec les deux éditions précédentes de ces oeuvres fait nettement pencher la balance du côté de ce coffret.

En premier lieu parce que cette nouvelle édition bénéficie d’une restauration récente, opérée en 2013 et 2014, et, pour Les Vampires, de l’accompagnement musical, à la fois inspiré et respectueux, d’Éric Le Guen, tout ça présenté dans un élégant coffret rempli de bonnes choses.

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Voilà des conditions optimales, bien meilleures que celles de l’édition précédente de 2008, pour revoir ou découvrir ces deux jalons de l’histoire du cinéma, vite jugés avant-gardistes par d’autres cinéastes, comme Fritz Lang, et dont les surréalistes loueront l’originalité et l’esthétisme.

Fantômas et Les Vampires ouvrent les portes d’un univers quasi-fantastique avec passages secrets, chausse-trappes, cadavre sans tête, innocentes victimes enlevées dans des malles d’osier, malfaiteurs protéiformes dirigeant des bandes d’apaches sans foi ni loi… Tout ça faisait trembler les spectateurs dans les fauteuils du regretté Gaumont Palace, sans que les apparitions troublantes de Musidora, moulée dans le collant noir insuffisamment opaque d’Irma Vep, puissent les rasséréner, tant la jeune femme qu’elle incarnait était vénéneuse.

Ces aventures à rebondissements se déroulent dans le Paris bien réel du début du XXe siècle, Les Vampires en plein milieu de la Grande Guerre. Cette prédilection de Louis Feuillade pour le tournage en décors naturels répondait à son souhait de donner l’illusion que ses histoires invraisemblables étaient néanmoins réalistes. Ce qui l’amenait à souvent quitter la verrière de l’atelier de la rue des Alouettes pour aller tourner dans la rue.

Le coffret Louis Feuillade - les sérials noirs, pressante invitation à l’évasion, est aussi l’un des beaux coffrets sortis en 2017. En attendant, peut-être, que Gaumont nous mitonne une édition de Judex, cet autre chef-d’oeuvre de Louis Feuillade, désespérément absent de nos bacs…

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Généralités - 5,0 / 5

Le coffret Louis Feuillade, les sérials noirs, en carton épais, à fermeture magnétique, avec Louis Feuillade et son pince-nez en couverture, contient l’intégrale de Fantômas, présentée en cinq épisodes d’une durée cumulée de 357 minutes, et l’intégrale du sérial Les Vampires, en dix épisodes de longueur très variable, d’une durée totale de 510 minutes.

Fantômas tient sur 3 Blu-ray (2 BD-50, 1 BD-25) et Les Vampires sur 3 Blu-ray (BD-50) logés dans six fins digipacks blancs, en compagnie d’un septième contenant deux DVD de bonus et d’un livret de 84 pages.

Traduction optionnelle des intertitres en anglais.

L’édition DVD, en neuf disques, propose le même contenu.

Le livret s’ouvre sur un court hommage de Jacques Prévert à Fantômas et Les Vampires, suivi de la préface d’Henri Frescourt à Louis Feuillade, maître des lions et des vampires de Francis Lacassin sur un cinéma, « surréaliste avant la lettre ».

Vient ensuite la partie consacrée à Fantômas : une présentation de chaque épisode, avec synopsis, fiche artistique et technique, et affiche. Puis Fantômas, tout le monde et personne, un article de Didier Blonde extrait du Dictionnaire des assassins et des meurtriers de François Angelier et Stéphane Bou, évoque L’Homme Noir, cagoulé, un personnage « fait pour le jeune cinéma et ses trucages », protéiforme : « l’effrayante créature luisante et visqueuse qui sort à ce moment-là de l’eau noire de la citerne n’est plus de la même nature que l’homme qui y est entré ». Suivent une courte notice biographique des douze acteurs principaux, à commencer par René Navarre dans le rôle-titre, puis Fantômas for ever, sur l’influence qu’aura le personnage.

Symétriquement, Les Vampires s’ouvre sur un hommage de Louis Aragon et une revue des dix épisodes. Suit Soeurs et frères de l’effroi par Gilbert Lascault, un portrait de ces « criminels redoutables et fascinants » qui sèment, sans que le sang coule sur l’écran, la « mort sèche » dans une série d’assassinats, et d’Irma Vep, leur égérie, dans son collant révélant « la nudité voilée et provocatrice ». Dans la revue des acteurs, Musidora est placée en tête, avant Édouard Mathé, l’interprète du journaliste Philippe Guérande et Marcel Lévesque, celui d’Oscar-Cloud Mazamette, son dévoué second. Le livret se termine sur une lettre de Louis Feuillade à Musidora du 23 mars 2015 et les traces qu’elle a laissées dans le cinéma.

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Bonus - 5,0 / 5

Pour Les Vampires, chaque épisode est complété par un court module montrant les résultats de la restauration entreprise par Gaumont-Pathé Archives en 2014. Durée totale des dix modules : 28 minutes.

Les autres suppléments sont logés sur deux DVD.

Le premier DVD propose trois films avec Musidora (restauration de la Cineteca di Bologna et de Gaumont-Pathé, réalisée dans les laboratoires de l’Immagine Ritrovata) :

Lagourdette, gentleman-cambrioleur (Louis Feuillade, 2016, 28’), avec Marcel Lévesque dans le rôle-titre, celui d’un fanfaron qui se vante de surpasser en vilénie les Vampires pour séduire une belle.

Le Grand souffle (Gaston Ravel, 1915, 36’)) : la diva Jeanne Duroc remet dans le droit chemin le jeune Baptiste qui s’était égaré dans la délinquance.

Le Pied qui étreint (Jacques Feyder, 2016, 88’) montre la lutte de Justin Crécelle, « détective scientifique » (inventeur du « vocaphone sans fil », l’ancêtre de nos téléphones mobiles !), contre une bande de malfaiteurs dirigée par « L’Homme au foulard vert ». Cette parodie burlesque des sérials policiers se termine par un hommage à Charlie Chaplin.

Sur le deuxième DVD, Louis Feuillade, poète de la réalité (1996, 50’), un documentaire, présenté sur Ciné-Cinéfil, de Jacques et Jérôme Champreux, petits-fils de Louis Feuillade, retrace la carrière du réalisateur qui quitte Lunel pour s’installer à Paris, où il deviendra, en 1905, le directeur artistique de Gaumont, tout en continuant à tourner ses propres films, dont les ambitieux Fantômas et Les Vampires, archétypes du réalisme fantastique qu’admireront les surréalistes. Suit une revue des films marquants qu’il a réalisés Judex, Barrabas, Les Deux gamines, L’Orpheline… jusqu’à Le Stigmate qu’il termina quelques jours avant de mourir d’une péritonite, le 26 février 1925, à 52 ans.

Léon Gaumont et Louis Feuillade (6’), un entretien entre Francis Lacassin et Jean Ayme, l’interprète du « Grand Vampire » que Feuillade renvoya à la fin du quatrième épisode parce qu’il avait osé louer ses services à la concurrence.

Pour finir, Musidora de Jean-Chrisotphe Averty (1973, 107’) : sur un scénario de Francis Lacassin et Claude Veillot, une évocation musicale de la carrière de la star française, sex-symbol de l’époque, jouée par Liliane Montevecchi, et de son amie Colette, interprétée par Nicole Croisille, avec les effets visuels qui avaient fait la renommée d’Averty sur le petit écran, mêlant, dans des superpositions inspirées, personnages réels et décors naïfs aux couleurs éclatantes, avec danse, pantomime et chansons… Ce téléfilm débordant de fantaisie retrace néanmoins fidèlement la carrière de Musidora. Elle quittera le métier d’actrice en 1926, peu avant l’avènement du parlant, pour se consacrer à la réalisation de quelques films et à l’écriture de scénarios et de romans. Un joyeux coup d’oeil sur le cinéma des années 1910 !

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Image - 4,5 / 5

L’image des deux sérials, Fantômas et Les Vampires (1.33:1, 1080p, AVC), respectivement restaurée en 2013 et 2014, est d’une qualité supérieure à celle obtenue après une première restauration opérée en 1996 par la Cinémathèque Française.

Les Vampires laisse apparaître, çà et là, quelques taches ou griffures, surtout dans l’épisode 3, mais rien qui puisse nuire à une parfaite lisibilité, à l’exception de quelques rares plans d’intérieur très peu éclairés. La comparaison, proposée en bonus, de l’image avant ou après restauration permet d’apprécier l’ampleur et la qualité du travail.

Le même constat s’impose pour les trois films de Musidora.

Fantômas, en revanche est d’une surprenante propreté, avec des contrastes plus soutenus et des dégradés de gris plus modelés.

On peut facilement oublier que chacun de ces films a un peu plus d’une centaine d’années !

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Son - 4,5 / 5

Pour Les Vampires, le son DTS-HD Master Audio 2.0 du nouvel accompagnement musical d’Éric Le Guen (très varié, aux accents stravinskiens, parfois wagnériens), joué par un orchestre de chambre dans lequel dominent souvent piano et basson, est remarquablement enregistré (spectre ouvert, forte dynamique). À écouter en baissant sensiblement le volume.

L’illustration DTS-HD Master Audio 1.0 de Fantômas, plus banale, emprunte à tous les genres, ouvertures rossiniennes, tangos, valses viennoises, chansons réalistes, limonaires… Elle aussi est très propre, mais avec un peu moins d’ampleur.

Coffret Louis Feuillade – les Sérials noirs (Fantomas & Les Vampires)

Crédits images : © Gaumont

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 14 novembre 2017
Le coffret Louis Feuillade - les sérials noirs de Gaumont nous propose deux des trois grands sérials du réalisateur : Fantômas et Les Vampires, dans une édition à laquelle les cinéphiles auront du mal à résister, avec près de 6h de bonus et un livret de 84 pages. Une édition définitive dans un des plus beaux coffrets de 2017 !

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