Spasmo (1974) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Umberto Lenzi
Avec Robert Hoffmann, Suzy Kendall et Ivan Rassimov

Édité par BQHL Éditions

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Le 22/07/2020
Critique

Un « giallo » machiavélique signé par l’un des maîtres du genre.

Spasmo

Italie 1974 : à la suite de sa rencontre sur une plage avec la belle et mystérieuse Barbara, le jeune Christian croit être la victime d’un complot criminel visant à le faire interner ou tuer… à moins qu’il ne sombre dans la folie ? Il se pourrait que la clé du mystère soit détenue par son frère, un redoutable et richissime homme d’affaire, au caractère autoritaire. Afin d’en avoir le coeur net et de pouvoir mener librement son enquête personnelle, Christian simule son propre meurtre. Le cauchemar ne fait que commencer.

Spasmo (Ital. 1974) d’Umberto Lenzi (1931-2017) est assez postérieur à la trilogie - que Lenzi revendiquait comme telle - constituée par Une folle envie d’aimer(Orgasmo, Ital.-Fr. 1969), Si douces, si perverses (, Ital.-Fr.-RFA, 1969) et Paranoïa (Ital.-Fr.-Esp. 1970) mais il l’y rattachait néanmoins vigoureusement sur les plans thématique comme esthétique. Sur le plan strictement filmographique, Spasmo, distribué le 16 février 1974 en exclusivité italienne, se situe après La Guerre des gangs (Milano rovente, Ital. 1973) et fut tourné la même année que La Rançon de la peur (Milano odia : la polizia non puo sparare, Ital. 1974). À l’origine, le producteur Ugo Tucci destinait le sujet au cinéaste Lucio Fulci qui refusa l’offre pour cause d’engagement sur un autre projet. Puis il le proposa à Lenzi qui le ré-écrivit. Spasmo prolonge assurément la fameuse trilogie 1969-1970 en raison d’une communauté de sujet (la folie) et de traitement plastique, à savoir celui du « giallo » dont c’était l’âge d’or et que Lenzi avait déjà si bien illustré par son antérieur Le Tueur à l’orchidée (Sette orchidee machiatte di rosso, Ital.-R.F.A. 1972). Tel quel, convenons que Spasmo est certes formellement impeccable, mais que sa mise en scène, constamment intelligente, s’avère pourtant lassante tant elle utilise les tics de l’époque en matière de découpage, de syntaxe, de narration. Elle est du coup assez impersonnelle sauf à une ou deux reprises, comme à la fin, où elle devient brusquement très puissante. Son scénario (co-écrit par Lenzi, comme souvent) est celui d’une bande-dessinée « Fumetti per adulti » (Elvifrance, chez nous) mais pour adultes ici assez sages car Lenzi considérait que, pour une fois, il avait délaissé (rassurez-vous : le délaissement est bien sûr tout relatif) la violence et l’érotisme au profit d’une approche psychologique.

Spasmo

Du coup, son légendaire sadisme et son non moins agressif érotisme se limitent ici principalement aux gros plans de ravissants visages féminins ou aux corps dénudés de mannequins féminins pendus, poignardés et torturés. Les mannequins (Six femmes pour l’assassin (Ital.-Fr.-RFA 1964) de Mario Bava) et la paranoïa (Une Hache pour la lune de miel (Il Rosso segno della folia, Ital.-Esp. 1969) du même Mario Bava) sont devenus, en 1974, d’assez vieilles lunes du « giallo » en tant que catégorie mi-cinéma policier, mi-cinéma fantastique. Lenzi traite donc formellement ce qu’il faut bien alors nommer des poncifs d’une manière graphique certes pointilliste, souvent très élaborée sur le plan plastique mais qui n’a justement d’autre intérêt que formel. Spasmo aurait ravi les structuralistes : c’est un « roman-photo-giallo » parfaitement fonctionnel, presque auto-procréé et ce titre les fascinerait, sans nul doute, pour cette raison. L’acteur Ivan Rassimov est excellent mais semble à peine humain tant il est constamment dirigé d’une manière « imprévisible-prévisible ». Preuve de réussite, diraient les mêmes structuralistes ! Montage pointilliste et ultra-sophistiqué d’Eugenio Alabiso, souvent au générique des Lenzi de cette période. Mentionnons aussi un élément visuel très soigné : les décors de Giacomo Calo Carducci.

À réserver à trois catégories de spectateurs : aux passionnés de Lenzi (dont nous faisons partie) qui veulent découvrir sa filmographie intégrale, aux novices absolus en matière de « giallo » qui en verront un exemple tardif mais impeccable, enfin aux étudiants en technique du cinéma et en histoire de la technique du cinéma. Ces derniers sauront, en visionnant ce film, ce qu’étaient la syntaxe et le montage du cinéma-bis italien des années 1970-1975 à l’état pur. Une quatrième catégorie peut, à la réflexion, aussi être rajoutée aux trois précédentes, à savoir celle des admirateurs de Suzy Kendall, aussi ravissante ici que dans La Nuit des alligators (The Penthouse, GB 1967) de Peter Collinson et que dans L’Oiseau au plumage de cristal (Ital. 1970) de Dario Argento. Avouons que cela concerne donc, au total et en fin de compte, pas mal de monde.

Spasmo

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray 50 région B édité par BQHL le 05 mars 2020. Image couleurs au format original 2.35 respecté, compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 VASTF et VF d’époque. Durée du film sur BRD : 95 min. environ. Suppléments : Entretien 2004 avec Umberto Lenzi (VOSTF) + entretien 2013 avec Umberto Lenzi (VOSTF) + Bande-annonce 1974 (durée 3 min. environ). Magnifique illustration sur l’étui, le boîtier et sur la sérigraphie, reprenant évidemment celle de l’affiche italienne originale et qui fait songer à la peinture surréaliste d’un Giorgio de Chirico. Le slogan français qui la coiffe est pertinent.

Bonus - 3,0 / 5

Entretien 2004 avec Umberto Lenzi (durée 16 min. environ, 16/9 couleurs, VISTF : on le trouvait déjà sur l’ancienne édition DVD Néo Publishing et BQHL a eu raison de le reprendre car il est très riche) passionnant d’un bout à l’autre car on n’a pas eu tellement l’occasion de l’entendre s’exprimer sur son cinéma. Se méfier évidemment de certaines déclarations historiquement fausses : les genres thriller en général et en particulier le giallo - fût-il psychologique au sens où Lenzi l’entend - débutent avec les grands Bava des années 1960-1965 plutôt qu’avec la trilogie lenzienne de 1969-1970, même augmentée en 1974 de Spasmo! Et il ne faut tout de même pas oublier que Une Hache pour la lune de miel de Bava avait déjà pour thème majeur la folie dès 1969. L’idée de Lenzi de tourner un giallo en plein jour que Lenzi fait remonter à son propre Paranoia est certes intéressante sinon remarquable mais L’Ile de l’épouvante (Cinque bambole per la luna d’Agosto, Ital. 1970) de Bava l’avait déjà appliqué quasi-simultanément puisque les deux titres sont distribués au mois de mars 1970 en Italie en exclusivité. Nihil novi sub sole : c’est bien ici le cas de le dire. Une curiosité d’histoire du cinéma à creuser, mentionnée en passant par le journaliste italien : George A. Romero aurait tourné des scènes sadiques additionnelles à la demande du distributeur américain de Spasmo. Elle provoque l’indignation de Lenzi sous réserve, bien sûr, qu’elle soit véridique. Sur le plan technique, sous-titrage souvent blanc sur fond blanc donc parfois très difficile à lire, mais la richesse du contenu justifie bien un petit effort.

Spasmo

Entretien public 2013 avec Umberto Lenzi (durée 20 min. environ, 16/9 couleurs, VO anglais + italien STF ) : invité par le Festival du film fantastique de Manchester, Lenzi, plus âgé que dans l’entretien précédent mais toujours alerte et dynamique, répond en direct aux questions du public. Sous-titrage beaucoup plus lisible car écrit blanc sur bande noire qui traverse l’écran : très agréable par rapport à l’entretien de 2004. Lenzi parle anglais mais, lorsqu’il est fatigué, il se remet à l’italien et un des organisateurs traduit ses réponses au public anglais cinéphile venu assez nombreux. Plus long mais un peu moins riche que l’entretien précédent, au total. On peut néanmoins y entendre des anecdotes d’histoire du cinéma, par exemple d’intéressantes précisions sur la mort de Jeff Chandler à la suite du tournage de Les Maraudeurs attaquent (Merrill’s Marauders, USA 1962) de Samuel Fuller. Fuller qui était, avec Raoul Walsh et King Vidor, un des cinéastes américains préférés de Lenzi, sans parler de ses maîtres néoréalistes qu’il revendique aussi. On peut également y entendre d’intéressants jugements de l’oeuvre de Lenzi par lui-même et une savoureuse remarque sur son Cannibal Ferox !

Bande-annonce de Spasmo : (durée 3 min. 13 sec. environ, format 2.35 original respecté, couleurs et compatible 16/9, VAnglaiseSTF) bien montée et dotée de mignons effets spéciaux durant ses trente dernières secondes.

Ensemble très sympathique, qui surpasse en bonus l’ancienne édition américaine Scorpion Releasing de 2015 car cette édition BQHL comporte non pas un mais deux entretiens utiles à l’histoire du cinéma et auquel il ne manque, en somme, qu’une solide galerie affiches et photos pour obtenir une meilleure note.

Spasmo

Image - 5,0 / 5

Format original 2.35 compatible 16/9 couleurs : très belle copie argentique positive, de toute évidence retirée d’après le négatif. Direction de la photographie signée Guglielmo Mancori : peu connu chez nous mais il travaille vraiment bien. Numérisation très soignée de l’image (on peut compter les cheveux de Suzy Kendall lors de ses gros plans), couleurs bien reportées, gestion satisfaisante des noirs et du contraste. C’est désormais l’édition de référence et on peut ranger au placard l’ancienne édition française DVD de 2004.

Son - 4,0 / 5

VF d’époque et VAnglaiseSTF en Dolby Digital 2.0. Ensemble en parfait état technique. Le report du son anglais de la VASTF me semble meilleur que sur le Blu-ray édité aux USA par Scorpion Releasing en 2015. Les voix françaises de la VF d’époque sont savoureuses, notamment celle de la Barbara jouée par Suzy Kendall. Possible que ce soit, en revanche, la véritable voix de Suzy Kendal qu’on entende dans la VA internationale, si toutefois l’actrice était bien présente à Rome durant la post-synchronisation en auditorium. Belle musique d’Ennio Morricone (qui vient de nous quitter), assez inspirée par le dodécaphonisme et, inutile de le préciser, inaltérablement efficace. Dommage cependant qu’il manque la Vitalienne alors qu’elle était présente dans l’ancienne édition française DVD NéoPublishing. Cette nouvelle édition Blu-ray par BQHL était l’occasion (rêvée mais ratée) d’offrir les trois versions sonores pour la première fois en France.

Crédits images : © BQHL

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 23 juillet 2020
Un « giallo » machiavélique signé par l’un des maîtres du genre.

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