Tabou : le test complet du Blu-ray

Tabu

2012. Réalisé par Miguel Gomes
Avec Teresa Madruga, Laura Soveral et Ana Moreira

Édité par Shellac Sud

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Le 07/01/2014
Critique

Une vieille dame au fort tempérament, sa femme de ménage Cap-Verdienne et sa voisine dévouée à de bonnes causes partagent le même étage d’un immeuble à Lisbonne. Lorsque la première meurt, les deux autres prennent connaissance d’un épisode de son passé : une histoire d’amour et de crime dans une Afrique de film d’aventures.

Tabou est le troisième long métrage du cinéaste portugais Miguel Gomes. Ce film magnifique tourné dans un N&B flamboyant combinant les pellicules 35mm et 16mm, établit un dialogue avec le cinéma muet, les films d’aventures hollywoodiens des années 40 et les drames romanesques des fifties avec une virtuosité confondante.

Le premier film de Miguel Gomes, La Gueule que tu mérites (2004) baignait déjà dans une atmosphère de conte surnaturel tandis que son second long métrage Ce Cher mois d’août (2008) puisait dans le genre documentaire pour illustrer les amours contrariées d’une chanteuse et de son cousin. Tabou, titre emprunté au dernier film de l’immense cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Murnau, apparaît donc comme un film somme, unissant la vision documentaire de la décolonisation portugaise en Afrique avec une romance poétique et mélodramatique.

En plus de ravir les sens et l’esprit, Tabou apparaît comme une véritable bouffée de fraîcheur. Un vent de liberté souffle sur le film, tourné à moitié en improvisation, notamment la partie africaine filmée comme au temps du muet et dénuée de dialogues. Seules des ambiances naturelles, la musique et une voix off sublime narrent les rapprochements des protagonistes, leurs querelles, leurs espoirs et désillusions. On plonge directement dans Tabou, premièrement par la force évocatrice des images puis par la puissance émotionnelle et lyrique de son histoire d’amour et de ses rebondissements en tous genres.

Il semble que Manoel de Oliveira ait enfin trouvé son digne successeur. Afin de vous laisser happer par cette oeuvre fascinante et ambitieuse, nous vous conseillons d’en savoir le moins possible sur l’histoire et les partis-pris esthétiques.

Généralités - 4,5 / 5

Auréolé d’une critique dithyrambique et d’un joli succès dans les salles, Tabou a déjà connu une très belle édition DVD en mai 2013 et se voit finalement auréolé d’une édition HD en cette fin d’année 2013. A nouveau, Shellac livre un très bel objet pour la sortie du film de Miguel Gomes en Blu-ray. Cette fois, les suppléments et le film sont réunis sur une seule et même galette qui repose dans un boîtier classique de couleur bleue à la superbe jaquette, reprenant le visuel très élégant de l’affiche du film. L’ensemble est glissé dans un surétui cartonné.

Le livre d’une cinquantaine de pages que l’on trouvait inséré dans le digipack de l’édition DVD a été ramené à une douzaine de pages et comprend deux rapides entretiens avec le réalisateur Miguel Gomes et les biographies des comédiens. Le scénario original de la partie africaine, finalement délaissé par le réalisateur afin de privilégier l’improvisation, n’a donc pas été repris. Notons également le soin apporté à la sérigraphie du Blu-ray. Le menu principal est très beau, animé et musical.

Bonus - 4,0 / 5

Pour cette nouvelle édition de Tabou en Blu-ray, l’éditeur a ajouté le dernier court-métrage de Miguel Gomes, Rédemption (2013, 26’). Le 21 janvier 1975, dans un village du nord du Portugal, un enfant écrit à ses parents en Angola pour leur dire combien le Portugal est triste. Le 13 juillet 2011, à Milan, un vieil homme se souvient de son premier amour. Le 6 mai 2012, à Paris, un homme dit à sa petite fille qu’il ne sera jamais véritablement un père. Lors d’une cérémonie de mariage le 3 septembre 1977 à Leipzig, la mariée lutte contre un opéra de Wagner qu’elle ne peut se sortir de la tête. Mais où et quand ces quatre pauvres diables ont-ils commencé leur quête de rédemption ?

Patchwork virtuose, collage de génie, ce film met en parallèle quatre interlocuteurs d’origines différentes, portugaise, italienne, française, allemande, dans une époque bien déterminée, chacun réalisant comme une confession via des images « familiales » réalisées en Super 8 couleur et en 16mm noir et blanc. Un traumatisme personnel est à l’origine de chacune de ces confidences épistolaires à travers lesquelles les narrateurs tentent de s’excuser de ne pas pouvoir être capable d’aimer comme il le faudrait. Nous apprenons à la fin qu’elles sont attribuées à des personnalités politiques européennes très célèbres. Miguel Gomes nous emmène dans une spirale étourdissante de sons et d’images.

Nous retrouvons ensuite les mêmes suppléments que sur l’édition DVD de Tabou, à savoir les deux autres courts-métrages de Miguel Gomes :

Inventaire de Noël (2000, 21’). Il s’agit d’un petit film non narratif, sans récit mais avec des situations, passant d’une « péripétie » cocasse à l’autre le jour de Noël. Une famille, des adultes, des enfants, des animaux, gesticulent, crient, se disputent, dans une atmosphère délirante pleine de couleurs et de musique.

Plus inclassable est 31 (2002, 28’), un film tourné avec une totale liberté, sans scénario, laissant libre cours à l’imagination du réalisateur. Décalé, traitant des rapports de classes et de pouvoir, tourné en DV de mauvaise facture, ce petit film étrange centré sur une histoire d’amour adolescente demeure encore plus énigmatique à la fin qu’au début. Pour vous rassurer, il en est de même pour Miguel Gomes. Au Portugal, être dans un 31 signifie avoir des ennuis.

Shellac joint également une interview absolument passionnante de Miguel Gomes (15’). Longuement, posément, le cinéaste se penche (en français) sur l’esthétique de Tabou, le choix du N&B, ses références (Murnau, le cinéma hollywoodien des années 40), les conditions de tournage (improvisations pour la partie africaine) et la réception du film.

Nous trouvons également les credits du disque.

Image - 4,5 / 5

Shellac nous livre un Blu-ray au format 1080i. La partie lisboète de Tabou a été filmée en N&B 35mm, tandis que l’histoire d’amour africaine a bénéficié d’un tournage en N&B 16mm. La copie HD (1.37, 4/3 compatible 16/9) proposée est très impressionnante, même si finalement le gain par rapport à l’édition DVD demeure minime. L’image est toujours sidérante de beauté, les noirs sont denses, les blancs éclatants (peut-être un peu plus qu’en DVD), la gestion des contrastes magnifique et le piqué affiche une précision hallucinante. Le codec AVC consolide l’ensemble avec brio, le léger grain de la deuxième partie demeure flatteur. Toutes les scènes arborent un relief et une restitution des matières fort étonnants. Alors un conseil, si vous possédez déjà le DVD de Tabou, gardez-le, d’autant plus que le packaging est superbe et la copie resplendissante. Si vous ne l’aviez pas encore, ruez-vous sur le Blu-ray qui renforce les contrastes et la clarté du film, et qui renferme également un court-métrage supplémentaire par rapport au DVD.

Son - 4,5 / 5

Sur le DVD, seule une piste stéréo était disponible. Pour cette édition HD, Shellac propose une version originale unique en DTS-HD Master Audio 5.1 ! Ce mixage se révèle évidemment plus riche et harmonieux, tout en restituant avec la même acuité les ambiances naturelles et les silences olympiens. Les dialogues sont dynamiques, en particulier la voix du narrateur bien canalisée sur la centrale, le confort acoustique est indéniable et l’apport des latérales judicieusement réparti. Contrairement à l’édition SD qui proposait des sous-titres français directement incrustés sur l’image, ils ne sont pas imposés ici.

Crédits images : © Shellac Sud

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm

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