Tous au Larzac : le test complet du DVD

2008. Réalisé par Christian Rouaud

Édité par Ad Vitam

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Le 20/07/2012
Critique

Marizette Tarlier, Christiane Burguière, Pierre Bruguière, Léon Maillé, José Bové, Michèle Vincent, Christian Roqueirol… sont quelques uns des acteurs, drôles et émouvants, d’une incroyable lutte, celle des paysans du Larzac contre l’Etat, affrontement du faible contre le fort, qui les a unis dans un combat sans merci pour sauver leurs terres. Un combat déterminé et joyeux, mais parfois aussi éprouvant et périlleux. Tout commence en 1971, lorsque le gouvernement, par la voix de son ministre de la Défense Michel Debré, déclare que le camp militaire du Larzac doit s’étendre. Radicale, la colère se répand comme une trainée de poudre, les paysans se mobilisent et signent un serment : jamais ils ne cèderont leurs terres. Dans le face à face quotidien avec l’armée et les forces de l’ordre, ils déploieront des trésors d’imagination pour faire entendre leur voix. Bientôt des centaines de comités Larzac naitront dans toute la France… Dix ans de résistance, d’intelligence collective et de solidarité, qui les porteront vers la victoire.

Le réalisateur Christian Rouaud a été remarqué en 2007 grâce à son documentaire Les Lip - L’imagination au pouvoir qui revenait sur la grève ouvrière la plus emblématique de l’après Mai 68, celle de l’usine Lip de Besançon. On y découvrait déjà le déroulement minutieux et documenté de cette lutte, à travers les témoignages des principaux protagonistes de l’époque illustrés par des images d’archive.

Christian Rouaud reprend ici le même concept dans Tous au Larzac, documentaire exceptionnel qui retrace, de 1970 à 1981, dans le cadre immense du haut plateau du Larzac mais aussi dans la ville de Paris, les onze années de luttes non-violentes et inventives menées par les paysans et paysannes du lieu contre leur expropriation au profit du projet de l’époque d’agrandir le camp d’entraînement militaire du Larzac. Ces hommes et ces femmes de la micro-société paysanne conservatrice et catholique française de l’époque se virent avec étonnement et parfois un peu de crainte épaulés par des dizaines de milliers de personnes qui, pour certaines, ont depuis fait souche dans ce pays en s’installant comme agriculteurs.

 » Faites labour, pas la guerre « . Les protagonistes se confient face caméra, entre rires et larmes, et s’avèrent toujours animés par cette lutte, quarante ans après. Parmi les acteurs du Larzac, José Bové (véritable gaulois à moustaches qui lutte toujours aujourd’hui contre l’envahisseur) se rappelle les différentes actions menées, certains ayant été prêts à mettre leur vie en danger pour la survie du collectif. Oeuvre indispensable, au montage vif, abondamment illustrée par d’impressionnantes images d’archives tout en laissant de côté (et heureusement) une voix-off explicative, Tous au Larzac porte un regard neuf sur les années 70 et réhabilite ces femmes et ces hommes, unis pour faire respecter leurs droits face à un état implacable. Un combat qui continue d’ailleurs aujourd’hui, car même si les années ont passé, la lutte perdure sur bien des fronts. Qui plus est, pour les amoureux du cinéma, Tous au Larzac s’apparente à un vrai film de guerre voire à un western, ce qui n’est pas souvent le cas pour un documentaire traditionnel.

Généralités - 3,5 / 5

Les menus principaux des deux disques sont lumineux, animés et musicaux. Les deux DVD reposent dans un boitier classique, le visuel reprenant celui de l’affiche du film.

Bonus - 4,5 / 5

L’éditeur répartit trois heures de suppléments sur deux disques.

La première galette comprend une préface dithyrambique de Tous au Larzac signée Bertrand Tavernier. Ce texte lu du réalisateur, scénariste, producteur et écrivain français, encense le film de Christian Rouaud et dresse un par un tous les ingrédients propres au western contenus dans Tous au Larzac.

Un making of de 28 minutes gâche un peu la spontanéité du film puisqu’on y voit le réalisateur et sa petite équipe  » mettre en scène  » les déplacements des protagonistes, la répétition de certains propos, ou le simple envol d’oiseaux préparé à l’avance. Il n’est finalement pas si utile de visionner ce document, qui certes montre un peu plus les terres du Larzac, mais qui dénature quelque peu la fraîcheur de l’oeuvre finale. Demeure l’osmose de l’équipe, ravie de partager cette aventure en commun.

Le deuxième DVD est rempli à craquer de suppléments !

L’interactivité de ce second disque débute par plus d’une heure d’entretiens réalisés avec la plupart des protagonistes de Tous au Larzac, tous réunis pour parler à nouveau du combat livré depuis 1971 et qui a depuis fait des émules à travers le monde. Divisé en dix sections, on y évoque ici les forces syndicales, l’après-Mitterrand, le retour de la solidarité (le Larzac a participé aux manifestations antinucléaires dans le Pacifique), la gestion collective du foncier, les enfants du Larzac, la fameuse affaire du McDonald’s (pas un saccage mais un démontage s’amuse José Bové), la lutte des classes buissonnières, les faucheurs volontaires d’OGM, la lutte contre le gaz de schiste et les spoliations de terres dans le monde. Ces propos supplémentaires, bourrés d’anecdotes, prolongent intelligemment le film, sans jamais tomber dans la redite.

Nous trouvons ensuite 10 scènes et un épilogue laissés sur le banc de montage, pour une durée totale de 36 minutes. Si vous voulez en savoir plus sur l’action  » commando  » dans les mairies du plateau, le centre de recherche sur la non-violence, la guerre des tranchées en 3 épisodes, le renvoi des livrets militaires, l’arrivée inopportune de brebis au tribunal, le 3% de l’impôt pour les paysans en lutte, le défilé militaire à Millau, les réunions des comités Larzac et les femmes, le  » Larcac Université « , etc, c’est ici qu’il faudra vous tourner. Ces témoignages et archives, probablement écartés pour une question de rythme, se révèlent tout aussi indispensables que le film lui-même.

Le réalisateur Christian Rouaud intervient ensuite dans un entretien de 45 minutes. Il partage ses souvenirs d’ancien professeur de Lettres devenu par la suite responsable de formation audiovisuelle dans l’Education Nationale, puis  » saltimbanque  » à l’âge de 45 ans. C’est avant tout le plaisir de tenir la caméra et de filmer qui ressort de cette interview dense et spontanée durant laquelle Christian Rouaud pose un regard tendre et passionné sur l’histoire du Larzac et de ses acteurs. On en apprend également sur son travail avec les protagonistes, comment le film a pu se mettre en place et comment les 8 semaines de tournage ont été nourries d’histoires et de souvenirs qui s’ajoutaient au fur et à mesure des prises de vue. Enfin, notre interlocuteur revient sur les conditions de tournage, les partis-pris, les phases du montage (une centaine d’heures d’interviews condensées dans un montage de 15, puis 6, 4 et enfin 2 heures) et la victoire du César du meilleur documentaire.

La voix de Christian Rouaud se fait à nouveau entendre sur trois scènes commentées du film (6’20”), en l’occurrence la bergerie, le plan des oiseaux et la séquence des bâtons, durant lesquelles le cinéaste s’exprime notamment sur la mise en scène.

Les acteurs principaux de Tous au Larzac s’expriment à nouveau, chacun leur tour, sur une  » affiche de combat  » sélectionnée. Ces petits commentaires (13 minutes divisées en 7 interventions) en apprennent beaucoup sur la création de ces outils utilisés pour étendre et faire connaître leur lutte.

L’interactivité de ce deuxième DVD se clôt sur la bande-annonce du film.

Image - 3,5 / 5

L’image vidéo ne fait pas vraiment d’éclat, un léger bruit vidéo demeure notable tout du long et on espérait un piqué plus mordant. Les images d’archives apparaissent évidemment griffées et parfois vibrantes mais sont dans l’ensemble propres et nettes. Les paysages du Larzac sont choyés et la définition correcte mais la colorimétrie apparaît un peu délavée et terne. Malgré tout, les protagonistes sont bien éclairés et, comme le désirait le réalisateur, bien mis en valeur.

Son - 3,5 / 5

La piste Dolby Digital 5.1 a beau présenter une belle ouverture des enceintes, l’essentiel du mixage demeure essentiellement canalisé sur les frontales et la centrale. Cette dernière exsude sans mal les propos des intervenants, tandis que la balance des enceintes avant se révèle dense et équilibrée. En revanche, les latérales n’ont que peu d’occasions d’intervenir (quelques ambiances naturelles, et encore) et d’appuyer le confort acoustique. L’écoute demeure riche mais n’hésitez pas à sélectionner immédiatement la piste stéréo, qui offre une densité acoustique encore plus flagrante et surtout largement suffisante pour un film de ce genre. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm

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