La Ferme de la terreur (1981) : le test complet du Blu-ray

Deadly Blessing

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Wes Craven
Avec Maren Jensen, Sharon Stone et Susan Buckner

Édité par Elephant Films

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Le 13/02/2020
Critique

Un des films fantastiques les plus originaux écrits et réalisés par Wes Craven.

La Ferme de la terreur

U.S.A., Pennsylvanie, 1981 : les cultivateurs Hittites craignent Dieu et conservent la mémoire d’un terrible secret : un démon incube hanterait une ferme voisine de leurs terres. Parmi eux, le rude Isaiah a renié son fils John qui a commis la faute d’épouser Martha, une étrangère. Parmi leurs voisins, une étrange famille constituée par une jeune fille peintre, Félicité, et sa mère Louisa : elles détestent les Hittites qui le leur rendent bien. Lorsque John et l’adolescent hittite William sont assassinés dans des conditions mystérieuses, Isaia croit déceler le signe du retour de l’incube. Les jolies Lana et Vicky viennent de Los Angeles afin d’assister Martha, leur amie désormais veuve : elles sont bientôt la proie de cauchemars terrifiants et d’agressions inexplicables.

La Ferme de la terreur (Deadly Blessing, USA 1981) de Wes Craven, tourné au Texas mais dont l’action se situe en Pennsylvanie, repose sur la curieuse description d’une communauté religieuse imaginaire marginale côtoyant une modernité qu’elle refuse par attachement aux prescriptions bibliques en pratiquant les châtiments corporels. A cette volonté para-documentaire témoignant d’une constante fascination pour la régression, le scénario ajoutent d’autres thèmes (déjà empruntés par la littérature fantastique à la mythologie et à la mentalité archaïques voire même primitives) qui enrichissent la donne : celui de l’incube, issu en droite ligne de la démonologie médiévale (et traité la même année par le cinéaste John Hough), ceux de l’androgynie et de l’hermaphrodite magiques, celui d’une nouvelle race surnaturelle, enfin ceux de l’oeuvre d’art et du rêve exprimant une vérité dissimulée sous les apparences banales transmises par la perception commune. Ce dernier sujet deviendra central dans Les Griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street, USA 1984) de Craven.

La Ferme de la terreur

C’est le premier grand rôle de la belle Sharon Stone ici victime d’un des cauchemars les mieux montés de l’histoire du cinéma fantastique américain. C’est précisément celui dont une image saisissante illustrait certaines affiches d’époque. Elle fait partie d’un casting féminin homogène et remarquable. Dans le camps masculin, Ernest Borgnine se détache aisément car il est, comme souvent, extraordinaire : c’est certainement un de ses meilleurs rôles. La fin de l’histoire confirmant la réalité surnaturelle de l’incube, fut imposée par les producteurs à Craven qui se retrouva du coup exactement dans la même situation que le cinéaste Jacques Tourneur en 1957. Elle détonne par sa naïveté enfantine avec l’intelligence angoissante du restant du script. A noter, enfin, un procédé coutumier des cinéastes d’Hollywood mais régulièrement savoureux pour le cinéphile : le cinéma où la sexy Vicky a donné rendez-vous à Jim, programme ce soir-là L’Eté de la peur (USA 1978) de Wes Craven. C’est non seulement une mise en abyme classique mais encore une publicité commerciale habile des producteurs car ce titre de 1978 (un téléfilm ensuite exploité au cinéma) avait permis de financer La Ferme de la terreur (conçu d’emblée pour le grand écran).

En raison de son dynamisme plastique souvent raffiné et de l’intelligence cultivée avec laquelle le scénario allie d’une manière originale certaines mythologies passionnantes, La Ferme de la terreur doit être désormais considéré comme étant davantage qu’un simple exercice de style : c’est au contraire une des oeuvres les plus personnelles de la filmographie fantastique de Craven, même s’il ne la contrôla pas intégralement.

La Ferme de la terreur

Généralités - 4,0 / 5

1 combo Blu-ray BD25 Full HD 1080p + 1 DVD9, édité le 12 novembre 2019 par Eléphant Films. Image couleurs au format original 1.85 nominal recadré 1.78, compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 Mono VF d’époque et VOSTF. Durée cinéma du film sur Blu-ray : 102 min environ, à vitesse 24 images / secondes. Suppléments : présentation du film par J. Comelli et E. le Gac (20 min. environ), galerie photos, bande annonce originale du film, bandes annonces d’une dizaine de titres fantastiques de la collection. Seul le Blu-ray a été testé.

Bonus - 3,5 / 5

Présentation du film par Julien Comelly et Erwan le Gac (16/9, couleurs + N&B, 11 min. environ) : graphiquement nourrie d’affiches et de quelques photos N&B et couleurs, bien reproduites et bien intégrées au montage, elle raconte en partie l’histoire du film (ce qui ne sert à rien puisque on vient de le voir), le commente (médiocrement), distille quelques informations sur la situation filmographique du titre dans le genre et dans la carrière de Craven. On signale l’existence du Incubus (Can. 1981) de John Hough, ce qu’il fallait en effet signaler, mais on y désigne curieusement son cinéaste John Hough comme « cinéaste ayant travaillé pour Walt Disney », sans prendre la peine de signaler que Hough avait déjà signé en 1971 la réalisation du Hammer film Les Sévices de Dracula (Twins of Evil) et en 1973 celle de La Maison des damnés (The Legend of Hell House). Et on ne prend pas la peine de signaler l’existence de l’homonyme et non moins fantastique Incubus (USA 1965) de Leslie Stevens. Comme d’habitude, ne visionner ce supplément (dont les deux mérites sont la brièveté et la présentation de quelques affiches et photos absentes de la galerie) qu’après le film lui-même dont il dévoile l’intrigue, si on veut préserver l’effet de surprise : un avertissement préalable le confirme d’ailleurs au spectateur.

Bande annonce originale (16/9, VOSTF, 2 min. 30 sec.) : elle confirme que l’histoire du film se déroule en Pennsylvanie, est très bien montée et présente l’intérêt de montrer (à 0 min. 24 sec.) un gros plan du visage légèrement difforme d’un enfant qui avait été coupé au montage dans le film de référence. Son commentaire en voix-off contient cependant une curieuse inexactitude : les trois jeunes femmes n’ont pas été « attirées par les beautés de la région ». L’une y étant devenue veuve, les deux autres viennent l’assister durant quelques jours : nuance.

La Ferme de la terreur

Galerie photos (16/9, N&B + couleurs) : une dizaine de documents comportant des photos de plateau ou des photos (détourées) d’exploitation en couleurs, des photos N&B de production, une affichette N&B. Quantitativement maigre. Elles défilent à toute vitesse et on ne peut pas faire d’arrêt sur image : dommage car certaines sont qualitativement mignonnes. Mais pourquoi ne pas avoir reproduit le jeu original américain intégral des lobby cards ou le jeu français des photos d’exploitation ? La présentation de Comelly permet d’en apercevoir quelques autres, hélas de plus petites tailles, ainsi qu’une ou deux très jolies affiches : c’est d’ailleurs, à mon sens, son unique intérêt.

Dans la même collection (16/9, couleurs, VOSTF) : cette section présente une dizaine de bandes-annonces, aux formats variés d’image, aux états argentiques et numériques variant du très médiocre au très bon, sans rapport avec la qualité des masters restaurés du film complet, ainsi qu’un petit avertissement le précise systématiquement. Ce sont tous des films fantastiques : La Sentinelle des maudits, Enfer mécanique, Le Fantôme de Milburn, etc. Attention au sous-titrage contenant parfois quelques coquilles gratinées : « Eva Gardner » au lieu de Ava Gardner lorsque la voix-off prononce le nom de l’actrice à la fin de la très bonne bande-annonce originale de La Sentinelle des maudits.

Au total, honnête édition spéciale francophone. Les cinéphiles anglophones recherchant une édition collector (au moins sur le plan des bonus car elle recadre également légèrement le format original 1.85 en 1.78) se tourneront vers l’édition américaine Shout Factory de 2013 qui propose un commentaire audio de Wes Craven, des entretien avec l’actrice Susan Buckner et l’acteur Michael Berryman, avec les scénaristes, avec un technicien des effets spéciaux, etc.

La Ferme de la terreur

Image - 4,0 / 5

Format original 1.85 nominal légèrement recadré en 1.78, Full HD 1080p compatible 16/9 : c’est la même image que celle du master américain Full HD édité par Shout Factory en 2013. Image argentique assez bien restaurée mais pas impeccable (à 3 min. 10 secondes vous pouvez observer une brûlure sur la pellicule en haut à gauche, dans le ciel bleu au-dessus du cultivateur sur son photogénique tracteur vert de marque « John Deer ») au début : elle devient heureusement plus propre à mesure que le film se déroule. Transfert numérique équilibrant bien grain et lissage, restituant enfin l’écran large en 16/9 alors que l’ancienne édition DVD française Bach film était au format 1.85 certes strictement respecté (ce qui était parfait) mais seulement compatible 4/3 (ce qui l’était nettement moins). Bonne définition (notamment dans les scènes nocturnes), bonne colorimétrie permettant d’apprécier pleinement certains effets de montage : par exemple le passage du N&B à la couleur durant le générique d’ouverture, d’une conception technique très sophistiquée.

La Ferme de la terreur

Son - 4,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0 mono : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Le compositeur James Horner livre une excellente partition, parfois dodécaphonique et avec choeurs, où le cinéphile mélomane décèle sans effort la triple influence des compositeurs Bernard Herrmann, Jerry Goldsmith et même (au moins dans la séquence du premier meurtre dans la grange) James Bernard. L’édition américaine Shout Factory de 2013 ajoutait une piste DTS-HD Master Audio 5.1 assez décevante et qui n’apportait fondamentalement pas grand chose par rapport à cette piste 2.0 mono largement suffisante, reproduisant fidèlement le son original, sollicitant sans surprise majoritairement les enceintes frontales, à quelques instants près. La VF d’époque est dramaturgiquement correcte et souvent savoureuse : la voix française d’Ernest Borgnine est plus grave et impressionnante que sa voix originale. Elle contient cependant une très curieuse erreur : lorsque Sharon Stone et Susan Buckner font le plein de leur joli cabriolet Ford Mustang rouge, l’une des deux demande s’il est fréquent que les serpents rentrent dans les maisons de l’Ohio alors que l’action se déroule en Pennsylvanie. Comme souvent, un ou deux prénoms sont francisés faute d’exister en français ou d’être aisément traduisibles : « Faith », la fille de Louisa, est ainsi nommée « Félicité » par la VF. Enfin une erreur agaçante car elle se produit très souvent en France : on nomme (dans la VF d’époque ou dans les STF ou dans les deux) « pistolet » le revolver avec lequel Martha et Vicky s’entraînent au tir. Ce sont certes tous les deux des armes de poing mais ce n’est pas une raison pour les confondre.

Crédits images : © Eléphant Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

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francis moury
Le 16 février 2020
Un des films fantastiques les plus originaux écrits et réalisés par Wes Craven.

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