New York, 2 heures du matin (1984) : le test complet du Blu-ray

Fear City

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Abel Ferrara
Avec Tom Berenger, Billy Dee Williams et Jack Scalia

Édité par ESC Editions

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Le 27/05/2019
Critique

Dernière partie d’une trilogie new-yorkaise noire et fantastique (après « Driller Killer » et « L’Ange de la vengeance ») signée Abel Ferrara.

New York 2H du matin

New York, USA 1984 : des strip-teaseuses sont mutilées et assassinées. La pègre et la police comprennent que c’est l’oeuvre d’un psychopathe : elles le traquent alors simultanément.

New York, 2H du matin (Fear City) (USA 1984) d’Abel Ferrara constitue l’apogée d’une trilogie constituée par Driller Killer (Massacre à la perforeuse) (USA 1979) et L’Ange de la vengeance (Ms. 45) (USA 1981). Des deux titres précédents, il conserve la volonté d’allier film noir criminel et cinéma fantastique, cinéma commercial et cinéma expérimental. Le budget étant plus généreux que celui des deux titres précédents, Ferrara dispose d’un casting passionnant constitué par une vieille garde référentielle (Michael V. Gazzo, Rossano Brazzi), des jeunes talents prometteurs (Tom Berenger, Melanie Griffith, Maria Conchita Alonso, Rae Dawn Chong), sans oublier une unique mais remarquable contribution (l’écrivain tueur incarné par John Foster).

Le scénario, écrit par Ferrara et Nicholas St. John, est structurellement inspiré par deux classique de l’histoire du cinéma, à savoir M le maudit (All. 1931) de Fritz Lang (dont il reprend le schéma de l’intrigue policière mais en le modifiant au départ comme à l’arrivée) et L’Homme tranquille (USA 1952) de John Ford (l’idée d’un ancien boxeur qui a tué malgré lui, par accident, son adversaire sur le ring). Surtout, les thèmes des deux Ferrara tournés antérieurement sont repris et approfondis : thème tragique antique du héros voué par le destin à tout perdre, thème théologique de l’ambivalence du sacrifice, thème de la dualité victime-bourreau, thème de l’artiste créateur ou impuissant, thème du rapport de la fiction à la réalité, thème de la corruption et de la rédemption. L’écrivain fou rédige un livre (intitulé Fear City, voué au secret absolu bien qu’il donne son titre original au film) mais il en lit aussi : sur sa table de chevet sont posés des volumes (aux dos difficilement lisibles mais dont le scénariste a ensuite confirmé les titres dans divers entretiens) de Charles Darwin, L’Origine des espèces (1859), de F. M. Dostoievski, Crime et châtiment (1867), de Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (1885). C’est la révélation progressive, filmée en brèves mais hallucinantes et dévastatrices séquences disséminées dans la continuité narrative, de la nature du criminel et de son projet, qui constitue la ligne de force de l’intrigue. À mesure qu’elles confirment progressivement l’universalité de la visée du tueur, New York 2H du matin acquiert une dimension vertigineuse.

Le travail plastique de Ferrara et de son directeur photo James Lemmo - qui avait signé l’année précédente la remarquable photo du très violent film noir policier Vigilante (USA 1982) de William Lustig - offre de spectaculaires moments. Le générique d’ouverture est certes inspiré par celui de Le Droit de tuer (The Exterminator) (USA 1980) de James Glickenhaus mais son montage est plus dynamique et ses couleurs sont plus chaudes. Les séquences, aux éclairages directs et enveloppants à la fois, montrant les moments fous d’écriture ou d’entraînement physique du tueur, sont d’une puissance visuelle inoubliable. Sans oublier le combat nocturne final, d’une très impressionnante brutalité. Il fut filmé à Los Angeles mais dans une rue qui ressemblait à une rue de New York.

Après cette trilogie, si riche et inspirée, de 1979-1984, Ferrara reviendra souvent au film noir policier mais il modifiera son approche : elle deviendra plus réflexive, plus esthète aussi, au total beaucoup plus inégale et moins homogène mais elle lui ouvrira les portes d’une carrière d’auteur reconnu comme tel. Body Snatchers mis à part qui sera, de ce point de vue, une remarquable parenthèse et une exception dans sa filmographie post-1990. C’est le seul titre où Ferrara retrouvera une absolue sincérité narrative analogue à celle de la trilogie. On peut aujourd’hui, avec le recul, préférer le Ferrara serviteur des genres à celui devenu auteur. Et on peut considérer que sa trilogie new-yorkaise noire et fantastique Driller Killer + L’Ange de la vengeance + New York 2H du matin constitue peut-être (avec Body Snatchers tourné dix ans plus tard), en fin de compte, ce qu’il a fait de mieux.

New York 2H du matin

Généralités - 4,5 / 5

1 édition collector Blu-ray 50 + 1 DVD 9 + 1 livret, édités par ESC le 9 avril 2019. Image du Blu-ray : 1.85 couleurs DeLuxe, Full HD compatible 16/9. Son DTS HD MA mono 2.0. VOSTF + VF d’époque. Durée du film : 95 min. environ. Bonus vidéo : version non censurée (VOSTF, 97 min. environ), 2 entretiens avec Brad Stevens et Olivier Père. Seul le Blu-ray a été testé.

Les Lumières de la ville : New York 2H du matin : ce livret de 16 pages de Marc Toullec, illustrées par des photos de plateau et des photos détourées d’exploitation et quelques affiches, délivre de nombreuses informations empruntées à des sources variées et créditées. Qui était le producteur Bruce Cohn Curtis ? Quels furent les éléments autobiographiques introduits par Nicholas St. John et Ferrara dans le scénario ? Combien de temps dura le tournage et comment fut-il réparti spatialement entre Los Angeles et New York ? Pourquoi le film fut-il d’abord distribué en France par Gaumont au cinéma avant que la Fox le sorte aux USA ? Combien de versions furent exploitées ? Vous saurez cela et bien d’autres choses en le lisant. Un bémol concernant le commentaire sous l’affiche française Gaumont de 1984, reproduite page 2 : Toullec écrit que Ferrara était inconnu en France en 1984. J’étais parmi les 275 000 spectateurs qui ont découvert New York 2H du matin en plein mois de juillet 1984 et je savais qui était Ferrara. J’avais vu quelques années plus tôt L’Ange de la vengeance ; j’avais estimé que c’était un oeuvre remarquable et je voulais absolument visionner ce nouveau Ferrara de 1984. Parmi les 275 000 spectateurs, d’autres étaient dans le même cas de figure. Ferrara était donc déjà connu des cinéphiles, sinon du grand public.

New York 2H du matin

Bonus - 5,0 / 5

Version non censurée (VOSTF, 1.85 compatible 16/9, durée environ 96 min. 40sec.) : elle restitue dans la continuité l’essentiel des séquences autrefois rassemblées à part dans une section des bonus de l’ancien DVD Cheyenne films, édité en 2003. Cette restitution 2019 est une manière nettement plus rationnelle et agréable de les découvrir puisqu’elles sont à leur place naturelle. Elles contiennent des éléments de violence graphique et d’érotisme (y compris d’érotisme lesbien) mais aussi une modification du sens et de la tonalité psychologique de certaines séquences (rapport entre Billy Dee Williams et Tom Berenger à la fin du film par exemple). On les repère immédiatement à l’oeil lorsqu’elles surviennent : leur étalonnage est plus métallique, leur grain plus prononcé, leur définition moins précise. Un drop vidéo sévère relevé durant le générique d’ouverture entre 2’20 et 2’40 : le reste est impeccable. Il existe au moins trois montages différents du film : la version non censurée (« uncut » ou « unrated »), la version censurée cinéma (« rated »), la version TV encore plus censurée et parfois légèrement modifiée. Il existe probablement aussi des versions hybrides composées d’un peu des trois en quantité variable. Aucune ne donnait tout à fait satisfaction, paraît-il, à Ferrara mais celle présentée ici peut être raisonnablement considérée comme la plus complète.

Entretien avec Brad Stevens(VOSTF, durée 10 min. environ) : je suis content d’entendre dans la bouche de ce critique certaines remarques que j’avais de mon côté publiées en 2003, 2004 et 2008. Il est inévitable, sur le long terme, que les critiques français et américains se recoupent car les évidences sont des évidences et tous les esprits ne peuvent que s’incliner face à elles : la richesse du casting, par exemple ou bien encore l’idée du tueur comme double symbolique du héros. Mais on en sait cependant davantage, de toute évidence, aujourd’hui en 2019 sur la genèse, la production et le tournage qu’en 1984 ou qu’en 2003, 2004 ou 2008 : Stevens nous en fait bénéficier d’une manière claire et synthétique. Il confirme ce qu’écrit Toullec concernant l’aspect autobiographique du sujet et fait écho à Olivier Père concernant certaines interprétations possibles.

Entretien avec Olivier Père (VF, durée 35 min. environ) : Père replace méticuleusement le titre dans la vie et l’oeuvre de Ferrara. Il étudie en détails Driller Killer (1979) et L’Ange de la vengeance (1981) avant d’examiner New York 2H du matin (1984). Concernant ce dernier, Père s’intéresse, outre des analyses et des remarques recoupant et confirmant utilement celles de Stevens et de Toullec, à un aspect d’histoire du cinéma qui avait été assez curieusement balayé d’un revers de la main par le producteur Pierre Kalfon (dans son entretien accordé en 2003 à Yves Montmayeur et annexé en bonus à l’ancien DVD édité par Cheyenne films) à savoir la proximité d’inspiration thématique entre Martin Scorsese et Abel Ferrara. Pourtant, celui qui visionnerait à la suite l’un de l’autre le Mean Streets (USA 1973) de Martin Scorsese puis le titre de Ferrara de 1984, constaterait certaines similitudes thématiques bien évidentes, notamment théologiques.

Au total, cette édition collector ESC remplace naturellement l’ancienne édition DVD Cheyenne films de 2003 et devient l’édition de référence française, surtout en raison de la présence de la version non-censurée et d’un livret très riche en précisions d’histoire du cinéma.

New York 2H du matin

Image - 4,5 / 5

1.85 Full HD compatible 16/9 sur Blu-ray. Copie argentique pratiquement impeccable et report vidéo à la précision chirurgicale qui enterre définitivement l’ancienne image visible sur le DVD Cheyenne film édité en France en 2003. Il existe deux formats pour ce titre : cette édition ESC privilégie le format 1.85 qui est le plus large des deux et elle a, à mon avis, bien raison de le faire. Mais il faut savoir qu’il existe aussi un curieux format 1.57 visible sur le Blu-ray américain édité par Shout Factory en 2012. Dans tous les cas, les séquences nocturnes (à commencer par le générique d’ouverture) sont les plus belles sur le plan plastique : c’était déjà le cas des deux films antérieurs de Ferrara.

New York 2H du matin

Son - 4,0 / 5

DTS MA HD 2.0 mono pour la VOSTF comme pour la VF d’époque. Les scènes manquantes à la VF d’époque sont rajoutées en VOSTF. Excellente musique de Dick Halligan, régulièrement inspirée. Belle chanson générique d’ouverture co-signée par par Joe Delia. VF d’époque aux normes des séries B des années 1980 mais il faut absolument écouter la VOSTF en raison de la voix originale, métallique et implacable, de l’acteur John Foster. Était-ce sa véritable voix ou lui fut-elle conférée en auditorium ? Etant donné que le rôle est muet et qu’on n’entend sa voix que « off », on peut se poser la question. Je n’ai pas trouvée de précision à ce sujet dans les divers suppléments. Tant mieux, au fond : il est bon que certains aspects d’un film demeurent mystérieux.

Crédits images : © ESC Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

Moyenne

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francis moury
Le 4 juin 2019
Film noir policier violent et fantastique à la fois, rendant hommage à Fritz Lang et à John Ford.

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