Ragtime (1981) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Milos Forman
Avec James Cagney, Brad Dourif et Moses Gunn

Édité par ARTE ÉDITIONS

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Le 21/03/2019
Critique

Ragtime

En 1906, à New York, on inaugure une statue de Diane chasseresse dans son plus simple appareil qui sera placée au sommet du Madison Square Garden, dessiné par le célèbre architecte Stanford White. Henry Thaw reconnaît les formes de son épouse Evelyn, une ancienne chorus girl, et tue l’architecte qui refuse de détruire la statue. Coalhouse Walker Jr., un jeune pianiste noir, se présente au manoir d’une riche famille de New Rochelle qui a recueilli sa fiancée et son fils nouveau-né. Au sortir de sa visite, il est arrêté par des pompiers qui déposent des excréments sur le siège de sa Ford Model T flambant neuve et exigent qu’il la nettoie de ses propres mains. Il se rebelle et est arrêté par la police. Sa fiancée, venue plaider sa cause auprès du vice-président des USA en campagne, meurt après avoir été violemment frappée par la police. Le jeune homme est déterminé à ne pas se laisser humilier et à obtenir justice… par tous les moyens !

Ragtime, sorti aux USA le jour de Noël 1981, est le septième long métrage de Miloš Forman, disparu le 13 avril 2018, et son deuxième film réalisé aux USA qu’il a rejoints après avoir quitté la Tchécoslovaquie en1968, au moment de la répression du Printemps de Prague, le régime soviétique ayant jugé son cinéma « décadent ». Professeur de cinéma à la Columbia University où il eut pour élève Kathryn Bigelow, il obtint l’Oscar du meilleur réalisateur pour Vol au-dessus d’un nid de coucou en 1975, puis, en 1985, pour Amadeus, tourné en Tchécoslovaquie. Valmont, son adaptation des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, malencontreusement sorti quelques mois après Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, fut un échec commercial. Suivront deux biopics récompensés à Berlin, Larry Flynt, en 1996, par l’Ours d’or, et Man on the Moon, en 1999, par l’Ours d’argent.

Ragtime

Ragtime, produit par Dino de Laurentiis, bénéficia d’un budget de superproduction, 28 millions de dollars, qui permit la construction d’immenses décors aux Shepperton Studios, près de Londres, le recrutement d’une armée de figurants et de nombreux acteurs pour incarner les multiples personnages, dont la plupart ont existé, qui peuplent le best-seller éponyme d’E.L. Doctorow.

Un soin particulier a été pris pour faire revivre l’époque, non seulement par les décors très réalistes, puisque de nombreuses scènes ont été filmées dans la 11ème Rue, bloquée et maquillée pour la circonstance, par un grand soin dans le choix des costumes, véhicules et accessoires, mais aussi par un rappel des enjeux sociaux : l’afflux d’émigrés de toutes nationalités, la ségrégation contre laquelle commençaient à réagir les Afro-américains, la naissance du jazz issu de la fusion entre le blues et le ragtime, les mouvements d’émancipation des femmes…

Ragtime nous invite à emboîter les pas d’un personnage, qui va nous conduire à un autre, et ainsi de suite, pour mettre en situation une bonne douzaine de protagonistes, beaucoup moins que dans le roman, nous dit Miloš Forman qui a dû en évincer plusieurs et, même, raccourcir le premier montage de près d’une demi-heure.

La production lui a imposé une tête d’affiche pour attirer le spectateur. Jack Nicholson, pressenti et intéressé, pas assez disponible, dut décliner l’offre. Le réalisateur réussit à convaincre James Cagney, qui menait depuis une vingtaine d’années une paisible retraite après Un, deux, trois (One, Two, Three) de Billy Wilder, d’endosser le costume du directeur de la police de New York, à contre-emploi des rôles de gangsters qu’il avait si souvent tenus. Ce sera son dernier film. Tous les autres rôles sont tenus par des débutants ou quasi-débutants. Howard E. Rollins Jr., l’interprète de Coalhouse Walker Jr., tient là son premier rôle au cinéma. Le public venait seulement de commencer à découvrir la grâce de Mary Steenburgen, encore au début de sa carrière après C’est arrivé demain (Time After Time, Nicholas Meyer, 1979). Mandy Patinkin, l’interprète du truculent Tateh qui se découvre une vocation de cinéaste, était encore dans l’ombre après quelques tous petits rôles. Et c’est Ragtime qui révéla au grand jour le talent, la beauté et l’espièglerie d’Elizabeth McGovern, remarquée dans son premier film, sorti un an avant, Des gens comme les autres (Ordinary People, 1980), le premier film et probablement le chef-d’oeuvre de Robert Redford, qui mériterait une réédition vidéo.

Ragtime bénéficie également de la photographie de Miroslav Ondrícek qui fut le chef opérateur de sept des douze longs métrages de Miloš Forman et de l’accompagnement musical de Randy Newman.

Cette sortie, coéditée par ARTE Éditions et L’Atelier d’images, vient combler un vide : Ragtime était indisponible depuis pas loin de vingt ans, l’édition Opening de 2001 étant depuis longtemps épuisée. Aucune réédition n’est encore disponible à l’étranger.

Ragtime

Généralités - 5,0 / 5

Ragtime (155 minutes) et ses suppléments (128 minutes) tiennent sur deux Blu-ray (un BD-50 pour le film, un BD-25 pour les bonus) logés dans un digipack contenant un livret de 32 pages.

Le menu animé et musical, propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, au format audio DTS-HD Master Audio 5.1 et dans un doublage en français DTS-HD MA 1.0.

Le livret de 32 pages s’ouvre sur une introduction de Samuel Blumenfeld (Le Monde) qui rappelle « l’accueil glacial » du film « comme si le réalisateur (…) avait dû payer le triomphe de Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), puis le succès de Hair (1979) ». Dino de Lanrentiis, détenteur des droits d’adaptation du livre, à la suite d’un différend avec Robert Altman, confia finalement la réalisation à Miloš Forman qui choisit de mettre au premier plan le personnage de Coalhouse Walker Jr., parmi tous ceux peuplant le roman « foisonnant » d’E.L. Doctorow. Suit un extrait des Mémoires de Miloš Forman (Turnaround: A Memoir, publié en 1994) dans lequel il justifie son choix d’éviter les stars dans ses films, pour plus de réalisme, l’exception faite avec Jack Nicholson confirmant la règle. Sont également évoquées l’embauche de James Cagney et la délicate négociation avec Dino de Laurentiis sur la durée du film. Vient ensuite un entretien publié dans Les Cahiers du Cinéma, recueilli le 25 janvier 1982, quelques jours après la sortie du film à Paris le 6 janvier, portant sur les conditions de travail aux USA, sur ses méthodes de tournage, sur le choix des acteurs… Le livret se referme sur le programme de la rétrospective Miloš Forman à La Cinémathèque Française du 31 août au 20 septembre 2017.

Ragtime

Bonus - 5,0 / 5

Forman versus Chytilová (84’, 1981). La réalisatrice Vera Chytilová a filmé le tournage d’une scène aux Shepperton Studios, avant de survoler les premières années de Miloš Forman, son enfance difficile, orphelin à 10 ans, son attirance vers le cinéma suscitée par les films de Charles Chaplin, les études de cinéma à Prague, l’arrivée aux USA, la vie de bohème à Manhattan dans l’Hôtel Chelsea… Puis elle commence à le « cuisiner » pour qu’il livre ses recettes, qu’il donne ses priorités : le choix des bons acteurs, une histoire qui donne envie de faire un film, un scénario qui serve l’idée centrale de cette histoire (pour Ragtime, la confrontation d’un individu à une institution, à l’ordre établi) et fasse passer les émotions qu’elle suscite, une réalisation en totale liberté… Passionnant !

Remembering Ragtime (18’, 2004). Ce documentaire a été tourné en 2004 pour l’édition DVD Paramount, avec Miloš Forman, le producteur Michael Hausman qui fut son réalisateur assistant pour Ragtime, Patrizia von Brandenstein, directrice artistique, et l’acteur Brad Dourif. Le réalisateur se souvient d’avoir été immédiatement séduit par l’histoire de Coalhouse Walker Jr., lui qui avait été contraint de subir les vexations du régime communiste au point de devoir quitter la Tchécoslovaquie. Il évoque en détail le casting, une étape importante de la réalisation d’un film …

Ragtime

American Tapestry (16’, extraits d’interviews enregistrés en 2000, insérés dans le documentaire Life As It Is: Miloš Forman on Miloš Forman, écrit et réalisé par Robert Fischer en 2018). Le cinéaste dit qu’il n’aime pas analyser son style, ce qui pourrait le conduire à se répéter. Il évoque l’apprentissage difficile de l’anglais, une langue qu’il ne parlait pas quand il est arrivé aux USA en 1970, des conditions de vie changées par le succès de One Flew Over the Cuckoo’s Nest, l’attrait du roman, si coloré, de Doctorow, l’accord de Norman Mailer pour tenir le rôle de Stanford White, l’homme assassiné par Henry Thaw, sa rencontre avec James Cagney qui insista pour se soumettre à une audition, le regret d’avoir dû supprimer toutes les scènes avec le personnage d’Emma Goldman (l’une d’elles est montrée dans le bonus suivant). Il n’est pas opposé au progrès de la technique, aux possibilités offertes par le numérique, mais estime que la disparition du grain prive l’image d’une partie de sa vie.

Séquence coupée (10’). Evelyn, dans la rue, suivie par le personnage incarné par Brad Dourif, est protégée d’une charge de police par une femme, Emma Goldman, dite « La Rouge », une anarchiste, qui l’amène chez elle, la déshabille « pour faciliter la circulation du sang » (poitrine floutée !) avant d’essayer de la rallier à la cause de la défense des femmes. On comprend pourquoi Miloš Forman aurait voulu garder cette scène et celles qui racontaient l’histoire de ce personnage bien réel. Un précieux complément, en noir et blanc : le négatif couleur a disparu.

Bande-annonce.

Ragtime

Image - 5,0 / 5

L’image (2.35:1, 1080p, AVC), parfaitement nettoyée, offre des couleurs naturelles, lumineuses, agréablement saturées et contrastées, avec des noirs denses. Un très léger grain témoigne de l’attention portée au respect de la texture argentique.

Une spectaculaire amélioration en comparaison de l’image de l’édition Opening de 2001 : bien que propre, elle souffrait d’une surexposition générale avec des couleurs fades et des noirs poreux.

Ragtime

Son - 5,0 / 5

Le remixage du son mono au format DTS-HD Master Audio 5.1, sans trahir la bande son originale, ajoute une agréable sensation d’immersion dans l’action, particulièrement dans les scènes de rue.

Mais le progrès vient surtout d’une ouverture de la bande passante vers les graves qui manquait dans l’édition de 2001 au timbre concentré dans les aigus, très métallique. Une ouverture et un rééquilibrage dont profitent les dialogues, l’ambiance et l’accompagnement musical.

On retrouve un timbre métallique, étriqué, dans doublage en français DTS-HD MA 1.0.

Ragtime

Crédits images : © TM, ®, © Paramount Pictures All Rights Reserved

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 21 mars 2019
Une réédition par ARTE Éditions et L’Atelier d’images très attendue : Ragtime, un inoubliable portrait de l’Amérique du début du XXème siècle, un des chefs-d’œuvre de Miloš Forman, est enfin disponible après avoir été absent des catalogues pendant près de vingt ans !
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Yvan
Le 4 juin 2004
Très intéressant de par son caractère historique social (grandes révoltes sociales des afro-américains), et par son caractère historique musical, ce film est à voir. Mais celui qui n'attache pas un intéret spécial pour le ragtime et l'histoire des noirs-américains dans le Sud des USA à cette époque, pourra s'ennuyer de part sa longueur.

NB: Le bonus proposé sur l'histoire du ragtime est tout bonement exceptionnel....rien que pour cela il mériterait que vous le possediez...

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