Irma la Douce (1963) : le test complet du Blu-ray

Édition Spéciale

Réalisé par Billy Wilder
Avec Jack Lemmon, Shirley MacLaine et Lou Jacobi

Édité par Rimini Editions

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Le 07/05/2018
Critique

Irma la douce

À Paris, dans le quartier des Halles, les prostituées et leurs souteneurs vivent en bonne intelligence avec les gens de la police. C’est alors que débarque Nestor Patou, flic droit, honnête et naïf. Il ne tarde pas à tomber amoureux d’Irma la douce, la plus populaire des prostituées de la rue Casanova.

Irma la douce, sorti en juin 1963, est l’adaptation par Billy Wilder et son scénariste préféré, I.A.L. Diamond (ils feront douze films ensemble), d’une comédie musicale, Les Harengs terribles écrite par Alexandre Breffort, avec une musique composée par Marguerite Monnot et Colette Renard et avec, dans les rôles principaux, Michel Roux. Montée à Paris, au théâtre Gramont, où elle restera à l’affiche pendant plus de 1 500 représentations, elle sera adaptée avec succès à Londres et à Broadway. Plus qu’il n’en fallait pour susciter une adaptation au cinéma, dans un contexte favorable pour le genre, comme l’avait montré l’accueil réservé à West Side Story.

Seulement, voilà, Billy Wilder détestait la comédie musicale : il n’y aurait ni chansons ni danses dans son film ! Le producteur Walter Mirish accepta (le seul morceau rescapé de la partition de Marguerite Monnot, c’est la musique du générique), mais exigea, en contrepartie, un tournage en couleurs. Ce sera donc le deuxième film en couleurs de Billy Wilder après La Valse de l’empereur (The Emperor Waltz, 1948)… une comédie musicale !

Irma la douce

Irma la douce, tourné pendant onze jours en août 1962, puis, pour l’essentiel, dans les Studios Goldwyn à Los Angeles où le directeur artistique Alexandre Trauner (Les Enfants du Paradis) dut recréer le quartier des Halles, le tournage à Paris étant techniquement inenvisageable. De magnifiques décors, si évocateurs de la réalité, bien que complètement imaginés par Trauner, parisien d’adoption (et directeur artistique de sept autres films de Billy Wilder). Pour éviter les odeurs pestilentielles que n’auraient pas tarder à dégager de vraies victuailles, les pièces de viande, légumes, poissons et autres crustacés ont été moulés sous vide et peints !

The poules, the macs and the flics

Voilà, en franglais dans le texte, les trois types de personnages qui habitent les cadres du film, les clients ne faisant que passer, sans qu’on ait trop le temps de les dévisager. Un cinéphile attentif aura toutefois pu, en voyant passer un marin américain, transistor collé à l’oreille, reconnaître un visage familier, celui de James Caan pour sa toute première apparition sur les écrans de cinéma. On aurait même pu le voir grimper les escaliers de l’hôtel avec une fille à chaque bras, si la scène n’avait pas été coupée dans la crainte qu’elle ne déclenche les foudres de la censure en des temps où le code Hays sévissait encore.

Irma la douce

Jack Lemmon et Shirley MacLaine forment un duo encore plus parfait que celui de La Garçonnière. Totalement à l’aise dans les trois représentations qu’il donne du personnage, celui de Nestor Patou, le flic naïf, celui du proxénète qu’il devient après avoir été viré de la police et celui de Lord X, le châtelain anglais qu’il prétend être. Shirley MacLaine, magnifiquement photographiée par Joseph LaShelle (le chef opérateur de quatre films de Billy Wilder dans les années 60), n’a jamais été plus rayonnante que dans ce rôle.

Irma la douce tire ses meilleurs atouts de la distribution des deux rôles principaux, de ses décors et, pour une part, de l’image de carte postale qu’elle donne de Paris. On apprécie également un humour qui fait souvent mouche avec, par exemple, la trouvaille du chien alcoolique d’Irma ou, encore de l’application de Nestor à peaufiner son accent anglais en citant le Pygmalion de George Bernard Shaw « The rain in Spain stays mainly in the plain », comme le fera Audrey Hepburn, dans My Fair Lady que George Cukor réalisera deux ans plus tard.

Bien qu’elle n’ait pas la classe de Certains l’aiment chaud ou de La Garçonnière, cette comédie reste agréable jusqu’à sa clôture par une chute… fantastique !

Irma la douce

Généralités - 4,5 / 5

Irma la douce (143 minutes) et ses suppléments (50’) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier de 11 mm glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, ou dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 1.0.

À l’intérieur du boîtier, un livret de 32 pages, illustré, rédigé par Marc Toullec, intitulé Passe-passe sur le pavé parisien. A Day in the United Nations avec les Marx Brothers devait suivre La Garçonnière (The Apartment) si la mort subite de Groucho Marx n’avait amené Billy Wilder à abandonner le projet pour tourner Un, deux, trois, une comédie berlinoise sur la guerre froide avec James Cagney et Pamela Tiffin, avant de reformer le couple Jack Lemmon/Shirley MacLaine. Le succès de la comédie musicale à Paris, puis à New York, attire l’attention des producteurs et celle de Billy Wilder, intéressé par sa nature vaudevillesque, mais pas par la musique ! Charles Laughton, pressenti pour le rôle de Moustache, le patron du bistrot, ne put être retenu : il allait être emporté par un cancer en décembre 1962. Le livret évoque la construction des remarquables décors, ceux du quartier des Halles dans les Studios Goldwyn pour 250 000 dollars, et, pour la même somme, ceux de l’église de la scène finale. Malgré les risques pris avec la censure, le film put sortir avec de minimes coupures et le succès fut au rendez-vous, les recettes accumulées atteignant cinq fois le prix de revient de 5 millions de dollars. Une bonne aubaine pour les trois qui avaient négocié une participation aux recettes, Billy Wilder, Jack Lemmon et Shirley MacLaine !

Un livret vivant, bourré d’anecdotes amusantes, comme celle sur la conscience professionnelle de Shirley MacLaine, partie se documenter sur le métier d’Irma… sur les trottoirs de la rue Saint-Denis !

Irma la douce

Bonus - 4,0 / 5

Conversation entre Mathieu Macheret et Frédéric Mercier (33’), respectivement critique au quotidien Le Monde et rédacteur au magazine Transfuge. Ils rappellent les origines du film, le casting, les couleurs vives et bariolées de l’image, obtenues en dépit de l’attachement de Billy Wilder au noir et blanc, les décors de Trauner, l’univers malléable d’une oeuvre dans lequel Jack Lemmon endosse trois identités. Le sexe n’est jamais montré : on voit seulement l’argent qu’il fait circuler.

Photos revisitées (6’). Didier Naer, l’architecte qui avait plus longuement commenté les décors de La Garçonnière, une autre sortie récente de Rimini Éditions, donne ses impressions sur les décors d’Irma la douce créés par Alexandre Trauner, un ami des photographes Brassaï et Robert Doisneau.

Naissance d’Irma la douce (11’) par Laurent Valière, producteur de 42ème Rue sur France Culture, revient sur les origines du film, la comédie musicale parisienne, exportée à Londres et à New York.

Pour finir la bande-annonce, une animation qui fait défiler les grands monuments de Paris pour arriver à la fameuse rue Casanova, le haut lieu des amours tarifées.

D’intéressants bonus, avec cependant quelques répétitions.

Irma la douce

Image - 5,0 / 5

L’image (2.35:1, 1080p, AVC), magnifiquement restaurée, débarrassée de toutes les marques du temps, propose des couleurs ravivées, dans une palette chaude, avec une réduction de bruit qui a respecté la texture originelle de la pellicule.

Son - 3,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 de la version originale est assez ample, grâce à une ouverture de la bande passante et une dynamique satisfaisante pour un film de cet âge. Le son est propre dans l’ensemble, sauf, vers 35 minutes, où des crachotements assez forts se font entendre pendant la bagarre de Nestor contre le souteneur d’Irma, sans toutefois nuire à l’intelligibilité des dialogues. Le niveau de souffle est variable, sans jamais devenir gênant.

Ce constat vaut pour le doublage, dont les dialogues manquent de naturel.

Irma la douce

Crédits images : Rimini Éditions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 7 mai 2018
Avec Irma la douce, Billy Wilder reforme le couple inoubliable que formaient Jack Lemmon et Shirley MacLaine dans La Garçonnière pour nous raconter, avec l’humour qu’on lui connaît, l’histoire d’amour entre un flic et une prostituée, dans le cadre pittoresque d’un Paris de carte postale. Le tout enveloppé dans une nouvelle édition bourrée de bonus !
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jean-marc
Le 30 avril 2018
J'adore ce film.
Y'a quelque chose d'enfantin dans le personnage de Jack Lemmon et de tendre chez celui de Shirley MacLaine qui donnent de la bonne humeur à ce film qui par son thème aurait pu être glauque :)
Très bon souvenir de ce film.

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