Incubus (1981) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par John Hough
Avec John Cassavetes, John Ireland et Kerrie Keane

Édité par Rimini Editions

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Le 22/07/2020
Critique

Une réussite esthétique originale à partir d’un thème démonologique classique.

Incubus

Incubus (Canada 1981) de John Hough est considéré, par les critiques américains de cinéma fantastique, comme inspiré par La Ferme de la terreur (Deadly Blessing, USA 1981) de Wes Craven : sorti un an après le Craven aux USA, le Hough reprend en effet pour sujet le thème démonologique de l’incube, sans parler de L’Emprise (The Entity, USA 1982) de Sidney J. Furie qui reprendra, pour la troisième fois en un an, le même thème dans un film hélas inégal, prometteur mais au final décevant. Ces trois titres prouvent qu’à partir d’un même thème, on peut assurément filmer des oeuvres totalement différentes. Celui ayant le plus de fondement historique est certainement le Incubus de Hough qui montre d’ailleurs, au détour d’une séquence, quelques illustrations médiévales d’un livre appartenant à la bibliothèque où a eu lieu un des viols meurtriers commis par ce démon masculin qu’il ne faut pas confondre, dans l’histoire démonologique, avec le succube qui est un démon féminin s’intéressant aux hommes. Cette confusion est pourtant, par la suite, assez curieusement commise par le scénario : n’a-t-elle pas, dans l’histoire de la démonologie, des antécédents ? C’est ici qu’il faudrait, pour en avoir le coeur net, relire les travaux sérieux et précis de l’historien Roland Villeneuve qui couvraient l’antiquité, le moyen-âge puis la période moderne de la Renaissance au vingtième siècle.

Incubus

Incubus fait également un clin d’oeil au « slasher » des années 1980, dont il est strictement contemporain : son ouverture évoque, en effet, inévitablement le Vendredi 13 (USA 1980) de Sean S. Cunningham par ses extérieurs naturels, ses allusions érotiques, sa critique sous-jacente de la liberté des moeurs. Le montage alterné permet à John Hough, lorsqu’il fait alterner les premiers meurtres avec une peinture de l’étrange relation du jeune homme victime de cauchemars (admirablement interprété par Duncan McIntosh) et de sa grand-mère, de retrouver quelque chose de l’esprit qui animait son cruel Hammer film Les Sévices de Dracula (Twins of Evil, GB 1971) : même conflit de générations, même cruauté objective d’une psychologie investie par ce que Freud nommait la « névrose démoniaque ».

Sur le plan strictement esthétique, la mise en scène de la violence graphique permet à Hough de retrouver la sobriété efficace qui caractérisait son intéressant La Maison des damnés (The Legend of Hell House, GB 1973) adapté du roman de Richard Matheson. Sobriété parfois rompue en 1981, comme en 1973 et en 1971, par une certaine démesure baroque : par exemple, ici, le viol et le meurtre de la bibliothécaire attaquée par l’incube. Ils demeurent impressionnants d’efficacité graphique. Même si les idées ne sont pas toujours originales (le plan-générique d’ouverture en somptueux zoom arrière à partir de la pupille d’un oeil), elles sont constamment très bien réalisées et montées. Et la prestation du cinéaste et, ici, acteur principal John Cassavetes (1929-1989), est constamment nourrie par une inquiétante ambigüité - qui évoque forcément le personnage qu’il interprétait dans le classique du cinéma fantastique Rosemary’s Baby (USA 1968) de Roman Polanski et même de bien d’autres tout aussi inquiétants qu’il avait interprétés entre 1955 et 1965 dans la si remarquable série TV Alfred Hitchcock présente - qui emporte l’adhésion du début à la fin. Sans oublier le restant du casting, par exemple l’intéressante et sensible Erin Noble, une des futures jeunes vedettes de l’ultra-violent Class 1984 (Class of 1984, USA-Canada 1982) de Mark L. Lester.

Incubus

Au total, pour qui s’intéresse à la filmographie fantastique sélective de Hough, Incubus est assurément le troisième titre indispensable de cette section de sa filmographie. Il est certes moins connu aujourd’hui que ses deux titres antérieurs de 1971 et de 1973 relevant du genre mais à tort, car il s’avère assez original, au carrefour d’esthétiques et de thématiques a priori diverses (film noir policier, film d’horreur et d’épouvante) mais que Hough unifie sans effort et avec un constant panache plastique.

PS : Dans l’histoire du cinéma fantastique, il ne faut pas confondre ce titre 1981 de John Hough avec le Incubus (USA 1966) de Leslie Stevens ni avec le Incubus (GB 2020) de Simon Stanford. On sait que les titres homonymes sont une plaie récurrente de l’histoire du cinéma : il faut toujours se prémunir contre les confusions qu’ils peuvent engendrer. La seule manière de le faire est de recopier, à la suite du titre original, sa nationalité, son année de production inscrite au copyright du générique d’ouverture, son titre d’exploitation française lorsqu’il existe et qu’il diffère du titre original, enfin son cinéaste signataire.

Incubus

Généralités - 4,0 / 5

1 édition collector combo 1 Blu-ray région B + 1 DVD + 1 livret sous étui, édités par Rimini le 26 juin 2020. Illustration de l’étui reprenant l’illustration de l’affiche originale. Image couleurs du BRD en Full HD 1080p au format original 1.85 respecté et compatible 16/9. Son DTS HD Master audio en 2.0 mono VF d’époque + VOSTF D.D. 5.1. Supplément : entretien avec le cinéaste John Hough, avec l’actrice Kerrie Keane, avec le directeur photo Albert J. Dunk (sur le Blu-ray uniquement), bande-annonce originale + livret de Marc Toullec. Durée du film sur Blu-ray : 92 min. environ, sur DVD : 89 min. env.

Le livret de Marc Toullec (20 pages) est, comme d’habitude, riche en informations prélevées aux sources anglo-saxonnes (Famous Monsters of Filmland n°189, Fangoria n°23, Starlog n°116) et à quelques sources françaises (L’Ecran fantastique n°22 et Medusa n°28 qui contenaient un entretien avec John Hough) en général contemporaines de la sortie de Incubus en exclusivité. Il retrace bien sa genèse, sa production, sa distribution et sa réception critique internationale. Il est illustré par une affiche allemande, de mignonnes photos d’exploitation italienne et quelques schémas et images du démon incube : à ne lire et surtout à n’examiner qu’après avoir visionné le film si on veut préserver son effet de surprise, par conséquent. Une précision complémentaire afin de lever toute possible ambiguïté : Ray Russel, l’auteur du roman adapté, a certes « mis sa plume au service de Roger Corman », ainsi que l’écrit Marc Toullec, pour L’Enterré vivant (The Premature Burial, USA 1962) mais il le fit en collaboration avec l’écrivain et scénariste Charles Beaumont, crédité premier scénariste au générique d’ouverture tandis que Russel est crédité second, son nom apparaissant seulement à la suite et en dessous de celui de Beaumont. Et, en outre, seulement dans la mesure où tous deux adaptaient pour Corman une nouvelle d’Edgar Poe.

Incubus

Bonus - 4,0 / 5

Entretien avec le cinéaste John Hough : (VOSTF, durée 27 min. environ) : c’est le plus intéressant des trois même si Hough, en 2018, s’avère incapable (tout autant que le sous-titreur français) de se souvenir du titre original du très remarquable mélange de film noir policier et de film de guerre qu’était sa superproduction La Cible étoilée (Brass Target, USA-RFA-Suisse 1978) qu’il tourna pour MGM avec Sophia Loren, John Cassavetes, Patrick McGoohan, Max von Sydow. George Kennedy, Robert Vaughn mais il est, en revanche, parfaitement capable de relater avec précision la manière dont il dut arbitrer entre les exigences de Cassavetes et celles de Sophia Loren. On y apprend beaucoup de choses (elles font parfois un peu double emploi avec certaines déclarations reproduites dans le livret mais elles les confirment : ce n’est donc pas inutile) notamment sur ses débuts dans le cinéma, sa méthode de mise en scène (les trois prises systématiques d’une même scène : une première pour le cinéaste, une seconde pour les acteurs, une troisième constituant la synthèse finale), sa relation créatrice avec Cassavetes en 1978 et en 1981. Déception relative cependant, pour le cinéphile fantastique, car Hough ne dit pratiquement rien sur ses deux autres grands films fantastiques, à savoir Les Sévices de Dracula et La Maison des damnés.

Entretien avec l’actrice Kerrie Keane (VOSTF, durée 22 min. environ) : intéressant si on s’intéresse au métier d’acteur car elle restitue assez bien son expérience des relations entre jeune débutant et vétéran sur ce tournage. Quelques remarques de première main sur la situation du cinéma canadien de l’époque, utiles à l’histoire générale du cinéma.

Entretien avec le directeur photo Albert J. Dunk (VOSTF, durée 27 min. environ) : riche en remarques sur l’histoire de l’évolution technique de la direction de la photographie. Dunk admire visiblement Oswald Morris (1915-2014) et Ralph Woolsey (1914-2018) : bonnes références en matière photo, assurément. Quelques anecdotes intéressantes sur le tournage : relations avec les deux stars hollywoodiennes qu’étaient Cassavetes et Ireland, accident survenu à la mini-grue durant un tournage nocturne vers 4h du matin, manière de travailler de John Hough, rôle important de Cassavetes dans la réécriture de certaines séquences, etc. Sans oublier des précisions techniques sur la photo de Incubus : quelles lentilles, quels objectifs furent plus particulièrement utilisés.

Bande annonce originale (VO sans STF, durée 2 min. environ) : bien montée mais un peu trop longue. Ne surtout pas la visionner avant le film de référence, si on veut préserver l’effet de surprise.

Ensemble très honorable, provenant directement de l’édition Blu-ray américaine Vinegar Syndrom de 2018 et auquel on a simplement rajouté des STF afin de les rendre accessibles au public francophone. Un seul regret : l’absence d’une galerie affiches et photos, absence un peu compensée par les illustrations du livret, examinées dans la section « Généralités ».

Incubus

Image - 4,0 / 5

Full HD 1080p au format original 1.85 respecté, couleurs et compatible 16/9. Image argentique bien restaurée sauf une fine rayure verte verticale apparaissant à 3 reprises (sur le Blu-ray de 58’40” à 58’45” environ, de 62’40” à 62’50”, de 70’53” à 71’). Le reste est impeccable. Couleurs typiques des photos des années 1980, un peu froides et glacées mais au spectre néanmoins nuancé. Bon équilibre général entre respect du grain cinéma et lissage vidéo. C’est désormais l’édition de référence française de ce classique du cinéma fantastique des années 1980-1990.

Son - 5,0 / 5

VOSTF et VF d’époque en DTS HD Master Audio 1.0 mono : choix nécessaire et suffisant pour le cinéphile francophone. La piste VO (à laquelle des STF sont ici évidemment rajoutés) provient directement du master de l’édition Blu-ray américaine 2018 Vinegar Syndrom. Son rapport dialogues-musique-effets sonores est meilleur que celui de la VF d’époque dont les voix ne sont pas toujours adaptées et qui modifient parfois légèrement (et inutilement) les dialogues. Musique ample et impressionnante, composée par Stanley Myers.

Crédits images : © Rimini Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 23 juillet 2020
Une réussite esthétique originale à partir d’un thème démonologique classique.

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Multimédia
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