Salomon et la reine de Saba (1959) : le test complet du Blu-ray

Solomon and Sheba

Réalisé par King Vidor
Avec Yul Brynner, Gina Lollobrigida et George Sanders

Édité par Sidonis Calysta

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Le 10/05/2019
Critique

Dernier clap pour King Vidor et son couronnement biblique habité par Yul Brynner et Gina Lollobrigida.

Salomon et la Reine de Saba

Salomon est choisi par son père David pour lui succéder à la tête des douze tribus d’Israël. Il tente de se réconcilier avec son frère Adonija, élève un temple monumental, rend la justice avec une sagesse légendaire. La reine de Saba, petit royaume allié de l’Égypte, monnaye un complot destiné à le renverser. Elle lui rend visite pour le mener à bien personnellement mais un amour sincère ne tarde pas à naître entre eux. Amour qui déchaîne la fureur de la guerre, la colère divine, sans oublier la mort d’Abishai, amoureuse sincère mais éconduite. De la sabéenne ou de Salomon, qui reconnaîtra finalement le monde de l’autre en renonçant au sien ?

Salomon et la reine de Saba (Solomon and Sheba) (USA 1959) de King Vidor (1894-1982) est son ultime titre filmographique et le couronnement plastique comme thématique de sa carrière. Ce n’est pas un hasard si Vidor adapte un épisode de la Bible en guise de testament cinématographique. Il traite ici ni plus ni moins que les thèmes, éminemment hégéliens, de la reconnaissance individuelle d’une part, de la lutte des visions du monde d’autre part. C’est l’occasion rêvée pour lui de manifester sa puissance épique visuelle héritée du cinéma muet dont il fut à Hollywood l’un des artisans et de traiter son thème de prédilection qui est la peinture d’une passion déchirée et déchirante de deux êtres hors du commun. Gina Lollobrigida et Yul Brynner rejoignent ainsi la galerie filmographique des couples vidoriens les plus flamboyants : Gregory Peck et Jennifer Jones (1946), Gary Cooper et Patricia Neal (1949), Charlton Heston et Jennifer Jones (1952), Kirk Douglas et Jeanne Crain (1955).

Vidor a eu les moyens de ses ambitions de producteur-réalisateur : selon le dossier de presse français de 1959, un train de 40 wagons fut nécessaire pour transporter le matériel et l’équipe dans le désert de Los Monegros où Vidor filma l’affrontement entre l’armée du Pharaon et celle de Salomon, avec l’aide de plusieurs divisions de l’armée espagnole. Le temple, les armes, les bijoux, les vêtements correspondent à la vérité archéologique telle qu’on peut la trouver dans le Premier Livre des Rois, verset 6. La Bible ne mentionne nullement cet amour imaginé par Vidor et ses quatre scénaristes mais il est pas incohérent avec la vérité archéologique ni historique. En effet, la visite de la reine de Saba est racontée au verset 10 du même texte. Son but était probablement, selon l’exégèse contemporaine, celui d’une négociation commerciale et politique concernant les migrations caravanières dans la péninsule arabique. En dépit de l’admiration de la sabéenne pour Salomon, admiration écrite et conservée, nulle part un tel amour n’est donc décrit ouvertement comme tel. La reine, après sa visite dont les deux souverains furent satisfaits, repartit et c’est tout ce qui la concerne. Cela dit, le Salomon historique aurait été amoureux de nombreuses femmes étrangères au peuple dont il était roi et il introduisit en Israël, par amour pour elles, des cultes hétérogènes au monothéisme judaïque. L’Ancien Testament ajoute que Dieu lui suscita, pour cette raison, des ennemis. La Sabéenne fut peut-être l’une d’entre elles, même si pas désignée comme telle par les manuscrits ? C’est donc, au fond, une pertinente peinture que celle de cette passion. Elle rend compte du conflit moral et religieux qu’a probablement vécu Salomon et elle le redouble comme en sorte de reflet miroir, du même coup, au moyen du personnage de la reine de Saba qui en est aussi la victime, avec la même lucidité et le même déchirement.

On peut, en revanche, désormais oublier les allusions aux développements contemporains du conflit du Proche-Orient qu’analysaient avec délices certains critiques de 1959. Elles ont peut-être existé mais sont, au fond, contingentes : la parabole racontée demeure universelle et intemporelle. Retenons plutôt la perfection d’un scénario construit comme une répétition circulaire progressant dialectiquement : construction puis destruction puis reconstruction physique comme morale des deux héros. Son économie plastique et syntaxique (recadrages précis, mouvements discrets de grue, emploi raffiné de la profondeur de champ) aboutit tantôt à l’épure, tantôt au monumental. Salomon et la reine de Saba relève ainsi, selon les moments, de la poésie purement fantastique (l’orgie sacrée païenne, la destruction du temple, la chute dans l’abîme des armées du pharaon, la résurrection de la reine de Saba) ou lyrique (les amants sur une barque voguant au fil de l’eau). Un épisode de la Bible travaillé et modifié dans une perspective hégélienne, en somme, même si Vidor prend naturellement parti pour l’individu et contre l’histoire. Ce classique du cinéma fantastique (dont le péplum biblique est une catégorie lorsque le surnaturel sacré y est illustré sous forme hiérophanique comme c’est ici le cas) demeure une oeuvre attachante et très personnelle de Vidor.

Salomon et la Reine de Saba

Généralités - 5,0 / 5

1 BRD et 1 DVD édité par Sidonis le 16 avril 2019. Durée du film sur BRD : 141 min. environ. Image Technirama et Technicolor en 2.35 Full HD. Son DTS HD MA 2.0. VF d’époque et VOSTF. Suppléments vidéo : 1 documentaire sur l’acteur Yul Brynner, 1 présentation du film par Patrick Brion, 1 film-annonce original. Seul le BRD a été testé.

Bonus - 4,0 / 5

Yul Brynner, l’homme qui devint roi (USA 1995, VF + VOSTF, couleurs + N&B, durée 55 min. environ) de Gene Feldman. Documentaire de facture conventionnelle mais riche en informations. Son titre fait allusion non pas au roman anglais victorien de Kipling adapté au cinéma par John Huston en 1975 mais au rôle théâtral puis cinématographique qui rendit célèbre l’acteur en 1956. Nombreux témoignages filmés : outre ceux de sa famille, signalons ceux des cinéastes Jack Lee Thompson et John Frankenheimer, ceux des actrices Rita Moreno et Constance Towers. Sa vie est un roman qu’il faudrait un jour mettre en film : qu’on en juge ! Yul Brynner (1920-1985) naît en Sibérie russe en pleine révolution communiste. Sa mère, abandonnée par son père, émigra avec ses enfants à Shanghaï qu’elle quitta par peur de la guerre Sino-japonaise puis s’installa à Paris où il fit ses études en tant que jeune réfugié politique russe rescapé du régime des Soviets. Jeune homme, il s’essaye comme guitariste, chanteur, artiste de cabaret et de cirque (cirque Bouglione), puis acteur selon la méthode Stanislavski. Il émigra aux USA en compagnie d’un de ses professeurs d’art dramatique, y devint logiquement acteur puis, en raison de son intérêt pour la technique photo, réalisateur TV pour CBS, enfin star d’Hollywood à partir de 1956 grâce à trois titres dont les cinéphiles français retiennent d’abord celui du pharaon dans la version parlante des Dix commandements. C’est lui aurait eu l’idée d’acheter les droits d’adaptation des 7 Samourais au producteur japonais afin d’en filmer un remake américain, que John Sturges réalisera finalement sous la forme d’un beau western en 1960. Il faut aussi se souvenir qu’il adopta deux petites filles viêtnamiennes durant la guerre du Viêt-Nam, les agrégeant à sa famille déjà constituée. Il photographia pour l’Agence Magnum des camps de réfugiés orientaux et proches-orientaux auxquels il s’intéressa. Sans oublier son célèbre spot TV filmé en janvier 1985 dans lequel il fut peut-être bien le premier acteur d’Hollywood à dénoncer l’impact cancérigène du tabac alors qu’il était en train d’en mourir et qu’il le savait. Le film noir policier La Brigade des stupéfiants (Port of New York) (USA 1949) de Laszlo Benedek, dans lequel il est déjà un acteur impressionnant, est injustement méprisé par un témoin et New York ne répond plus… (The Ultimate Warrior) (USA 1975) de Robert Clouse, est superbement ignoré. Seuls les titres très populaires en Amérique ont donc été cités et commentés. L’ensemble demeure néanmoins absolument passionnant d’un bout à l’autre.

Présentation par Patrick Brion (durée 10 min. environ) : parfois difficile à écouter en raison de problèmes de prononciation et d’élocution mais intéressante et bien illustrée car on y voit des photos de Tyrone Power (en compagnie du cinéaste King Vidor et de l’actrice Gina Lollobrigida) sur le tournage où il devait trouver la mort, terrassé par une crise cardiaque, ce qui contraignit les producteurs à le remplacer par Yul Brynner. Brion rappelle aussi un fait qui mérite d’être connu, à savoir que Vidor avait refusé la mise en scène des deux Ben-Hur (la version muette de 1925 et la version parlante de 1959) mais accepta immédiatement le sujet de ce titre de 1959. Il fournit aussi d’intéressantes précisions sur le cinéaste de seconde équipe mais ce bonus, étant donné sa durée, demeure très mince rapporté à un tel titre. Il aurait fallu un Laurent Bouzereau et des témoins de première main encore vivants filmés à Los Angeles.

Film annonce original de 1959 (VO sans STF) : état argentique moyen, report vidéo moyen aussi. On le trouvait déjà sur l’ancien DVD MGM Pal zone 2 édité en France en 2004 dont il constituait d’ailleurs l’unique bonus.

Bonne édition spéciale à laquelle il ne manque qu’une galerie affiches et photos d’exploitation pour atteindre la note maximale dans sa catégorie, intermédiaire entre une édition normale et une édition collector. Elle propose 2 bonus plus intéressants que ceux de l’édition américaine BRD Screen Archive de 2015.

Salomon et la Reine de Saba

Image - 4,0 / 5

Technirama compatible 70mm mastérisé en Full HD, reporté à partir d’une copie 35mm au format 2.35 compatible 16/9. Il faut bien noter que le générique d’ouverture ne mentionne que « Technirama » tout court : c’est le fait qu’on le rendait compatible avec le tirage 70mm qui justifia l’appellation publicitaire de « Super-Technirama ». Haute définition, procédé couleurs Technicolor (l’inventeur du format Technirama) bien reporté, beaux contrastes. Alors que l’ancien transfert du DVD MGM était assez chargé de bruit vidéo sur certains plans d’ensemble, ce problème est enfin maîtrisé. Copie argentique en excellent état, au transfert équilibré entre grain et lissage. Unique défaut relevé : une saute d’image d’une seconde vers 19’48” sur un mouvement de la belle Marisa Pavan, probablement à cause d’un plan manquant dans le négatif, ce qui est irréparable. Sur 141 minutes environ, la performance est réelle et le film délivre tout du long sa beauté plastique raffinée.

Salomon et la Reine de Saba

Son - 4,0 / 5

DTS-HD MA 2.0 stéréo pour la VOSTF et pour la VF d’époque, pistes en bon état, son dynamique et clair. C’est exactement la même offre que sur l’ancienne édition BRD américaine de Screen Archive sortie en 2015. Pourtant, avec 4 canaux sonores sur la piste 35mm ou 6 canaux sur les copies 70mm, on aurait pu mettre à jour techniquement en proposant une version remastérisée ad hoc. Reste que la piste stéréo ici reproduite est excellente. Quant à la la VF, elle est aux normes de qualité de l’époque, sa tenue littéraire est régulièrement élevée en raison de son inspiration biblique (il y a vraiment quelque chose du biblique Cantique des cantiques ou Chants de Salomon dans la scène de la barque au fil de l’eau où les deux amoureux se disent leur amour), et elle est d’autant plus dramaturgiquement pertinente que Yul Brynner et Gina Lollobrigida s’étaient eux-mêmes doublés à cette occasion, ainsi qu’en attestait le générique francophone des copies françaises d’époque, télédiffusées au siècle dernier et que certains ont peut-être conservés sur VHS enregistrée. La version américaine est cependant moins théâtrale de diction et confère un réalisme psychologique accru aux personnages.

Crédits images : © Sidonis Calysta

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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