Sous les toits de Paris

Sous les toits de Paris (1930) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par René Clair
Avec Albert Préjean, Pola Illéry et Edmond T. Gréville

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 26/03/2024
Critique

René Clair a réussi son examen de passage du muet au parlant avec Sous les toits de Paris qui nous revient, restauré, 94 ans plus tard.

Sous les toits de Paris

Dans une rue de Paris, le chanteur Albert, ami de Louis, vend aux badauds la chanson Sous les toits de Paris. Son attention est vite attirée par Pola, une jeune Roumaine. Elle ne laisse pas indifférent Fred, un mauvais garçon qui fourgue les larcins d’Émile, cambrioleur et pickpocket…

Sous les toits de Paris, sorti en 1930, le premier film parlant de René Clair, met en images un scénario original écrit de sa main, très simple, avec peu de dialogues. Leur enregistrement en son direct était compliqué à l’aube du parlant et le réalisateur estimait que l’image devait, à elle seule, raconter l’histoire. Il reviendra sur son expérience du muet avec Le Silence est d’or, réalisé en 1947 à son retour en France après un séjour d’une dizaine d’années aux USA où il tourna sept appréciables longs métrages, parmi lesquels Fantôme à vendre (The Ghost Goes West, 1935), Ma femme est une sorcière (I Married a Witch, 1942), C’est arrivé demain (It Happened Tomorrow, 1944) et Dix petits indiens (And Then There Were None, 1945).

Sous les toits de Paris replonge le spectateur d’aujourd’hui dans le Paris populaire de la fin des années folles, un temps où les femmes étaient engagées sur le chemin de l’émancipation, vêtues légèrement, coiffées à la garçonne avec des accroche-coeurs sous des chapeaux-cloches, où les dés du 421 étaient sur tous les zincs des bougnats et où vivaient encore les chanteurs de rues de la vente pour quelques sous des « formats », les partitions de chansons. Un petit métier depuis longtemps disparu qu’allait honorer Jean Renoir un an plus tard dans La Chienne.

Sous les toits de Paris

Le réalisme empreint de poésie dégagé par Sous les toits de Paris doit beaucoup à René Hubert, un des grands costumiers du cinéma, et aux décors de Lazare Meerson, directeur artistique des trois autres films réunis dans le coffret René Clair l’enchanteur, mais aussi de Feu Mathias Pascal et L’Argent (Marcel L’Herbier, 1925 et 1928), de Le Grand jeu (Jacques Feyder, 1934), de La Citadelle (The Citadel) de King Vidor, sorti en 1938, l’année où il fut emporté à 38 ans par une méningite. Il a, pour Sous les toits de Paris, été assisté par Alexandre Trauner, non crédité au générique, un des plus grands décorateurs et directeurs artistiques qui sera oscarisé en 1961 pour La Garçonnière (The Apartment, Billy Wider). La reconstitution dans les studios d’Epinay d’une rue de Paris, qui pourrait rappeler la rue Mouffetard, est emblématique et ingénieuse avec ses immeubles à trois étages permettant de varier les angles de prise de vue, avec des plongées dans la rue, sans qu’il soit nécessaire d’enregistrer les dialogues.

Un autre atout majeur du film tient à la photographie de Georges Périnal qui recevra en 1941 l’Oscar de la meilleure photo pour l’inoubliable Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad), le chef-d’oeuvre collectif de Ludwig Berger, Michael Powell, Tim Whelan, Alexander et Zoltan Korda.

Sous les toits de Paris est un passage réussi du muet au parlant. Le son permet même d’imaginer l’action sans qu’on puisse la voir, dans la scène de bagarre de rue, dans le noir complet et des dialogues effacés par le passage d’un train !

Sous les toits de Paris

Dans le rôle principal, le populaire Albert Préjean. Aviateur dans l’escadrille de Guynemer pendant la première guerre mondiale, il mena parallèlement une carrière de chanteur et d’acteur bien remplie par plus d’une centaine de rôles de 1921 à 1969. René Clair l’avait précédemment employé, en 1925 dans Paris qui dort et Le Fantôme du Moulin-rouge, en 1926 dans Le Voyage imaginaire et, en 1927 dans Le Chapeau de paille d’Italie. Pola est interprétée par Pola Illéry, une jeune actrice roumaine qui abandonnera sa carrière d’actrice en 1940 après une quinzaine de films et un petit emploi dans Quatorze juillet de René Clair. Dans le rôle d’un mauvais garçon, une figure inoubliable du cinéma français avec plus de 300 rôles de 1909 à 1964, Gaston Modot, vu dans cinq films sortis en 1930, dont L’Âge d’Or de Luis Buñuel, et qui collabora avec les plus grands réalisateurs : Jean Renoir, Georg Wilhelm Pabst, Abel Gance, Marcel Carné, Jacques Becker, Julien Duvivier… Et, dans le rôle de Louis, l’ami d’Albert, Edmond T. Gréville qui, après quelques petits rôles et avoir été assistant, notamment d’Abel Gance pour La Fin du monde, allait se lancer dans l’écriture et la réalisation d’une quinzaine de films, dont Remous, en 1934. J’allais oublier le pickpocket Émile, joué par… Bill Bocket (sic !), François Julien Bontemps pour l’état civil.

Un carton indique que le film a été restauré en 2019 par le laboratoire Hiventy après scan 4K du négatif nitrate, d’un négatif son français safety et d’un marron safety.

Sous les toits de Paris est ressorti en salles en décembre 2022, en même temps que Le Million, À nous la liberté et Quatorze juillet. Ils avaient été édités en octobre 2023 par Tamasa Diffusion dans le coffret Blu-ray/DVD René Clair l’enchanteur, toujours disponible, avant d’être réédités séparément en mars 2024.

Sous les toits de Paris

Présentation - 2,0 / 5

Sous les toits de Paris (93 minutes) et ses maigres suppléments (10 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-25 logé, dans cette édition combo, en compagnie d’un DVD-9, dans un Digipack à deux volets.

Le film est proposé au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

Sous-titres pour malentendants.

Piste d’audiodescription Dolby Digital 2.0.

Bonus - 1,0 / 5

Prologue, scène coupée (5’). Un teaser fait de la première scène du film suivie par une incitation d’Albert Préjean et Pola Illéry à venir voir Sous les Toits de Paris, « désigné par referendum international le 1er janvier 1931, le meilleur film du monde pour 1930 ». Peut-être chauvin, mais c’est sans doute le premier grand film français parlant.

Bande-annonce 1930 (3’24”).

Bande-annonce (1’35”) un teaser du coffret René Clair l’enchanteur, édité par Tamasa Diffusion en octobre 2023.

Sous les toits de Paris

Image - 3,5 / 5

L’image, au ratio d’origine de 1.20:1 (celui des premiers films parlants avec une piste sonore qui grignotait le cadre de l’image, avant que ne se généralise le « format académique » de 1.37:1), donné pour 1.37:1 au dos du Digipack, a été encodée au standard 1080p, AVC. Elle est, dans l’ensemble, de bonne qualité, assez bien stabilisée, débarrassée des plus grosses marques de dégradation de la pellicule et offre une fermeté des contrastes et un agréable dégradé de gris assuré par un sérieux étalonnage, mettant en valeur la beauté des éclairages des scènes de rues dans la nuit. Certains plans sont affectés par des taches, rayures, amas granuleux et quelques furtifs sauts d’image.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 2.0 mono a, lui aussi, été nettoyé. Peu de bruits parasites, mais un souffle, d’un niveau variable, le plus souvent assez discret. Dialogues et passages musicaux sont restitués avec une estimable clarté, dans une bande passante inévitablement étroite et avec peu de saturations.

Crédits images : © Films Sonores Tobis

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 26 mars 2024
Le premier film parlant de René Clair, mêlant romance et comédie musicale, nous revient restauré, près d’un siècle après son tournage, en studio, dans une reconstitution impressionniste d’un quartier populaire de Paris.

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