Amos Gitaï : Carmel + Lullaby to My Father : le test complet du DVD

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Réalisé par Amos Gitaï
Avec Yaël Abecassis, Theo Ballmer et Ran Danker

Édité par Epicentre Films

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Le 11/03/2014
Critique

Le prolifique et éclectique réalisateur israélien Amos Gitaï a fait ses classes dans les années 1970 à travers le genre documentaire pour mieux apprendre à capturer l’essence de ses sujets abordés plus tard dans ses fictions. Cinéaste en herbe (Ananas, Bangkok-Bahrein), metteur en scène ambitieux (Kippour, Kadosh), agaçant (Kedma, Désengagement), hermétique (Naissance d’un golem), soucieux du devoir de mémoire (Dans la vallée de la Wupper) et défenseur de la cause féminine (Alila), Amos Gitaï a voulu rendre hommage à ses parents disparus à travers ce qui apparaît aujourd’hui comme un diptyque, avec les films Carmel et Lullaby to My Father.

Depuis ses premières oeuvres, Amos Gitaï a su développer un style singulier, souvent composé de longs plans-séquences et des travellings latéraux créant comme un mouvement de pendule oscillant de droite à gauche et de gauche à droite. A travers ses longs métrages, les personnages se rencontrent souvent sans pour autant entendre ce que l’autre a à dire. Les langues s’affrontent, les voix s’enchevêtrent et même les images se chevauchent, créant deux voire plusieurs actions simultanées imprimées sur le même écran.

Dans Carmel et Lullaby to My Father, Amos Gitaï souhaite reconstituer la vie de ses parents à travers un traitement original des archives dont il dispose - les films sont largement illustrés par des photographies personnelles et des films de famille tournés en Super 8 - en y incorporant des scènes de reconstitution, dans le but de trouver les réponses aux questions restées en suspens depuis la mort de son père et de sa mère.

Carmel (2009), qui doit son titre au nom d’une montagne située dans la région d’Haïfa et ville natale du cinéaste, est résumé à travers un poème de Nathan Zach, lu par Jeanne Moreau dans le film :

« C’est un poème sur les gens
Ce qu’ils croient et ce qu’ils veulent
Et ce qu’ils croient vouloir
Même si peu nombreuses sont les choses sur cette terre
Qui méritent notre intérêt
Et c’est un poème sur ce que les hommes font
Car ce qu’ils font
Est plus important que ce qu’ils n’ont pas fait
Et c’est un poème sur les êtres humains
Sur ce qu’ils ressentent dans la nuit bleue
Qui chante l’hymne des caravanes
Et comment ils goûtent au sable
Dans l’avion en flammes
Qui s’abat en sifflant
Comme un chant de deuil ardent
Et pour finir
Ce sont des poèmes de guerre
Ecrits sur un bureau
Alors qu’elle fait rage
Sans pitié. »

Plus attachant que Lullaby to My Father (2012), Carmel demeure un film expérimental où la technique l’emporte toutefois sur l’émotion. Si la plastique et la technique sont irréprochables, l’ensemble reste froid. Lullaby to My Father est d’ailleurs encore plus radical, souvent composé de plans fixes. Dans ce film, nous suivons le parcours de Munio Gitaï, né en 1909 en Pologne. A l’âge de 18 ans, Munio part à Berlin rejoindre Walter Gropius, Kandinsky et Paul Klee au Bauhaus. En 1933, le Bauhaus est fermé par les nazis sur l’ordre d’Hitler. Munio est accusé de trahison contre le peuple allemand (le procès est reconstitué dans une très longue séquence), emprisonné puis expulsé à Bâle. Il part alors pour Haïfa (Palestine) avant la création d’Israël, où il devient architecte.

Dans Carmel et Lullaby to My Father, la forme du patchwork visuel et sonore (avec les voix de Jeanne Moreau dans les deux films, et Hanna Schygulla en plus dans le second) annihile l’affection et le caractère universel que l’on aurait voulu éprouver pour Efratia Gitaï d’un côté, et Munio Gitaï Weinraub de l’autre. Amos Gitaï se retrouve souvent piégé par son dispositif narratif. Depuis une dizaine d’années, le réalisateur entend créer l’émotion en incitant les spectateurs à reconstituer les pièces d’une image éclatée, un kaléidoscope, sans malheureusement parvenir à maintenir l’intérêt de son audience.

Il faut véritablement creuser pour dénicher les éléments susceptibles de retenir notre attention. Amos Gitaï est souvent trop gourmand et aurait nettement gagné à épurer ses deux oeuvres testamentaires, notamment des scènes où il se met lui-même en scène qui ont tendance à irriter. L’apparition et le témoignage de ses enfants et de sa femme sont relativement évocateurs de la quête existentielle menée par le cinéaste.

Les spectateurs qui voudront bien accorder quelques heures aux deux films d’Amos Gitaï doivent être préparés, conditionnés au style parfois déconcertant du réalisateur, et être suffisamment au fait de l’histoire Palestine-Israël, au risque d’être réellement décontenancés et laissés rapidement sur le bas-côté. Mais après tout, peut-être faut-il plusieurs visionnages, ou plutôt deux écoutes de ces deux poèmes, afin de mieux les apprécier.

Généralités - 4,0 / 5

Le digipack à trois volets est glissé dans un boîtier cartonné et comporte les deux galettes sobrement sérigraphiées. Les menus principaux sont sensiblement animés et musicaux. Nous trouvons également un beau livret Carmel & Lullaby to My Father, comprenant une analyse des deux films par Jean-Michel Frodon, de très belles photos et la traduction de chaque texte en anglais.

Bonus - 4,0 / 5

Sur le DVD de Carmel, l’éditeur joint 3 heures, oui, 180 minutes de correspondances de Efratia Gitaï, de 1929 à 1994, lues par Jeanne Moreau. Diffusées sur France Culture, ces lectures sont divisées en neuf chapitres proposant chacun une photographie fixe en fond d’écran. Jeanne Moreau, mais également Amos Gitaï qui s’invite à plusieurs reprises, évoquent donc la mère du réalisateur à travers sa correspondance, des pages choisies par les deux collaborateurs où Efratia Gitaï évoque son enfance, sa soif d’indépendance, son culte de l’amitié, son combat pour la lutte des femmes, les tensions avec ses parents. L’immense comédienne fait également quelques apartés afin de situer le contexte politique et historique en Palestine durant lequel a été rédigée telle ou telle lettre. Nous ne saurons que trop vous conseiller d’espacer cette écoute.

Sur les deux disques, nous trouvons également une petite galerie de photos. La bande-annonce est également disponible pour Lullaby to My Father, ainsi que la filmographie (sélective) du réalisateur, ainsi qu’une interview d’Amos Gitaï par Serge Toubiana (15’), durant laquelle le cinéaste croise habilement le fond avec la forme des deux films qui nous intéressent, développe la genèse de chaque volet de ce diptyque.

Image - 4,0 / 5

Les deux films ont été tournés en vidéo pour la partie documentaire. A ces images, Amos Gitaï ajoute également quelques archives personnelles tournées en Super 8, propres et claires, ainsi que des photographies. Peu de choses à dire concernant l’efficacité de ces deux masters, le confort de visionnage est rempli, le piqué ciselé, les détails appréciables.

Son - 4,0 / 5

Les deux films sont proposés en Dolby Digital 5.1 et en Stéréo. La spatialisation est fort correcte dans les deux cas, les voix solidement (en anglais en français et en hébreu) plantées sur le canal central, la balance frontale est riche et équilibrée et diverses ambiances naturelles sont exsudées sur les latérales. Les versions Stéréo sont également de fort bon acabit et mixe les voix, les effets et la musique avec fluidité et homogénéité. Les sous-titres français sont évidemment disponibles, mais manquent malheureusement sur certains dialogues en langue étrangère, à l’instar des séquences de destruction du Temple par les romains, alors que les sous-titres anglais sont étrangement disponibles sur ces scènes !

Crédits images : © Epicentre Films

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm
Note du disque
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Franck Brissard
Le 18 janvier 2014
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