L'Etrange incident (1943) : le test complet du Blu-ray

The Ox-Bow Incident

Réalisé par William A. Wellman
Avec Henry Fonda, Dana Andrews et Mary Beth Hughes

Édité par ESC Editions

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Le 04/02/2019
Critique

L'Étrange incident

Un cavalier arrive à bride abattue pour signaler que Larry Kinkaid, un éleveur, avait été tué d’une balle dans la tête et que son bétail avait été volé. L’homme n’a rien vu : quelqu’un lui a rapporté les faits. Seuls un juge, ou un sheriff, peut mandater des hommes pour rechercher les coupables. En l’absence du sheriff, son adjoint prend l’initiative de rassembler une trentaine d’hommes dans un « posse ». Ils retrouvent vite trois inconnus qui ont été vus avec quarante têtes de bétail qu’ils assurent avoir achetées à Kinkaid…

L’Étrange incident (The Ox-Bow Incident, 1943) est l’une des 82 réalisations de William A. Wellman, né avec le cinéma, en 1896… un 29 février ! Il a gardé le surnom de « Wild Bill » acquis au temps où il servait comme pilote de chasse pendant la première guerre mondiale.

On ne sera donc pas étonné de trouver dans sa filmographie des films de guerre, principalement à la gloire de l’aviation : Les Ailes (Wings, 1937, coréalisé avec Harry d’Abbadie d’Arrast), Les Pilotes de la mort (The Legion of the Condemned, 1928) ou, encore, Young Eagles en 1930, Central Airport en 1933, Beau Geste en 1939, Pilotes de chasse (Thunder Birds: Soldiers of the Air, 1942), The Story of G.I. Joe (Les forçats de la gloire) en 1945, Bastogne en 1949, Escadrille Lafayette en 1958…

Il s’est aussi essayé à d’autres genres, à l’aventure, à la comédie et au mélodrame, notamment avec Une Étoile est née (A Star Is Born) qui remporta en 1938 l’Oscar du Meilleur scénario. Mais, après les films de guerre, le western occupe une place importante dans son oeuvre, avec trois films en tête, L’Étrange incident, La Ville abandonnée (Yellow Sky, 1947) et Convoi de femmes (Westward the Women, 1951).

L’Étrange incident fut nommé pour l’Oscar du Meilleur film en 1944 dans une dure compétition avec Pour qui sonne le glas (For Whom the Bell Tolls) de Sam Wood, Le Ciel peut attendre (Heaven Can Wait) d’Ernst Lubitsch et, surtout, Casablanca de Michael Curtiz qui rafla, fort justement, la récompense et celle du Meilleur scénario.

L'Étrange incident

L’Étrange incident est un western éloigné des canons du genre, sans chevauchées dans les grandes plaines, sans combats ni bagarres (juste une courte empoignade dans un saloon, pratiquement masquée par le bar) et, surtout, sans héros.

La tête d’affiche, Henry Fonda incarne un personnage dont on ne sait rien. D’abord indifférent au drame qui va se nouer, puis amusé par l’idée de se lancer dans une chasse à l’homme, il lui faudra du temps pour prendre conscience de la gravité de la situation. Son personnage est cantonné au rôle de témoin du drame. Il est, en quelque sorte, les yeux du spectateur. Un rôle modeste pour Henry Fonda, lancé au firmament des superstars par Les Raisins de la colère (Grapes of Wrath, John Ford), 1940).

L’autre vedette est Dana Andrews. L’Étrange incident fut un des films qui boosta sa carrière, avec Laura (Otto Preminger, 1944), Les Plus belles années de notre vie (The Best Years of Our Lives, William Wyler, 1946, film aux sept Oscars). Ce qui lui vaudra de figurer, en 1956, en tête de distribution de deux films importants de Fritz Lang, La Cinquième victime (While the City Sleeps) et L’Invraisemblable vérité (Beyond a Reasonable Doubt), disponibles dans le coffret Fritz Lang & l’Amérique - 2 films de Fritz Lang - La cinquième victime + L’invraisemblable vérité. On le verra aussi dans un des chefs-d’oeuvre de Jacques Tourneur, Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon, 1957), proposé en 2013 par Wild Side dans une remarquable édition.

Une autre particularité de L’Étrange incident est d’obéir à la règle des trois unités du théâtre classique. Un seul lieu, celui de la capture des trois suspects (si l’on passe sur l’entrée en matière dans le village), un seul jour, et une seule action, le simulacre d’un procès. L’essentiel des prises a, d’ailleurs, été fait en studio.

La présentation épurée du film est renforcée par la discrétion de l’accompagnement musical. Red River Valley, un air emblématique du western joué à l’harmonica, accompagne deux scènes en miroir, la première avec l’arrivée dans la petite ville des deux étrangers, Henry Fonda et l’homme qui l’accompagne, la dernière qui les montre quand ils quittent la ville. Hormis cela, deux ou trois passages musicaux, notamment dans l’unique chevauchée du film.

Après le dernier plan, une notice appelant les spectateurs à participer à l’effort de guerre en achetant dans la salle des bons et timbres (US war saving stamps and bonds) nous replonge dans l’environnement de la sortie du film.

L'Étrange incident

Généralités - 3,0 / 5

L’Étrange incident (75 minutes) et ses généreux suppléments (101 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Bonus - 4,5 / 5

Conversation entre Frédéric Mercier (Transfuge) et François Bégaudeau, écrivain et critique de cinéma (34’, 2019, ESC Éditions). Le film, produit par Darryl Zanuck, après Les Raisins de la colère, est statique, abstrait, réalisé avec une grande économie de moyens. La violence est escamotée, le plus souvent hors champ, et l’action surtout verbale, « un théâtre d’idées » dans lequel chaque personnage incarne un point de vue sur le drame, invitant le spectateur à réfléchir sur la présomption d’innocence. Le thème de la lâcheté et de la brutalité d’une foule, représentative du peuple américain, rapproche le film de L’Homme des hautes plaines (High Plains Drifter, Clint Eastwood, 1972). Le formalisme qui caractérise L’Étrange incident souligne la nature artificielle du western, une histoire américaine factice, une construction sans fondement historique.

La ballade des pendus (60’, 2019, ESC Éditions). Frédéric Albert Lévy souligne la brièveté du film, rare pour un western. S’il n’eut guère de succès, le studio n’ayant pas su faire la promotion d’un film déprimant en pleine guerre, il est aujourd’hui apprécié, notamment par Clint Eastwood. Un petit producteur titulaire des droits du roman avait initialement proposé à Wellman un tournage en Technicolor, avec Mae West… et des chansons, pour rendre l’histoire plus gaie ! Wellmann lui rachètera les droits quelque temps après. L’Étrange incident stigmatise le manque d’éducation. L’absence de héros, une marque du cinéma de Wellman, « un rebelle difficile à mettre dans une seule case », tient peut-être au fait qu’il fut un des rares pilotes survivants de l’escadrille Lafayette.

L'Étrange incident

Posse comitatus (7’, ESC Éditions). IAC, « romancier et peintre en art western », parle de l’auteur du roman publié en 1940, Walter Van Tilburg Clark, installé dans le Nevada à l’âge de 9 ans, peu connu parce qu’il n’a écrit que trois romans. Le film sort en 1943, à une époque où le lynchage se pratiquait encore : une invention de Charles Lynch, juge de paix pendant la guerre d’indépendance, qui avait trouvé là un moyen de se débarrasser, au plus vite et aux moindres frais, de tous ceux restés fidèles à la couronne britannique. Il faudra attendre les années 50 pour que la pratique soit criminalisée dans la plupart des états des USA. Une loi du 11 juin 1878, dite Posse comitatus, interdisant à l’armée d’intervenir dans les conflits civils, autorisa les sheriffs à recruter temporairement des civils pour appréhender les présumés auteurs de crimes.

Dans la même collection, la photo des trois autres éditions de la collection Hollywood Westerns sorties en août 2017 : Rancho Bravo (The Rare Breed, 1966), Les Prairies de l’honneur (Shenandoah, 1965), deux films d’Andrew V. McLaglen, et L’Homme sans frontière (The Hired Hand, 1971), le premier, et le meilleur, des trois films réalisés par l’acteur Peter Fonda.

L'Étrange incident

Image - 4,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC), soigneusement restaurée, débarrassée de toute marque de dégradation, stabilisée, solidement contrastée, propose des blancs lumineux, des noirs profonds et un harmonieux dégradé de gris, assurant une parfaite lisibilité de tous les plans, y compris dans les scènes de nuit de la dernière moitié du film. Respectueuse de la texture argentique, la restauration a laissé subsister du grain, parfois un peu trop visible dans les plans sombres.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, très propre lui aussi, restitue avec clarté les dialogues, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical. Le souffle résiduel est suffisamment discret pour se faire oublier.

L'Étrange incident

Crédits images : ESC Éditions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 5 février 2019
Ce western éloigné des canons du genre, sans chevauchées dans les grandes plaines, sans bagarres et, surtout, sans héros, épingle la justice sommaire et la bêtise de la foule, si aisément manipulable.

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