Le Sang des innocents

Le Sang des innocents (2001) : le test complet du Blu-ray

Non ho sonno

Blu-ray + Livret

Réalisé par Dario Argento
Avec Max von Sydow, Stefano Dionisi et Chiara Caselli

Édité par Extralucid Films

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Le 29/04/2024
Critique

Un retour convaincant de Dario Argento à ses premières amours, au giallo pur et dur.

Le Sang des innocents

À Turin, un tueur assassine des femmes dans des circonstances identiques à celles d’une série de meurtres perpétrés vingt ans auparavant. La police piétine et le commissaire Ulisse Moretti, autrefois chargé de l’enquête, reprend du service.

Le Sang des innocents (Non ho sonno), sorti en Italie en 2001, un an plus tard en France, marque le retour de Dario Argento à ses premières amours, au giallo. Un genre qui lui avait assuré en Italie une grande popularité dans les années 70 et 80 avec une dizaine de films, de L’Oiseau au plumage de cristal (L’Uccello dalle piume di cristallo, 1970) à Opera (1987), en passant par Les Frissons de l’angoisse (Profondo rosso, 1975) et Suspiria (1977). Une popularité érodée par la choix qu’il avait fait de s’essayer à d’autres genres dans les années 90, notamment pour Le Syndrome de Stendhal (La Sindrome di Stendhal, 1996) ou Le Fantôme de l’Opéra (Il Fantasma dell’opera, 1998). Reçus tièdement par le public et la critique, ils seront réévalués plus tard.

Affublé d’un titre français aberrant pour éviter toute confusion avec J’ai pas sommeil, réalisé par Claire Denis en1994, Le Sang des innocents s’appuie sur un scénario original concocté par le réalisateur avec Franco Ferrini, complice de l’écriture d’une bonne douzaine de ses films. Fausses pistes, rebondissements, coupable insoupçonnable jusqu’à la dernière minute et, bien sûr, de bonnes giclées d’hémoglobine des assassinats au mode opératoire horrifique, avec la palme décernée à l’enfoncement au tréfond de la bouche d’une victime d’un… cor anglais !

Le Sang des innocents

Le Sang des innocents rassemble une belle distribution italienne : Chiara Caselli, Stefano Dionisi, révélé par le rôle-titre de Farinelli : il castrato (Gérard Corbiau, 1994), Gabriele Lavia, Massimo Sarchielli (155 rôles), autour d’une attractive tête d’affiche, Max von Sydow, l’inoubliable chevalier d’un des chefs-d’oeuvre d’Ingmar Bergman, Le Septième sceau (Det Sjunde inseglet, 1957) encouragé à tenir le rôle d’Ulisse Moretti par William Friedkin qui l’avait employé en 1974 dans L’Exorciste.

Pour Le Sang des innocents, Dario Argento a rassemblé une belle équipe : Sergio Stivaletti, un de ses fidèles, pour les effets visuels, Anna Rosa Napoli pour un montage efficace et Claudio Simonetti à la tête du groupe Goblin, pour l’accompagnement musical, ainsi que le directeur de la photographie Ronnie Taylor, collaborateur de grands réalisateurs britanniques, américains et italiens, oscarisé pour Gandhi (Richard Attenborough, 1983).

Extralucid Films, après Trauma (1993), sorti en décembre 2022 et déjà épuisé, a proposé, en même temps que Le Sang des innocents, trois autres films de Dario Argento, tous entourés des mêmes soins : Le Syndrome de Stendhal (La Sindrome di Stendhal, 1996), The Card Player (Il Cartaio, 2004) et Lunettes noires (Occhiali neri, 2022).

Des rééditions bienvenues après la sortie, en décembre 2022, par les Films du Camélia, du Coffret Blu-ray de six films de Dario Argento, Phenomena, Profondo rosso, L’Oiseau au plumage de cristal, Ténèbres, Opera et Le Chat à neuf queues avec, en supplément, le documentaire de Jean-Baptiste Thoret, Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain. Aujourd’hui épuisé, ce coffret est en cours de retirage au moment où nous écrivons ces lignes.

Le Sang des innocents

Présentation - 3,5 / 5

Le Sang des innocents (117 minutes) et ses suppléments (65 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier au format Blu-ray, glissé dans un épais cartonnage en compagnie d’un livret.

Le film est proposé en italien, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 5.1, et au format DTS-HD MA 2.0 stéréo pour l’anglais qui semble, en observant le mouvement des lèvres, avoir été la langue employée pendant le tournage, et dans un doublage en français DTS-HD MA 5.1.

Le livret de 48 pages, abondamment illustré de photos du film, s’ouvre sur un extrait de l’autobiographie Paura publiée en 2014 (éditée en français par Profondo Rosso en 2018) dans lequel Dario Argento rappelle la genèse du film. Suivent, enregistrés en 2000, au moment du tournage du film, deux entretiens conduits par Jean-Baptiste Thoret, l’un avec Dario Atgento, l’autre avec Claudio Simonetti, compositeur de la musique originale. Le livret se referme sur une imposante revue de presse. Un apport utile.

Bonus - 3,5 / 5

Quatre entretiens exclusifs produits par Extralucid Films :

Entretien inédit avec Dario Argento (français, 8’). Il a aimé réaliser ce film hitchcockien au scénario complexe à la tonalité psychanalytique, avec Max von Sydow qu’il avait rencontré à Nice. Il a choisi le cadre d’un quartier de la périphérie de Turin, construit autour des usines Fiat, habité par des grandes familles.

Analyse du film par Jean-Baptiste Thoret (13’), critique et historien du cinéma, réalisateur en 2019 de Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain. Réalisé au terme d’une « décennie difficile » (le dernier succès d’Argento en Italie remonte à Opera en 1989) avec l’envie de retrouver le public de ses premiers films, « d’un retour à sa marque de fabrique (…), au giallo pur et dur », en reprenant des idées de ses précédents films, en particulier de Profondo rosso, également tourné à Turin. Max von Sydow incarne un personnage qui peut rappeler Argento lui-même.

La séquence d’ouverture vue par Jean-Baptiste Thoret (9’). Il analyse « la dilatation d’une séquence de douze minutes à partir d’une ligne de script » pour « un grand moment de cinéma (…) où Argento explore toutes les ressources du lieu, un train ». La scène rappelle Il Tram (1973), un épisode de l’anthologie La Porta sul buio, et se termine magistralement par le plan terrifiant du vain appel à l’aide, masqué par la fermeture d’un rideau cachant la mort d’une femme qui a vu « quelque chose qu’elle n’aurait pas dû voir ». Une situation récurrente du cinéma argentien où le tueur est démasqué par un marginal, ici une prostituée.

Entretien avec Claudio Simonetti, auteur-compositeur (anglais, sous-titré, 17’). Le fondateur du groupe Goblin raconte comment il a été amené à la musique. Il avait 22 ans quand Dario Argento lui a commandé la musique, du « rock progressif », de Profondo rosso, « un beau début », puis de Suspiria. Il a reformé le groupe Goblin pour Non ho sonno.

Et aussi :

Making of Non ho sonno (Sul set di Non ho sonno, 2001, 4/3, italien sous-titré, 15’). Pendant le tournage de la scène du train, Dario Argento dit avoir voulu, « après avoir exploré d’autres perspectives pendant une vingtaine d’années (…) obéir à une petite voix intérieure » et revenir à sa spécialité, le giallo, dont il rappelle les codes… Avec l’interview d’acteurs, Stefano Dionisi, Gabriele Lavia, Chiara Caselli, Roberto Zibetti, plusieurs scènes de tournage, marquées par les directives à haute voix d’Argento (beaucoup de scènes étaient tournées sans prise du son direct)…

Deux bandes-annonces (2’47”).

Le Sang des innocents

Image - 5,0 / 5

L’image, au ratio d’origine de 1.85:1, fraîchement restaurée, réencodée au format 1080p, AVC, d’une impeccable propreté, lumineuse et bien contrastée, avec des noirs denses, affiche une bonne résolution et des couleurs naturelles soigneusement étalonnées dans une palette assez chaude. Un bon piqué avec préservation du grain du 35 mm, fin et homogène.

Le Sang des innocents

Son - 4,5 / 5

Le son de la version en italien, au format DTS-HD MA 5.1, propre, avec une bonne dynamique, assure l’équilibre entre les dialogues, clairement restitués, l’accompagnement musical et l’ambiance.

Le doublage en français, au format DTS-HD MA 5.1, est techniquement satisfaisant bien qu’il place trop en avant des dialogues manquant un peu de naturel et qu’il soit moins bien synchronisée avec les lèvres que la version en anglais.

L’image sonore étant placée sur le plan frontal dans les trois versions, je recommande celle qui est de loin la plus réaliste, la version stéréo en anglais, la langue de tournage du film, au format DTS-HD MA 2.0 stéréo.

Crédits images : © Medusa Film, Opera Film, Pretty Pictures

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 30 avril 2024
Un retour con brio de Dario Argento à ses premières amours, avec une reprise des codes du giallo, le genre qui avait assuré sa renommée en Italie… et ailleurs. Le film nous revient, restauré et richement complété, en même temps que quatre autres remarquables rééditions de longs métrages du cinéaste par Extralucid Films.

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