Les Forbans de la nuit (1950) : le test complet du Blu-ray

Night and the City

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Jules Dassin
Avec Richard Widmark, Gene Tierney et Googie Withers

Édité par Wild Side Video

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 12/04/2019
Critique

Un jalon du film noir dans les quartiers chauds du Londres de l’après-guerre, portant encore les traces laissées par les bombardements.

Les Forbans de la nuit

Harry Fabian, un petit escroc, rêve de devenir un des rois des nuits londoniennes. Il s’associe avec Gregorius, un ancien champion de lutte gréco-romaine, contre la volonté du fils de ce dernier, Kristo, un gangster notoire, pour organiser des rencontres de catch. Harry doit résoudre un problème : trouver une avance de 200 livres sterling…

Les Forbans de la nuit (Night and the City) est le premier film que Jules Dassin tourne en Europe, après qu’il ait dû, sur les conseils de Darryl F. Zanuck, le patron de la Fox, dès la fin du tournage de Les Bas-fonds de Frisco (Thieves’ Highway), fuir précipitamment les USA en 1949 pour échapper à la chasse aux sorcières lancée par le HUAC (House on Un-American Activities Committee).

Les Forbans de la nuit est l’adaptation du roman Night and the City de l’écrivain anglais Gerald Kersh, publié en 1938, une vision sombre du Londres des années suivant la grande dépression, sensiblement édulcorée par le scénario, jusqu’à douze fois remanié, finalement écrit, sous la surveillance attentive de Zanuck, par Jo Eisinger (Gilda, Charles Vidor, 1946).

Passé plutôt inaperçu à sa sortie, longtemps tenu en faible estime par Jules Dassin lui-même, ce film est aujourd’hui considéré comme un des jalons du genre Film noir. Certains l’ont même comparé au chef-d’oeuvre de Carol Reed, Le Troisième homme (The Third Man) qui venait d’être salué par le Grand prix du festival à Cannes en 1949.

Les Forbans de la nuit

There is no future with Fabian!

Le scénario est centré sur le personnage de Harry Fabian, un anti-héros, un minable escroc (« cheap spiv »), incarné par Richard Widmark qui donne peut-être là une de ses meilleures performances et tient son premier grand rôle, juste avant Panique dans la rue qu’Elia Kazan tournera quelques mois plus tard.

Deux acteurs anglais apparaissent sur l’affiche, Francis L. Sullivan, célèbre aux USA pour les rôles qu’il a tenus dans deux adaptations de Charles Dickens par David Lean, Les Grandes espérances (Great Expectations) en 1946 et Oliver Twist en 1948. Et, impressionnante dans son rôle de garce, Googie Withers, remarquée dans Une femme disparaît (The Lady Vanishes, 1938), le dernier film qu’Alfred Hitchcock tournera au Royaume Uni, et dans Au coeur de la nuit (Dead of Night), l’inoubliable film gothique à sketches de 1945.

Dans les rôles secondaires, on retrouve Gene Tierney, peu mise en valeur, Herbert Lom qui, après avoir quitté Prague, s’était fait connaître sous le bicorne de Napoléon dans The Young Mr. Pitt (Carol Reed, 1942), ainsi que Hugh Marlowe qui allait, l’année suivante, inscrire son nom sur l’affiche de Le Jour où la Terre s’arrêta (The Day the Earth Stood Still, Robert Wise, 1951).

Les Forbans de la nuit

Jules Dassin met aussi au premier plan la ville de Londres, affirmant ainsi son penchant pour un cinéma réaliste, en décors réels, confirmé par sa déclaration à un journaliste du New York Times : « Je tourne des fictions. Mais je me sers des villes comme si elles étaient des actrices et je les laisse me parler. ». Un Londres très éloigné de celui des cartes postales, sur le South Bank, sous des éclairages expressionnistes, dans un labyrinthe de rues étroites aujourd’hui disparues : certains sites du tournage, marqués par les stigmates du Blitz, seront démolis pour accueillir les structures du Festival of Britain, une célébration du centenaire de l’Exposition universelle de 1851.

La partition de la version américaine a été composée par Franz Waxman qui sera, juste après, récompensé par deux Oscars, l’un pour Boulevard du crépuscule (Sunset Blvd., Billy Wilder, 1950) et l’autre pour Une Place au soleil (A Place in the Sun, George Stevens, 1951). Elle souligne la violence du film et la panique de Harry dans un panier de crabes où il doit fuir tous ceux qui veulent régler leurs comptes avec lui.

Les Forbans de la nuit

Généralités - 5,0 / 5

Les Forbans de la nuit, un film indispensable, nous revient dans une édition qui, non seulement, comble un vide (celle sortie par Carlotta Films en 2005 est depuis longtemps épuisée), mais dépasse d’une longueur, pour l’intérêt de ses suppléments, les deux remarquables éditions sorties en 2015 par le British Film Institute au Royaume Uni et par Criterion aux USA.

Le film (96 minutes) et ses généreux suppléments (194 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie de deux DVD-9, dans un coffret non remis pour le test, effectué sur check disc.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres imposés qui auraient pu être placés un peu plus bas sur l’image, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 1.0.

La version américaine de 96 minutes et la version anglaise de 101 minutes, séparées sur les deux DVD, sont regroupées sur le Blu-ray, seul testé.

À l’intérieur du coffret, le livre de 220 pages, de Philippe Garnier, abondamment illustré, couvre toute la genèse du film. Tout commence avec Charles K. Feldman, un avocat devenu agent d’acteurs à Hollywood. Associé à Howard Hawks, il achetait les droits de romans pour les revendre, avec un ou plusieurs scénarios, aux sociétés de production de films avec des marges confortables dont les auteurs ne tiraient aucun profit. Il revendra à la Fox pour 175 000 dollars en 1948 les droits de Night and the City qu’il avait achetés pour 45 000 dollars en 1946 à Kersh, spécialiste des polars noirs situés dans les bas-fonds de Londres. Darryl F. Zanuck, patron de la Fox, contrôle étroitement la réécriture du scénario déléguée à Jo Eisinger. Le film, mieux reçu par la critique en France, fut fraîchement accueilli à Londres : on lui reprochait sa noirceur et la mauvaise image qu’il donnait de la ville, « tout ce qui le recommande aujourd’hui ». Ce compte-rendu précis et détaillé de la genèse du film et du choix des acteurs, s’appuie, notamment, sur de nombreuses lettres retrouvées. Le livre se referme sur les fiches artistique et technique du film, sur la filmographie de Jules Dassin, de Richard Widmark et de Gene Tierney.

Les Forbans de la nuit

Bonus - 5,0 / 5

Version anglaise du film (version originale sous-titrée, 1.33:1, 1080p, AVC, 101’). Plus longue de cinq minutes que la version montée pour les USA, celle distribuée en Grande Bretagne a édulcoré la violence de certaines scènes par égard à la sévérité de la censure locale. Le personnage principal est également rendu plus sympathique envers Mary, son épouse, interprétée par Gene Tierney. L’accompagnement musical est plus romantique, moins nerveux que celui de la version américaine. Dans une lettre adressée à Philippe Garnier en 2004, Jules Dassin dit qu’il ignorait l’existence de cette partition qu’il jugea inepte (« inane »).

Running in the dark (2016, 42’), par Glenn Erickson, spécialiste du Film noir. Darryl F. Zanuck tenait à perpétrer la tradition du Film noir auquel Laura (Otto Preminger, 1944) ou Le Carrefour de la mort (Kiss of Death, Henry Hathaway, 1947) avaient donné ses lettres de noblesse. Il a décidé de produire le film à Londres pour faire échapper Jules Dassin à l’inquisition du HUAC. Le documentaire nous apprend qu’une copie du scénario avec des modifications apportées par Zanuck a été retrouvée dans les archives de UCLA et que la version finale du scénario, avec ses louvoiements entre les écueils du code Hays, aurait pu être écrite par Albert Maltz s’il n’avait pas été inscrit sur la Liste noire, que Tyrone Power avait été pressenti pour le rôle de Harry… Le film a été, pour l’essentiel, tourné en décors réels, dans les rues de Londres, par le chef opérateur Mutz Greenbaum (Prix de la meilleure photo à Venise en 1936), sous l’éclairage de puissants projecteurs pour obtenir une grande profondeur de champ. Le supplément contient aussi une analyse comparée des deux versions. Les Forbans de la nuit a été sorti de l’oubli en France par la publication du livre Panorama du film noir, publié en 1956 par Raymond Borde et Étienne Chaumenton, avec la photo de Harry Fabian en couverture, puis aux USA, à la fin des années 60 quand fut labellisé le genre Film noir dont il contenait tous les ingrédients.

Les Forbans de la nuit

Le Club de Jules Dassin (1999, 51’) est l’enregistrement de l’émission hebdomadaire de la chaîne Ciné-Classic qu’animait Jean-Jacques Bernard, avec Jules Dassin, Christine Haas, Jean Ollé-Laprune et Denis Parent, à l’occasion de la ressortie du film Du rififi chez les hommes. Denis Parent fait le portrait du réalisateur, né dans le Connecticut en 1911, en séparant sa « période noire », avec quatre films urbains, de sa « période bleue », avec des films tournés sous le soleil méditerranéen, dont Jamais le dimanche réalisé pour 100 000 dollars avec son épouse Melina Mercouri en tête de distribution. Jules Dassin évoque le tournage de Du rififi chez les hommes (dans lequel il tenait un petit rôle sous le pseudonyme de Perlo Vita) avec les décors d’Alexandre Trauner et la photo de Philippe Agostini. Il corrige au passage de nombreuses fausses informations sur sa biographie, évoque ses démêlés avec la censure pour The Naked City, les sept longues années du contrat avec la MGM qui lui ôtait tout droit de regard sur le scénario ou le montage, une période qui ne lui a appris qu’une chose : « qu’il fallait quitter la Californie pour toujours ! » Il se souvient aussi de Topkapi, qui fut seulement « un job rémunérateur » et de La Loi pour lequel on lui a imposé au dernier moment Gina Lollobrigida, ce qui l’a obligé à réécrire le scénario en catastrophe…

Pour finir, la bande-annonce.

Les Forbans de la nuit

Image - 5,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC), débarrassée de toute tache ou griffure, parfaitement stabilisée, propose, entre des blancs lumineux et des noirs denses, un fin dégradé de gris, soigneusement étalonné. La réduction du bruit a su s’arrêter au point optimal, en préservant le léger grain de la texture argentique.

Les mêmes observations s’appliquent à la version anglaise, au format 1.33:1.

Un modèle de restauration !

Les Forbans de la nuit

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 de la version originale, très propre, offre, pour un film de cette époque, une étonnante dynamique, une bande passante relativement large, pratiquement sans saturations, y compris dans les passages forte de l’accompagnement musical. Les dialogues sont restitués clairement, dans un parfait équilibre avec l’ambiance et la musique.

On n’en dira pas tant du doublage en français : l’accompagnement musical, nettement moins dynamique, souffre surtout de saturations et les dialogues (par ailleurs peu naturels) sont placés beaucoup trop en avant.

Les Forbans de la nuit

Crédits images : © Wild Side

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

5,0
5
1
4
0
3
0
2
0
1
0

Je donne mon avis !

Avatar
Philippe Gautreau
Le 13 avril 2019
Passé plutôt inaperçu à sa sortie, ce film de Jules Dassin, magnifiquement photographié dans un Londres encore marqué par les stigmates des bombardements, est devenu un des jalons du Film noir. Longtemps indisponible, il nous revient dans une édition exceptionnelle.

Lire les avis »

Multimédia
Les Forbans de la nuit
Extrait

Proposer une bande-annonce

Du même auteur
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus